Fiches de films - Répliques
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Le Château de ma mère
Instituteur : C'est lui !
Directeur : C'est vous !
Joseph : C'est toi !
Marcel : C'est moi ?
Marcel adulte : Ce n'était pas une punition, mais un sort bien pire m'était réservé. J'avais en effet été désigné pour défendre les couleurs de l'école primaire au redoutable Concours des Bourses. Etant désigné comme le champion de l'école, j'eus droit à un entraînement intensif.
Marcel adulte : Les maîtres se relayaient auprès de moi comme des inspecteurs de police pour l'interrogatoire d'un suspect.
Marcel adulte : Les marins connaissent l'appel du large. Moi, je venais de ressentir l'appel des collines. Oui, elles m'appelaient auprès d'elles, mes chères collines.
Marcel : Papa, toi aussi tu as été heureux cet été dans les collines.
Joseph : Mais bien sûr.
Marcel : Alors, pourquoi tu ne veux pas y retourner ?
Joseph : J'ai été très heureux dans les collines. Mais, tu sais, nous avons tous été très heureux dans les collines. N'est-ce pas, Augustine ?
Augustine : Et voilà pourquoi nous y allons tous pour la Noël.
Marcel : Alors, tu m'attendais ?
Lili : Oh non ! J'étais venu voir Mond des Parpaillouns, mais il est pas chez lui. Alors, j'attendais juste pour voir s'il revenait pas.
Marcel : Ah bon !
Mond [sortant de sa grange] : Bonsoir la compagnie.
Marcel adulte : J'étais heureux parce que je savais qu'il m'avait menti. Oui, il était venu m'attendre sous cette pluie froide de la Noël dont les gouttes brillantes restaient accrochées à ses longs cils. Il était là depuis des heures, mon petit frère des collines.
Mond : Ah, Monsieur l'Instituteur ! Alors, toujours en vacances ?
Joseph : Oh, n'exagérons rien !
Mond : Moi, des vacances, j'en prends jamais. Remarquez, je travaille pas non plus, alors...
Marcel : Et chez toi, tu fêtes pas la Noël ?
Lili : Non. Mon père, il dit que c'est un jour comme les autres jours.
Joseph : Il ne va pas à la messe de minuit ?
Lili : Non. Et surtout pas cette année, parce qu'il a fait trop sec. Et alors, il n'y va pas jusqu'à ce qu'il pleuve, parce qu'il dit que le Bon Dieu, il a besoin qu'on lui fasse comprendre.
Joseph : Tu vas me calculer le nombre de jours jusqu'à Pâques, et aussi les minutes et les secondes.
Marcel adulte : Mon amour des collines triompha de la barbarie mathématique. 103 jours, 148 320 minutes et 8 899 200 secondes plus tard, nous étions de retour à la Bastide enchantée.
Joseph : Et bien, moi aussi j'ai besoin de toi pour travailler, et plus vite que ça.
Marcel : Maman m'a dit d'aller cueillir du thym !
Joseph : Marcel, je te rappelle que tu as ton concours dans trois mois.
Augustine : Et moi, j'ai mon civet dans trois heures.
Joseph : Ah ! Du civet ! Alors là, évidemment...
Isabelle : Oh, quelle horreur !
Marcel : Quoi ?
Isabelle : Vos mains. On dirait celles d'un mendiant.
Marcel : C'est propre, c'est de la terre.
Marcel : Sur une pierre, j'ai trouvé une fille.
Jules : Morte ?
Marcel : Oh non ! Une fille perdue.
Jules : Rencontre encore plus dangereuse !
Rose : Le mari de Lucienne, qui fait des chansons pour l'Alcazar, on lui donne pas mal d'argent.
Jules : Mais ses chansons sont pleines de grossieretés.
Rose : Oui, mais ça rime !
Loïs : Voici le chevalier qui traque la vipère,
Et pourfend l'araignée au fond de son repaire.
Marcel : C'était une couleuvre.
Loïs : Oh, si vous saviez combien parfois ma muse m'use.
[Isabelle a mis Marcel au défi d'aller caresser un chien apparemment méchant]
Marcel adulte : J'avançais vers le fauve en comptant sur le magnétisme bien connu du regard de l'homme d'une part, et d'autre part sur la solidité de la chaîne. [Le chien casse sa chaîne et court vers Marcel] C'était un solitaire tendre et pathétique. Une brute enragée d'amour. Il m'aurait suivi jusqu'au bout du monde.
Marcel [rêveur] : Isabelle...
Paul : C'est à moi que tu parles ?
Marcel : Je ne parle pas aux espions. Je parle à mon coeur.
Loïs : Ah ! cette malle de merde,
Chaque fois que je voyage, il faut que je la perde.
Bouzigue : Mais j'ai une idée. Aujourd'hui, vous ne ferez pas 9 kilomètres. Oh non ! Vous allez venir avec moi et nous allons suivre les berges du canal qui traverse en droite ligne toutes ces propriétés. Dans une demi-heure, nous serons rendus au pied de la Treille.
Bouzigue : Ce château-là, c'est le plus grand et le plus beau. Le propriétaire habite Paris. Encore un noble, baron je crois. il n'y a jamais personne, que le garde.
Joseph : Oui, mais ce garde, c'est un ami ?
Bouzigue : Pas exactement, non. C'est un ancien adjudant. Il est toujours saoul comme la Pologne. Il a une jambe raide. Et si jamais il vous voyait, et ça serait bien extraordinaire, vous n'aurez qu'à prendre le pas de gymnastique. Il serait bien incapable de vous rattraper, même avec son chien.
Augustine : Il a un chien !
Bouzigue : Oui, un chien énorme. Mais il a au moins 20 ans et il peut à peine bouger. Il s'appelle Mastoc.
Bouzigue [ouvrant une porte] : Et maintenant, la surprise !
Joseph : Le Carrefour des 4 Saisons !
Augustine : Mon Dieu, c'est pas possible !
Joseph : Nous venons de faire en 24 minutes un parcours qui nous prend d'habitude 2 heures 45.
Joseph : J'aurais honte de m'introduire en secret chez les autres et dans un but strictement personnel, pour mon intérêt privé. Il me semble que ce ne serait pas digne d'un maître d'école qui enseigne la morale aux enfants. [Désignant Marcel] Si celui-ci voyait son père se faufiler le long des broussailles comme un maraudeur, que penserait-il ?
Marcel : Il penserait que c'est plus court.
Paul : Tu as vu, papa ?
Joseph : Ton couteau pointu ?
Paul : S'il veut t'étrangler, je passe par derrière et je le tue dans les fesses.
Augustine : C'est très courageux, mais tu es encore bien petit. Donne-le moi.
Paul : Toi qui es grande, pique-le dans l'oeil.
Comte Colonel : Oui, j'oublie facilement cette balafre. Ce fut le dernier coup de sabre d'un Uhlan dans une houblonnière, en Alsace, il y a 35 ans. Cette enfant est encore un peu jeune pour apprécier les vertus militaires. Vous lui direz que c'est un chat qui m'a griffé. Elle en tirera au moins une leçon de prudence.
[Le Comte Colonel a offert un bouquet de roses à Augustine]
Marcel adulte : Notre famille républicaine était comme anoblie par ces roses du Roy.
Dominique : HALTE, LA-BAS ! OOOH, OOOH, OU ALLEZ-VOUS ? ET ALORS ? HEIN ? Vous en faites pas, je fais semblant parce que les patrons nous regardent de là-haut. J'espère que le vieux, y va bientôt crever. D'après le docteur, il en a plus pour longtemps. MONTREZ-MOI VOTRE CARNET ! Il veut que je vous demande vos papiers.
Joseph : Je m'appelle...
Dominique : VOUS VOUS APPELEZ ESMENARD VICTOR, DEMEURANT 82 RUE DE LA REPUBLIQUE. Maintenant, vous allez partir en courant pour que ça fasse bon effet. LA PROCHAINE FOIS, ÇA SE PASSERA À COUPS DE FUSIL ! La prochaine fois, passez de l'autre côté, le long des tomates, ça risque rien.
Augustine : Joseph, j'ai un pressentiment.
Joseph : Moi aussi. J'ai le pressentiment que nous allons passer des vacances magnifiques.
Garde : Que faites-vous ici ? Qui vous a permis d'entrer sur les terres de M. le Baron ? Vous êtes ses invités ? Peut-être ses parents ? D'abord, quel est votre nom ?
Marcel : Esmenard Victor.
Joseph : Tais-toi. Ce n'est pas le moment de plaisanter. [Au garde] Enfin !
Garde : Eh ben ! En voilà un qui est bien dressé. Il sait déjà donner un faux nom. Instituteur public ! Ah, ah, ah ! Ah ben, ça c'est le comble ! Un instituteur qui pénêtre en cachette dans la propriété d'autrui ! Un instituteur... D'ailleurs, c'est peut-être pas vrai. Quand les fils donnent un faux nom, le père peut peut-être donner une fausse carte.
Joseph : Comme on est faible quand on est dans son tort.
Bouzigue : Té, voilà pour vous.
Joseph : Mon carnet ! Le garde te l'a donné ?
Bouzigue : Pas donné, non. On peut pas dire.
Marcel adulte : Le temps passe et il fait tourner la roue de la vie comme l'eau celle des moulins.
Marcel adulte : Telle est la vie des hommes : quelques joies très vite effacées par d'inoubliables chagrins. Il n'est pas nécessaire de le dire aux enfants.
[Marcel, adulte, visite la propriété dont il vient de faire l'acquisition]
Marcel adulte : Ce n'était pas un monument historique, mais l'immense demeure d'un grand bourgeois du Second Empire. Je regardai orgueilleusement la naissance d'une grande entreprise, lorsque je vis au loin une haie d'arbustes. Mon souffle s'arrêta et sans en savoir la raison, je m'élançai dans une course folle à travers la prairie et le temps. C'est seulement quand je le vis par-dessus la haie que je reconnus le château. Celui de la peur, de la peur de ma mère. Oui, c'était là. C'était bien le canal de mon enfance. Je refis lentement le chemin de mes vacances de petit garçon et les chères ombres du passé marchaient auprès de moi.
Marcel adulte : Il me sembla que je respirais mieux, que le mauvais charme était conjuré. Mais, de l'autre côté du temps, il y avait depuis des années une très jeune femme brune qui serrait toujours sur son coeur fragile les roses rouges du roy. Elle entendait les cris du garde et le souffle rauque du chien. Blême, tremblante et pour jamais inconsolable, elle ne savait pas qu'elle était chez son fils.















