Fiches de films - Répliques
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Les Autres
Grace : Comme vous le voyez, le ménage a été assez négligé depuis que les domestiques ont disparu, il y a huit jours.
Bertha : Les domestiques ont disparu ?
Grace : Volatilisés. Sans prévenir, sans rien dire. Il n'ont même pas réclamé leurs gages. Ils ont... ils se sont sauvés.
Grace : Dans cette maison, aucune porte ne peut être ouverte à moins que la précédente n'ait été soigneusement fermée avant. Il est vital que vous vous en souveniez. C'est moins facile que ça n'en a l'air. Il y a quinze clefs différentes qui ouvrent les serrures des cinquante portes, selon la partie de la maison où vous vous trouvez.
Grace [allumant une lampe à pétrole] : Les enfants font une très grave allergie à la lumière. Ils sont photosensibles et ne doivent jamais être exposés à une clarté plus forte que celle-ci. Sinon, en quelques minutes, il se couvriraient de plaies et de pustules. Ils se mettraient à suffoquer et mourraient étouffés.
Anne : Vous allez nous quitter, vous aussi ?
Bertha : Bien sûr que non. Pourquoi est-ce que je vous quitterais ?
Anne : Oui, c'est ce qu'ont dit les autres. Mais ils nous ont quittés et c'est arrivé après...
Nicholas [tout bas] : Faut pas le dire.
Bertha : Qu'est-ce qui s'est passé ? Racontez moi.
Anne : Maman est devenue... folle.
Grace [parlant de l'enfer à ses enfants] : Au centre de la terre, où il fait une chaleur atroce. C'est là que vont les enfants qui mentent. Mais ne croyez pas que c'est juste pour quelques jours. Oh, non ! Ils sont damnés à jamais. Pour toujours. Pensez-y. Essayez d'imaginer, la fin de l'éternité. Fermez les yeux, fermez les yeux et essayez de l'imaginer. Souffrances. Pleurs. À tout jamais.
Anne : Mais on a peur quand on est séparés.
Grace : Vous avez peur ? Vous êtes pourtant habitués à cette maison, maintenant.
Nicholas : On voit des fantômes.
Anne : C'est le garçon qui pleurait.
Grace : Quel garçon ?
Anne : Victor.
Grace : Qui est Victor ?
Anne : C'est le garçon qui pleurait dans cette pièce. Je lui ai dit de me laisser travailler, mais il voulait pas se taire. Il me répètait "Faut que tu partes". Il veut qu'on quitte la maison.
Anne : Son père est avec les autres dans le vestibule.
Grace : Ça m'étonne, parce que j'en viens et il n'y avait personne.
Anne : Ils ont dû monter au premier. Ils visitent la maison.
Voix de Victor : Allez-vous en. Sortez de mon lit, tous les deux.
Anne : C'est notre lit.
Voix de Victor : Non. C'est le mien.
Nicholas [pleurnichant] : Anne, j'ai peur. Arrête de prendre cette voix.
Grace : Je commence à me sentir totalement coupée du monde. Et ce brouillard qui dure depuis des jours n'arrange pas les choses.
Bertha : Non, c'est vrai, Madame.
Grace : On n'entend même plus les mouettes.
Grace : Anne, je te demande de me dire qui fait tout ce bruit.
Anne : Je peux pas te le dire, maman.
Grace : Réponds-moi.
Anne : Je t'ai dit qu'il y avait des gens dans ma chambre et toi, tu m'as punie. Maintenant, je ne sais plus ce que je dois dire.
Grace : Dis-moi s'il y a quelqu'un au 1er étage.
Anne [avec un petit sourire] : Là, dans le débarras.
Anne : Ils sont partout. Ils disent que la maison leur appartient.
Grace : Qu'est-ce qu'elle te demande ?
Anne : Des choses... Elle a mauvaise haleine, en plus !
Grace : Sauriez-vous me dire ce que c'est, Madame Mills ?
Bertha : Ce sont des photographies.
Grace : Mais... ils sont endormis, regardez.
Bertha : Ils ne dorment pas, Madame, ils sont morts. C'est un livre des morts. Au siècle dernier, c'était l'usage de photographier les morts dans l'espoir que leur âme pourrait continuer à vivre à travers leur portrait.
Bertha : Nous aussi, nous sommes partis. Encore que... parfois, lorsqu'on quitte une maison, on dirait qu'elle... qu'elle reste avec nous, où que vous soyez, toujours. J'ai l'impression de n'être jamais partie.
Grace : Pourquoi l'avez-vous fait ?
Bertha : Oh, à cause de l'épidémie de tuberculose. Tout la région a été évacuée.
Grace : J'ai fouillé cette pièce moi-même. Elle était vide.
Bertha : Tenez, prenez ces comprimés, Madame, ça vous détendra.
Grace : Et pourtant... et pourtant, j'ai senti comme une présence dedans. Ce n'était pas humain. Il y a quelque chose dans cette maison. Quelque chose de diabolique.
Bertha : Madame...
Grace : Une présence qui rôde. Une âme en peine.
[Charles retrouve ses enfants]
Charles : Vous avez été bien sages ?
Anne : Horriblement sages
Charles : Et gentils avec maman ?
Anne : Très gentils. On a travaillé tous les jours pour notre première communion. Et toi, tu as tué des gens ?
Anne : Maman, les hommes qui meurent à la guerre, où est-ce qu'ils vont ?
Grace : Quelle question ! Ça dépend.
Nicholas : De quoi ?
Grace : Eh bien, s'ils ont combattu du côté des gentils ou des méchants. Votre père, par exemple, s'est battu pour l'Angleterre, du côté des gentils.
Anne : Comment on reconnait les gentils des méchants ?
Grace : Assez de question, je te prie, mange. Tu n'iras jamais à la guerre.
Nicholas [d'un ton triste] : On n'ira jamais nulle part.
Bertha : Maintenant, écoutez-moi. Je les ai vus comme vous.
Anne : Vous les avez vus ?
Bertha : Oui.
Anne : Alors il faut le dire à ma mère. Comme ça, elle verra que je mens pas.
Bertha : Il y des choses que votre mère ne veut pas entendre. Elle croit uniquement ce qu'on lui a appris à croire. Mais rassurez-vous. Un jour ou l'autre, elle les verra aussi. Tout s'arrangera à ce moment là.
Anne : Comment ?
Bertha : Oh, vous verrez ! L'avenir vous réserve bien des surprises. Beaucoup de choses vont... changer.
Bertha : Maintenant, elle se comporte comme s'il ne s'était rien passé.
Tuttle : Et la petite fille ?
Bertha : Oh, elle est moins entêtée que sa mère. Les enfants seront plus faciles à convaincre. C'est la mère qui va nous créer des problèmes.
Tuttle : Vous croyez que le mari se doute de quelque chose ?
Bertha : Non. Je crois qu'il ne sait même pas où il est.
Anne : Elle a essayé de me tuer ! Elle s'arrêtera pas avant de nous avoir tués ! Elle s'arrêtera jamais, elle s'arrêtera pas avant de nous avoir tués ! Tu es mauvaise ! Tu es mauvaise, mauvaise, mauvaise !
Bertha : Reposez-vous sur nous. On sait ce qu'il y a à faire dans cette maison.
Charles : Anne m'a tout raconté.
Grace : J'aimerais trouver une explication, mais je n'en ai pas. Au début, je croyais qu'il y avait des gens dans la maison. J'ai même pensé que c'était des revenants.
Charles : Je ne parlais pas des revenants. Anne m'a expliqué ce qui s'est passé ce jour-là.
Grace : J'ignore de quoi tu veux parler.
Charles : Dis-moi que ce n'est pas vrai. Dis-moi ce qui est arrivé.
Grace : Ce qui est arrivé ? Je ne sais pas ce qui m'a pris ce jour-là. J'étais... les domestiques avaient disparu en pleine nuit, sans même avoir le courage de m'annoncer leur départ. Ils savaient que je ne pouvais pas quitter la maison. Ils savaient.
Grace : Il faut que tu me pardonnes, Charles.
Charles : Pas moi. Les enfants.
[À son réveil, Grace s'aperçoit que tous les rideaux de la maison ont disparu]
Grace : Quelqu'un cherche à tuer mes enfants.
Bertha : Pourquoi croyez-vous que la lumière les tuerait, Madame ?
Grace : Vous savez bien. Je vous l'ai dit. Je croyais vous avoir expliqué que les enfants étaient photosensibles, c'est tout juste s'ils supportent les lampes !
Bertha : Oui, auparavant. Leur état de santé a pu s'améliorer de lui-même. Et comment savoir s'ils sont guéris si vous ne les exposez jamais à la lumière ?
Bertha : Mais si nous vous laissons, vous croyez qu'eux, ils le feront ?
Grace : Qui ?
Bertha : Les intrus.
Grace : Il n'y a pas d'intrus.
Tuttle : Ils ont décroché les rideaux.
Grace : Il n'y a pas d'intrus.
Tuttle : Je vous assure que c'était eux. Et maintenant, ils sont là, avec vous et les enfants.
Bertha : Ils vous attendent.
Grace : Non !
Bertha : Si. Et croyez moi...
Grace : Il n'y a pas d'intrus.
Bertha : ... tôt ou tard, ils vous trouveront.
Anne : T'entends toi aussi ? Il y a quelqu'un dans la pièce.
Voix de vieille femme : Venez, mes enfants. Venez avec nous.
Bertha : Les intrus s'en vont ce matin. Mais d'autres viendront ensuite. Nous pourrons quelquefois sentir leur présence et quelquefois, pas du tout. Mais il en a toujours été ainsi, Madame. N'est-ce pas ?