Fiches de films - Répliques
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La Vie est belle
Narrateur : Cette histoire est simple, et pourtant elle n'est pas facile à raconter. Comme un conte, elle est douloureuse et comme un conte elle est pleine de merveilleux et de bonheur.
Guido : Allez, au revoir, il faut que je m'en aille, j'ai rendez-vous avec la princesse.
Eleonora : Quoi ? Là, tout de suite ?
Guido : Oui, tout de suite. [On entend un cri de détresse et Guido n'a que le temps de rattraper une jeune fille qui tombe du grenier d'une grange] Bonjour, bonjour, princesse.
Guido : Mais, où sommes-nous ? C'est le plus bel endroit qui soit : on voit des colombes s'envoler, des femmes tombent du ciel... Je m'installe dans le coin !
[L'oncle de Guido vient de se faire agresser par des cambrioleurs]
Guido : Mais, qu'est ce qu'il s'est passé ? Qui c'était ?
Eliseo : Rien, des barbares.
Guido : Mais, pourquoi tu n'as pas crié ?
Eliseo : Le silence est le cri le plus puissant.
Eliseo : Alors, écoutez. Il va falloir vous adapter, cette maison est pleine de vieilleries. Un véritable bric à brac, une passion, une lubie.
Guido : Mon Dieu, mais à quoi ça sert, tout ce bazar ?
Eliseo : Vous restez aussi longtemps que vous voulez. Le métier de serveur est un métier difficile, je te le dis tout de suite. Le lit est là. La légende veut que Garibaldi y ait dormi. Rien n'est plus nécessaire que le superflu. [Il peine à monter une marche] Oh ! les barbares ! La mairie se trouve rue Sestani. C'est juste après les arcades. Tu pourras y aller demain matin. Là, c'est la salle-de-bains. Elle est équipée de l'ingénieuse invention de Monsieur Bidet. Dans la pièce à côté, il y a quelques livres, dont une vie de Pétrarque de Lorenzo Bolino. La cuisine est de l'autre côté. Vous avez là un vélocipède, vulgairement appelé bicyclette. Il suffit de le regonfler. Il est tard, il faut que je rendre à l'hôtel. Il n'y a qu'une clef. Tâchez de ne pas la perdre. Elle est restée sur la porte. Que je suis content de te voir ! [Dehors, un cheval hennit] Me voilà, Robin Hood ! [Il sort]
Ferruccio: Quel oncle !
Guido : Regarde-moi ça ! Regarde ! Non mais, regarde-moi ça, Ferruccio ! Qu'est-ce que je t'avais dit, hein ? On est en ville ! Ici, tu peux faire ce que tu veux, hein, on est complètement libres. Tu as envie de faire un truc, tu le fais. N'est-ce pas magnifique ? Tu peux te défouler. Tu as envie de hurler ? Tu hurles. [Ferruccio se met à hurler] Mais qu'est-ce qu'il te prend ? Tu est fou ! On est en ville ! Tu ne peux pas te comporter comme au pays !

Oreste : Ne faites pas de bêtises, parce que j'aime mieux vous dire que les temps sont durs. Mais vraiment très durs.
Guido : Les temps sont durs ?
Oreste : Très durs.
Guido : Non, mais parce que... Qu'est ce que vous pensez, politiquement ?
Oreste [à ses jeunes fils qui se chamaillent] : Benito, Adolph, ça suffit ! [à Guido] Qu'est-ce que vous disiez ?
Guido : Non... je... je vous demandais... comment vous... ça va, vous ?

[Guido prend des leçons de serveur de restaurant auprès de son oncle]
Guido : Alors, le salut. On s'incline vers le bas et on se penche jusque là, de 40 à 45 degrés. Comme la bouteille de Champagne, de 40, de 45 à 50, voire 55, hein ? 90 degrés, l'angle droit ? Jusqu'où on s'incline, mon oncle ? 180 degrés, non ? Comme ça ?
Eliseo : Regarde les tournesols, comme ils s'inclinent au soleil. Mais quand tu en vois un dans un champ qui s'incline un peu trop, c'est qu'il se meurt, tu peux en être sûr. Tu es en service, mais tu n'es pas en servage. Servir, c'est l'art suprême. Dieu est le premier serviteur. Dieu est au service des hommes, il n'est pas l'esclave de l'humanité.
Maître d'hôtel : Guido ! La cuisine est fermée ?
Guido : Ils sont tous partis, oui, pourquoi ?
Maître d'hôtel : Il y a là un monsieur de Rome, du ministère. Il voudrait manger.
Guido : Il n'y a plus personne.
Maître d'hôtel : Dommage, il t'aurait donné un pourboire royal.
Guido : Elle est ouverte, la cuisine.
[L'école où enseigne Dora doit recevoir la visite d'un inspecteur. Guido se fait passer pour lui et passe en revue les enseignants]
Guido [à la première institutrice] : Depuis combien d'années enseignez-vous dans ce secteur ?
Institutrice : 16 ans, Monsieur.
Guido [à un instituteur] : Est-ce que vous suivez le programme pédagogique du ministère de l'instruction ?
Instituteur : Oui.
Guido [à une institutrice] : Est-ce que vous avez lu la circulaire règlementaire sur l'hygiène infantile ?
Institutrice : Bien sûr.
Guido [à Dora] : Qu'est-ce que vous faites dimanche ?
Directrice : Monsieur l'Inspecteur, comme vous le savez tous, est venu de Rome pour nous parler de la grande affiche sur la race, signée par les plus grands savants de la nation italienne. Il va, et nous en sommes très honorés, nous démontrer que notre race est une race supérieure, la meilleure de toutes. Assis, les enfants, je vous en prie, Monsieur l'Inspecteur.
Guido : Eh oui, notre race est vraiment...
Directrice : ... supérieure. Je vous en prie.
Guido : C'est ça, notre race est supérieure et je suis venu de Rome aujourd'hui pour vous dire, afin que vous le sachiez bien, petits, que notre race italienne est supérieure. En effet, j'ai été choisi, moi qui vous parle, par les grands savants racistes italiens, pour vous démontrer à quel point notre race est supérieure. Et pourquoi, me direz-vous, pour quelle raison m'ont-ils choisi ? Est-il besoin de le dire, hein ? Où peut-on trouver quelqu'un de plus beau que moi, je vous le demande ? Où peut-on trouver quelqu'un de plus beau que moi ? Eh oui, votre silence est éloquent ! Vous avez sous les yeux un original de la race supérieure, un aryen pur sang, mes chers enfants !


[À l'opéra, Guido ne quitte pas des yeux Dora, installée au balcon. Il finit par gêner sa voisine]
Guido : J'entends seulement de l'oreille gauche.
Dora : Tu n'as pas encore compris que pour me rendre heureuse, il suffit de très très peu de chose. Une bonne glace au chocolat, où même deux, pourquoi pas, une promenade, et il arrive ce qui arrive.
Guido : Bonjour, bonjour princesse.
Dora : Mais c'est incroyable, ça. Là, vous devez m'expliquer.
Guido : Non, c'est à vous de m'expliquer. Vous m'excuserez, mais il suffit que je m'arrête sous un toit et alors voilà que vous me tombez du ciel dans les bras, je tombe de bicyclette et je me retrouve dans vos bras, je fais une inspection dans une école et je me retrouve encore devant vous comme par hasard. Et vous m'apparaissez aussi en rêve. Laissez-moi respirer ! Je vais vous dire, à mon avis, vous êtes folle de moi, ça me semble évident, hein ! Mais je peux pas vous en vouloir, je vous comprends. C'est bon, je cède, je me rends, vous avez gagné.
Dora : Vous conduisez depuis quand ?
Guido : Moi ? Depuis 10 minutes.
Dora : Ah ? J'aurais dis moins que ça.
Guido : Princesse, vous avez le derrière à l'air.
Dora : Bonsoir.
Guido : J'oubliais de vous dire que ...
Dora : Que quoi ?
Guido : Que j'ai une envie de vous faire l'amour que vous ne pouvez pas imaginer. Mais je ne le dirai à personne, surtout pas à vous. Il faudrait me torturer pour me le faire dire.
Dora : Dire quoi ?
Guido : Que j'ai envie de faire l'amour avec vous et pas qu'une seule fois, je voudrais le faire et le refaire. Mais je ne vous le dirai jamais. Si je perdais la tête je vous dirais que j'ai envie de faire l'amour avec vous devant cette maison pour toute la vie.

Guido : Mais qu'est ce que c'est ça ? Ton cheval... mais qu'est-ce qu'ils lui ont fait ? Il l'ont maquillé ! Mais qu'est-ce qu'ils ont écrit là "Achtung cheval juif" !
Eliseo : Toujours les barbares, les vandales. C'est vraiment triste et d'une bêtise sans nom. Cheval juif ! Tu imagines ?
Guido : Oh ! Allez tonton, ne te mets pas dans cet état ! Ils ont fait ça pour...
Eliseo : Non. Ils n'ont pas fait ça pour... ils ont fait ça "pour". Il va falloir t'habituer, Guido. Ils finiront par s'occuper de toi.
Guido : De moi ? Ça alors, et que veux-tu qu'ils me fassent, à moi ? Qu'ils me déshabillent et me repeignent en jaune de la tête aux pieds en écrivant "Achtung serveur juif". Ça, non, mon oncle. Je ne savais même pas, moi, qu'il était juif, ce cheval !
Docteur Lessing : Nous nous entendions bien, tous les deux, Guido. Tu es le serveur le plus spirituel que j'aie jamais rencontré.
Guido : Merci. Et vous, vous êtes le client le plus cultivé que j'aie jamais servi.
Docteur Lessing : À propos, Guido, "Sitôt que l'on me nomme, je n'existe plus, qui suis-je ?"
Directrice d'école : ... Au cours élémentaire, écoutez cet énoncé, je m'en souviens encore, tellement ça m'a frappé. Problème : Un malade mental coûte à l'Etat 4 marks par jour. Un éclopé lui coûte 4,50 marks. Un épileptique 3,50 marks. Ce qui fait donc un coût moyen de 4 marks par jour. Etant donné qu'il y a à l'heure actuelle 300 000 personnes hospitalisées, quelle somme l'Etat pourrait-il économiser en les éliminant ?
Dora [choquée] : Oh, mon Dieu ! C'est pas possible !
Directrice : J'ai réagi exactement comme vous, Dora. Ça semble impossible ! Il me paraît impossible que les petits de 7 ans résolvent un problème de ce genre. C'est quand même assez complexe, les proportions, le pourcentage... Ça demande un minimum de connaissances en algèbre, non ? C'est un problème du niveau de la 6ème pour nous.
Fiancé de Dora : Mais non. Il suffit d'une multiplication. Combien dites vous qu'ils sont, les éclopés ? 300 000 ?
Directrice : Oui.
Fiancé de Dora : 300 000 multipliés par 4, si on les élimine tous, on économise au bas mot 1 200 000 marks par jour. C'est enfantin.
Directrice : Exact ! Bravo ! Mais vous êtes adulte. En Allemagne, ils posent ce problème à des gosses de 7 ans. C'est vraiment une autre race !
Fiancé de Dora : Oh, que c'est joli ! Bonjour princesse !
Dora : Répète ce que tu as dit.
Fiancé de Dora : Bonjour princesse. C'est écrit sur le gâteau. Regarde !

Eliseo : Guido !
Guido : Mon oncle ?
Eliseo : Ça va ?
Guido : Bien, bien ! Très bien ! Mais qu'est-ce que vous avez ? Tout le monde me demande si ça va. Qu'est-ce qu'il se passe ? J'ai pas l'air dans mon assiette ?
Dora : S'il-te-plaît, enlève-moi.

[Sur la vitrine d'un magasin, Giosué lit une pancarte "Entrée interdite aux juifs et aux chiens"]
Giosué : Pourquoi les chiens et les juifs ont pas le droit d'entrer, papa ?
Guido : Ben, c'est comme ça, ils ne veulent pas de juifs ni de chiens. Chacun fait comme il veut, hein, chez lui. Je connais une quincaillerie à deux pas d'ici, par exemple, ils refusent les espagnols et les chevaux. Et juste à côté, il y a une pharmacie, figure-toi, hier j'y étais avec un ami à moi, un chinois qui a un kangourou, je leur ai dit "on peut entrer ?" Non, les chinois et les kangourous, ils n'en veulent pas. Ben, ils les aiment pas. Qu'est-ce que tu veux que je te dise ?
Giosué : Mais nous, à la librairie, on laisse entrer tout le monde !
Guido : Et ben alors, à partir de demain, nous aussi, on va mettre une pancarte. Qu'est-ce que tu n'aimes pas, toi ?
Giosué : Les araignées.
Guido : Moi, c'est les wisigoths. On va faire une pancarte "Entrée interdite aux araignées et aux wisigoths". Et alors ! Ils m'ont toujours cassé les pieds ces espèces de Wisigoths. Ça suffit !
[Suite à une rafle, Guido, son fils et son oncle, sont emmenés dans un camion baché, avec d'autres déportés, vers une destination inconnue]
Giosué : Alors, tu me dis où on va, maintenant ? ... Tu m'as pas répondu !
Guido : Mais quel jour on est aujourd'hui, hein ? C'est pas le jour de ton anniversaire aujourd'hui, Giosué, hein ? Tu nous as toujours dit que tu voulais faire un beau voyage, et ben voilà ! Ça m'a demandé des mois pour tout organiser mais ça y est ! Tu veux savoir où on va ? Allez... Non j'ai pas le droit de le dire. J'ai promis à maman que je ne te dirais rien et tu sais comment elle est. Après, elle se met en colère. Après elle en rigole, mais... Mon père avait organisé exactement la même chose quand j'avais ton âge ... C'est une histoire qui m'a toujours fait mourir de rire ! Où on va ? Je ne te dirai rien ! Mais alors, non, non, rien du tout !Je veux que tu découvres ! C'est une surprise ! C'est pour ça que j'ai toujours envie de rire. [Giosué s'endort et Guido devient grave] Mon oncle, où est-ce qu'on va ? Où est-ce qu'ils nous emmènent ?

[La foule des déportés va monter dans le train]
Guido : On part pile à l'heure, quelle organisation !
Guido : Regarde le monde qu'il y a ! Heureusement que je m'y suis pris à temps, hein ! J'ai eu les derniers billets, un vrai miracle ! Allez, mon oncle, j'ai pas envie qu'on me dise "Vous êtes en retard, rentrez chez vous". Allez, s'il-vous plaît, on a réservé, laissez-nous de la place !
Dora : Il y a eu une erreur.
Officier : Une erreur ? Qui êtes vous ?
Dora : Mon mari et mon fils sont tous les deux dans ce train.
Officier : Comment s'appelle votre mari ?
Dora : Orefice Guido.
Officier : Orefice Guido... J'ai aussi un Orefice Giosué et un Orefice Eliseo dans ce train. Il n'y a pas d'erreur. Où voyez-vous une erreur ?
Dora : Moi aussi alors, je veux prendre ce train.
Guido : En moins de deux, il se met sur son 31. La solution de cette énigme te dit dans quelle limite de temps tu dois la résoudre.
Giosué : Ils ont arrêté le train rien que pour faire monter maman !
Guido : Tu es fatigué ?
Giosué : Oui, j'ai pas aimé du tout le train.
Guido : Moi non plus ça m'a pas plus. Au retour, on prendra l'autobus.
Giosué : Tu me dis ce que c'est, le premier prix ?
Guido : Euh... le premier prix, ben je viens de te le dire.
Eliseo : C'est un char. Un char d'assaut.
Giosué : J'en ai un, moi, un char d'assaut.
Guido : Mais un vrai char d'assaut, un vrai, tout neuf.
[Les personnes âgées sont séparées du groupe et l'oncle s'éloigne]
Giosué : Où il va, tonton ?
Guido : Euh... avec une autre équipe. Tout est organisé. [Tristement] Au revoir, mon oncle.

[Guido et Giosué ont pris place dans un baraquement surpeuplé]
Giosué : C'est pas beau et ça pue, ici ! J'veux pas rester ! J'veux aller avec maman !
Giosué : Quand il finit, le jeu ?
Guido : Euh... On a besoin de faire 1000 points, voilà ! Le premier qui arrive à faire 1000 points gagne un vrai char d'assaut.
[Un groupe de soldats allemands entre dans la chambrée. L'un d'eux s'adresse aux prisonniers]
Guido : Qu'est-ce qu'il a dit ?
Bartoloméo : Il cherche quelqu'un pour traduire. Il va expliquer les règles du camp. [Guido lève la main, le soldat lui fait signe d'approcher] Tu parles allemand ?
Guido : Non.
Soldat [en allemand] : Soyez attentifs, je ne le dirai qu'une fois !
Guido : On commence le jeu, les retardataires sont éliminés !
Soldat : Vous avez été amenés dans ce camp pour une seule raison...
Guido : Le premier qui obtient un total de 1000 points gagne un véritable char d'assaut...
Soldat : ... travailler !
Guido : Sacré veinard !
Soldat : Le sabotage sera puni de la peine de mort [il tend le bras pour désigner un endroit au dehors] les exécutions ont lieu dans la cour [il désigne son dos] d'une balle dans la nuque.
Guido : Tous les jours, le classement vous sera communiqué par ce haut-parleur là [il tend le bras pour désigner un endroit au dehors] et chaque jour, la personne qui sera classée dernière devra porter la mension "âne" [il désigne son dos] sur un carton qui sera accroché dans le dos.
Soldat : Vous avez l'honneur de travailler pour la grande Allemagne à l'édification du Reich.
Guido : Nous, on joue le rôle des très très méchants qui crient sans arrêt et qui donnent des ordres en hurlant. Ceux qui ont peur perdent des points.
Soldat : Trois règles importantes. La première : ne pas s'évader. La deuxième : obéir à tous les ordres sans discuter. La troisième : toutes tentatives de révoltes seront punies de pendaison. Est-ce clair ?
Guido : Dans trois cas, on peut perdre le total des points acquis. Premièrement : tous ceux qui se mettent à pleurer. Deuxièmement : tous ceux qui demandent à voir leur maman et troisièmement : ceux qui se plaignent d'avoir faim et qui demandent un goûter. Aucun goûter.
Soldat : Vous devez être heureux de travailler ici. Si vous suivez toutes les règles, vous n'avez rien à craindre.
Guido : Et on a vite fait de perdre des points. Pas plus tard qu'hier, j'ai perdu 40 points parce que j'avais cassé les pieds à tout le monde pour avoir de la marmelade.
Soldat : Obéissez !
Guido : A la confiture d'abricot.
Soldat [à qui un autre soldat a murmuré à l'oreille] : Autre chose.
Guido : Lui, à la fraise.
Soldat : Au coup de sifflet [il porte deux doigts à sa bouche] vous devez tous sortir immédiatement du baraquement...
Guido : Toutes les sucettes [il porte deux doigts à sa bouche] sont interdites. C'est pas la peine de réclamer, on n'en donne pas. On les mange toutes.
Soldat : ... en rang par deux...
Guido : Hier, j'en ai mangé une vingtaine.
Soldat : ... en silence !
Guido : J'ai un de ces mal de ventre !
Soldat : Tous les matins...
Guido : Mais je me suis régalé.
Soldat : ... il y a un appel.
Guido : Ça valait le coup.
Soldat : Je vous ai énoncé les choses les plus importantes. Celui qui veut en savoir plus peut interroger ceux qui sont ici depuis longtemps. J'ai terminé. [il sort du baraquement]
Guido : Excusez-moi de vous fausser compagnie, mais aujourd'hui, on joue à cache-cache et si j'y vais pas, j'ai peur de me faire engueuler.
[Guido et les autres déportés portent des enclumes]
Guido : Mais ils sont fous ! C'est pas vrai ! Ça pèse au moins 100 kilos, ce truc ! Il fait au moins 3000 degrés ! Vittorino, je suis complètement épuisé !
Vittorino : Déjà ? c'est la première !
Guido : Pourquoi ? Il faut en porter d'autres comme ça ?
Vittorino : Toute la journée, jusqu'à la nuit.
Guido : Toute la journée ? ... On va mourir, Vittorino ! Moi, j'en peux plus, il faut que je la pose ! Je vais leur dire que j'ai pas la force, qu'est-ce qu'ils peuvent me faire ? [ses jambes se plient sous la charge]
Vittorino : Une balle dans la nuque.
Guido : Quoi ?
Vittorino : Une balle dans la nuque !
Guido [en se redressant péniblement] : Où est-ce qu'ils veulent qu'on les porte, déjà ?
[Guido fait croire à Giosué qu'ils ont gagné leur premiers points au jeu]
Giosué : C'est beaucoup 60 points ?
Guido : Oh, bonne mère, tu plaisantes ? 60 points, c'est énorme ! [Bartolomeo, qui s'est blessé au travail, revient de l'infirmerie avec le bras pansé] Oh ! Regarde qui arrive ! Bartolomeo, comment tu t'en sors ?
Bartoloméo : Ils m'ont recousu, j'ai eu droit à 20 points.
Giosué [à son père, à voix basse] : Nous, on en a eu plus.
Guido : Chut ! Faut pas lui dire, on est largement en tête, déjà.

[Guido parle dans le micro utilisé pour s'adresser aux prisonniers. Sa voix résonne dans les hauts parleurs du camp]
Guido : Bonjour, bonjour ma princesse. Cette nuit, j'ai rêvé de toi. Toute la nuit. Nous allions au cinéma. Tu avais mis ton petit tailleur rose que j'aime tant. Je ne pense qu'à toi, ma princesse. Je pense sans arrêt à toi.
[Les déportés passent une visite médicale. Le médecin examine Guido sans le reconnaître]
Guido : "Sitôt que l'on me nomme, je n'existe plus" : le silence.
Docteur Lessing: Le Grand Hôtel. Guido !
Giosué : Avec nous, ils font des boutons et du savon.
Guido : Des... ? Mais qu'est ce que tu racontes ?
Giosué : Ils nous brûlent tous dans un four.
Guido : Mais qui t'a dit ça ?
Giosué : Un monsieur qui pleurait comme un enfant. Il a dit qu'ici, ils faisaient des boutons et du savon avec nous !
Guido : Non, mais tu te rends compte un peu de ce que tu dis ? Il ne manquerait plus que ça ! Et toi tu y as cru ? T'imagines ! Demain matin, là, je me lave les mains avec Bartolomeo ? Alors, un bon savonnage, hein ! Et puis alors, je me boutonne avec Francesco ? Oh, bon sang de bonsoir, regarde moi ça, j'ai perdu Georgio ! Ce serait un homme, ce bouton là, hein ? Ils t'ont bien eu, hein ! Tu t'es fait rouler dans la farine !
Giosué : Je veux rentrer à ma maison !
Guido : Ah, très bien ! Tu veux rentrer à la maison, on s'en va, d'accord. Bon, je vais prendre les affaires et on y va, c'est bien.
Giosué : On peut s'en aller ?
Guido : Comment ça si on peut s'en aller ? Mais bien sûr ! Tu crois aussi qu'ils nous gardent de force, peut-être ! Alors là, ça serait vraiment le comble, alors ! Oh non, ça c'est la meilleure ! Non, non, on s'en va ! On fait les valises, On rentre. Je ramasse les affaires. C'est dommage, parce que, on était en tête, et puis si on se retire, on va être rayés de la liste. C'est pas grave, c'est un autre petit qui gagnera le char d'assaut à ta place.
Giosué : Y'en a plus des petits. J'suis le seul.
Guido : Comment ça "y'a plus de petits" ? C'est plein de gosses. D'ailleurs y'en a partout, de la marmaille.
Giosué : Où est-ce qu'ils sont ?
Guido : J'te jure, tu poses de ces questions ! Ils sont cachés. C'est le jeu de ne pas se montrer.
Guido : Ben nous, on rentre à la maison. C'est Giosué qui veut s'en aller. On aurait pu rentrer en char d'assaut, mais ça fait rien, on prendra l'autobus, hein, qu'est-ce que tu veux faire ! Allez, salut, on y va. Au revoir et merci à tous, hein ! Salut les gars, merci, on en a marre, on se taille. Salut ! Allez, dépêche-toi, Giosué, on va rater le bus. Au revoir tout le monde !

[Guido, portant son fils, se retrouve dans la brume]
Guido : Oh, ben ça alors, où sommes-nous ? Je me suis peut-être perdu, Giosué ! Tu dors, c'est bien ! Dors, dors, fais un beau rêve ! Peut-être que tout ça n'est qu'un rêve, de toute façon ! On est en train de rêver. Demain, matin, maman viendra nous réveiller. Elle nous préparera deux belles tasses de café au lait avec des biscottes. On commencera par manger, puis je lui ferai l'amour deux ou trois fois... si j'y arrive !
[Les prisonniers observent une grande agitation dans le camp]
Guido : Et qu'est-ce qu'ils disent d'autre ? Tu as compris ?
Bartoloméo : Pas la peine de savoir l'allemand pour comprendre ! La guerre est finie, ils sont en pleine débandade !
Guido : Et les camions, où est-ce qu'ils vont ?
Bartoloméo : On sait pas ! C'que je peux dire, c'est qu'il faut surtout pas monter dedans ! Ils partent pleins et ils reviennent vides ! T'as compris où ils vont !
Guido : Bon, les gars, je crois qu'on n'a pas intérêt à moisir dans cette baraque. On sort de là et on se disperse. On n'a même pas de valises à faire, alors on fout le camp !
Bartoloméo : J'entends des rafales de mitraillettes depuis des heures. Ils font le grand ménage avant de partir.
Guido : Allez, Bartolomeo, moi je reste pas là. Rendez-vous à Viareggio. On fera des affaires, on ouvrira une usine d'enclumes. Allez, salut à tous, hein, je m'en vais !
Guido : Giosué, regarde ! Regarde les comme ils sont énervés ! Ils ont l'air vraiment furax ! Tu as vu ? Et c'est toi qu'ils cherchent ! Ils sont tous à ta recherche ! Tout ça, c'est pour toi ! C'est parce que tu es le dernier encore encore en course, il faut qu'ils te trouvent, regarde ! Regarde, ils cherchent même sous les pierres, tu as vu ? Demain matin, le jeu est terminé et il y aura la remise des prix. S'ils ne te trouvent pas cette nuit, ça nous fera un bonus de 60 points.
Giosué : Et on a combien de points, déjà, papa ?
Guido : Si je ne m'abuse, on a 940 points, plus 60...
Giosué : 1000 !
Guido : Premiers ! Et voilà, on a gagné ! Alors, maintenant, tu comprends pourquoi ils s'agitent, hein ! Ils te cherchent partout ! Surtout, fais bien attention, ne te montre pas de la nuit, va vite te cacher...

Guido : Écoute, Giosué ! Si je tardais à revenir, surtout ne bouge pas, reste caché ! Tu ne pourras sortir... Ecoute bien, tu ne pourras sortir que quand il y aura un silence absolu dehors et que tu ne verras plus personne. C'est très, très important !

Giosué : C'était vrai, alors !
Voix off de Giosué adulte : Voilà mon histoire. Voilà le sacrifice que fit mon père. C'est le cadeau que j'ai reçu de lui.

Giosué : 1000 points, on a gagné en mourant de rire tout le temps ! On est premiers au jeu ! On va rentrer en char d'assaut à la maison ! On a 1000 points ! On a gagné !