Fiches de films - Répliques
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Tandem
[En pleine route, Rivetot pile, et Mortez se cogne contre la vitre]
Mortez : Ah ! Rivetot, merde ! T'es pénible. QU'est-ce qui se passe ?
Rivetot : Ben excusez-moi, Michel, j'allais quand même pas l'écraser !
Mortez : Mais écraser qui, quoi ?
Rivetot : Ben le chien !
Mortez : Mais quel chien ?!
Rivetot : Un énorme chien, rouge ! J'en ai jamais vu des comme ça ! Il vient juste de traverser la route au ras du capot ! J'ai cru que j'allais me l'payer. ... Vous vous êtes fait mal ?
Mortez : Et où il est, ce chien ? On pourrait peut-être l'adopter ?
[Mortez est incrédule, mais un second automobiliste s'arrête brusquement]
Rivetot : 'voyez, Michel, j'ai pas rêvé !
Mortez : Ben voyons, la région est connue pour ça. Y'a un grand chien rouge qui passe son temps à traverser les routes pour tester les réflexes des conducteurs.
[Une troisième voiture passe sans problème]
Rivetot : J'comprends plus rien, là.
Mortez : La bête immonde doit avoir fini sa journée, ou bien elle aura eu peur de prendre un coup de pare-choc dans l'cul !
Mortez : Bon, alors, qu'est-ce qu'on fait ? On attend la nuit pour voir si le chien rouge peut nous danser la rumba dans la lumière des phares, dis ?! Ou bien on repart tout de suite ?
Villageoise : Vous avez des enfants ?
Rivetot : Non. Moi, j'aimerais bien, mais Mortez veut pas.
Rivetot : Vous, vous avez vomi. J'comprends pas, moi. Quand on sait pas digérer, ça devrait être interdit de manger. Sinon, c'est gâcher.
Rivetot : Chez mes parents, dans le garage, au fond du jardin, y'avait le compteur à gaz. Quand j'étais p'tit, j'passais des heures entières devant l'cadran à regarder les chiffres tourner. C'est les chiffres de droite qui tournent le plus vite. Et à chaque dizaine, les deux derniers chiffres de droite tournent ensemble. Pour que trois chiffres tournent, fallait attendre un bon moment, et quatre chiffres, c'était, pff... rarissime, ça arrivait jamais, presque. J'venais à l'heure du déjeuner, quand ça tire beaucoup et qu'les chiffres tournent plus vite, et j'me disais : "J'attends les trois prochains chiffres qui tournent ensemble, et j'm'en vais." Qu'est-ce que j'ai pu passer comme heures devant c'compteur à gaz...
Mortez : Tu vois, si tu avais eu le tout-électrique, tu aurais passé une enfance moins grisante.
Rivetot : Oui... Mais, euh, j'vous signale qu'on peut très bien regarder un compteur électrique, ça bouge aussi.
Mortez : Oui, mais c'est silencieux ! Ça fait pas clac-clac ! Donc c'est moins intéressant.
Rivetot : Ben vous aussi, vous deviez faire des trucs bizarres quand vous étiez petit.
Mortez : Moi, quand j'étais petit, je passais tout mon temps au casino à regarder tourner la roulette.
Rivetot : Oh ?
Mortez : Ben c'est vrai, oui ! Mes parents étaient diplomates, comme tu ne l'ignores pas, mais ils n'avaient pas les moyens de m'offrir une babysitter, alors ils m'emmenaient tous les soirs au casino. Mais comme j'étais très fort en martingale, je faisais sauter la banque tous les soirs, donc j'ai été interdit de jeu. Mais ça m'a été complètement indifférent, puisque, à ce moment-là, j'ai eu les moyens de m'offrir les services d'une baby-sitter. Tu n'me crois pas.
Rivetot : Ah, si, si, bien sûr, j'vous crois. C'est connu, d'ailleurs : à Las Vegas, y'a une salle de jeu qui porte votre nom, en souvenir.
Mortez : Tu vois que tu ne me crois pas.
[Mortez et Rivetot entrent dans une nième chambre d'hotel. Mortez, paniqué, se tourne vers le mur]
Rivetot : Qu'est-ce qui se passe, Michel ?
Mortez : Rivetot, ça monte, j'ai une bouffée d'angoisse...
Rivetot : Allongez-vous 5 minutes, ça va passer.
Mortez [les yeux fermés] : Les deux lits, la table de nuit au milieu. Les appliques dorées, les oeuvres d'art. Le cagibi/salle de bain ! Les couvre-lits en synthétique brillant ! L'odeur, putain, l'odeur !
Rivetot : Calmez-vous, Michel. C'est une chambre d'hôtel, j'vois pas où est l'problème.
Mortez : Rivetot ! Sors-moi de là, j'étouffe ! J'vais hurler ! AAAAAHHH !!!
Mortez : Tu danses ?
Rivetot : ... Hein ?
Mortez : Ben t'aimes pas danser ?
Rivetot : Ah ben si, enfin, là, quand même...
Mortez : On y va ?
Rivetot : Ah non, non... Vous, vous avez trop bu !
Mortez : Oui, mais ça empêche pas de danser.
Mortez : T'es pas marrant. C'est insensé, on est tout l'temps ensemble et pourtant, on ne se connaît pas. Ça fait un drôle d'effet. Un effet bizarre.
Rivetot : ... Oui, ça fait bizarre.
Mortez : On s'connaît pas mais on s'aime bien quand même, non ?
Rivetot : Bien sûr, Michel. Bien sûr.
Mortez : Alors ça va.
[En voiture, Rivetot et Mortez aperçoivent une famille en train de déjeuner au bord de la route]
Mortez : Ah non, c'est pas possible !
Rivetot : Hein ? Quoi ?
Mortez : Ben r'garde-moi ces cons !
Rivetot : Où ça, les cons ?
Mortez : Là ! Tiens, arrête-toi. J'vais leur dire que c'est des cons, ils doivent pas le savoir !
Mortez : Excusez-moi, Madame, je ne voulais pas vous blesser.
La libraire : Ne vous excusez pas. Vous ne pouviez pas savoir que vous étiez invité au club des cons.
Rivetot : Bonne nuit, Michel.
Mortez : Oui, merci, on se lève dans un quart d'heure.
[Alors que Mortez conduit, il passe devant un autre couple en train de dîner sur le bord de la route. Mortez descend de la voiture]
Mortez : Ça suffit ! Vous avez assez bouffé ! Y'a tout de même des limites ! Allez, hop ! Remballez ! Vous êtes la honte du paysage français ! J'aime l'hiver, parce qu'il m'épargne votre spectacle ! On devrait créer des brigades esthétiques et interdire le port du survêtement en dehors de l'enceinte des stades !!!
Rivetot : Vous vous faites du mal, Michel...
Mortez : AAAHHHH !!! Ils vont se multiplier ! Faut leur retirer la garde de leurs enfants ! Tiens, mieux ! On va les stériliser !
Mortez : Tu crois que c'est ça, mon public ?!
Rivetot : Non non, non. Y'a aussi tous ceux qui déjeunent chez eux.
Mortez : FRANÇAIS !!!
Mortez : On y va, Rivetot ?
Rivetot : Ah, Michel. ... Ça va ?
Mortez : On y va, Rivetot ?
[Alors que l'émission est sur le point de démarrer, Mortez disparaît]
Régie : Ben où il est ?
Rivetot : Ben je sais pas ! Il s'est barré, il s'est barré, tu comprends pas ?
Régie : Ben c'est-à-dire ?
Rivetot : C'EST-À-DIRE QU'IL A CRAQUÉ, DUCON !!!
[Après plusieurs mois sans nouvelle, Rivetot, divorcé et au chômage, retrouve Mortez]
Rivetot : Et vous vous ennuyez jamais, tout seul, dans cette grande voiture ?
Mortez : Quoi, tu veux dire si je m'ennuie de toi ? Parfois, oui... Alors, j'prends des auto-stoppeuses !
Mortez : Tu vois toujours des chiens rouges ?
Rivetot : Non. ... Plus jamais.
Mortez : Ça t'amuserais d'en voir avec moi du côté de Bordeaux ? Faut que j'y sois ce soir.
Mortez : Dis-moi, c'est ici que t'habitais ?
Rivetot : Ben oui.
Mortez : Alors regarde bien le paysage... PARCE QU'ON EST PAS PRÊT DE R'VENIR !