Fiches de films - Répliques
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Don Camillo... Monseigneur !
[Devenu Evêque, Don Camillo reçoit un groupe de vieilles dames, auxquelles il parle dans un anglais laborieux.]
Don Camillo : Well, well, well... Eh bien... Zis isse oure plane of assistance well, faure ze audience of the Saint-Père I shall do ze impossible.
Le secrétaire : Que Monseigneur me permette... vous devriez peut-être soigner un peu plus votre anglais. C'est... c'est essentiel.
Don Camillo : Vous croyez ? Je ne pense pas que Jésus-Christ parlait l'anglais !
Le secrétaire : Que Monseigneur excuse la liberté que je prends, mais... Monseigneur n'est pas Notre Seigneur Jésus-Christ.
Don Camillo : Non, ça, c'est exact. Mais alors pourquoi continuez vous à me crucifier sans arrêt avec vos remarques ?
Un syndicaliste : Camarade. Le chef demande le rapport sur l'enquête des Aciéries Réunies.
Peppone : Ouais, ouais, ouais, ouais, ouais !!! J'ai presque fini. Eh ! Qu'il me laisse au moins le temps nécessaire pour le taper à la machine, non ?
Le délégué : Il t'a laissé le temps. ça fait au moins une semaine que tu travailles dessus.
Peppone : Eh ! C'est plus compliqué de faire un rapport qu'une révolution, tu sais.
Peppone : Au moins, les révolutions, elles, c'est pas nécessaire de les faire en triple exemplaire !
Communiste : Camarade, je réfléchirais avant de l'envoyer là-bas. Celui-là, c'est pas un homme, c'est un cyclone. Mais c'était pas un élément à faire sénateur !
Secrétaire du parti : Nous étions bien obligés. Il nous a tellement empoisonnés comme maire, il a bien fallu en faire un sénateur pour arriver à ce qu'il se tienne tranquille. Promo veatur est amo veatur. Souviens-t'en. Et les autres ? Pour essayer de rendre inoffensif leur damné curé, est-ce qu'ils n'ont pas été obligés d'en faire un monsignore, non ?
Secrétaire du parti : Mais comment ? Nous avons la possibilité de frapper un formidable coup de propagande à étendre sur tout le plan national, et toi, qu'est-ce que tu fais ? Tu écris aux camarades de ne pas se durcir, de chercher un accord amical, et en attendant de suspendre les travaux !
Peppone : Mais... Je me suis conformé à la politique de la Détente...
Secrétaire du parti : Qu'est-ce que tu crois que c'est, la Détente ? Baisser sa culotte devant les curés ? La Détente, nous l'offrons, mais nous ne la subissons pas.
[Un curé d'apparence frêle informe Don Camillo qu'il a été désigné pour représenter le Vatican à Brescello, dans un conflit avec la municipalité]
Le curé : Monseigneur, la situation n'est pas simple. En effet, le curé voudrait bien éviter un conflit, sans pourtant faire le jeu des autres, et c'est pourquoi il s'est adressé à nous.
Don Camillo : Mmh ! Et pourquoi pas à l'Évèque ?
Le curé : Oh, l'Évèque... C'est un saint homme, naturellement, mais les saints ne sont pas taillés pour la politique.
Le curé : Ici, il s'agit de ménager la chèvre et le chou.
Don Camillo : Je vois, je vois... Et pour que la chèvre ne mange pas le chou, et que le chou n'étrangle pas la chèvre, on vous a choisi, vous qui n'êtes pas un saint, qui connaissez la politique, mais qui ne connaissez rien au pays.
Le curé : C'est pour ça, Monseigneur, c'est pour ça qu'avant de partir, comme je ne connais ni le pays ni les gens, je suis venu vous demander de m'éclairer, de me conseiller un peu, voilà.Don Camillo : Allez en paix, mon fils. Vous n'avez qu'à oublier toutes les histoires qu'on raconte sur ces braves gens. Évidemment, ils sont un peu rudes, mais ils ont un sens profond de l'humanité. Il suffit de les prendre par le bon bout. Je peux dire que je les connais bien. Tenez, touchez-là, pardon. [Il lui fait toucher le dessus de son crâne] Ils m'ont battu 6 fois ! Mais toujours avec du bois tendre. Et avec beaucoup d'affection. Ils m'ont même tiré dessus. Mais avec du numéro 7. Du tout petit plomb. Pour la bécassine. Si vous savez les prendre, mon fils, tout ce qui peut vous arriver, c'est peut-être du plomb à lièvre, jamais la chevrotine ! Jamais ! Ah, les braves gens !
Le curé : Mais... C'est un pays de sauvages !
Don Camillo : Ah non ! Simplement un pays un peu chaud. Ne vous inquiétez pas. Mon successeur, Don Cesar, a gardé tout mon attiral. Au grenier, dans une petite malle verte, vous trouverez un révolver, un fusil mitrailleur et des munitions. Tenez, voilà la clef. Maintenant, si vous avez peur des armes à feu... [Don Camillo se lève et va chercher un gourdin dans un secrétaire] vous pourrez toujours vous servir de ça. Je l'ai employé assez souvent, il est rodé !
Peppone : Alors, comme ça, vous partez peut-être en vacances.
Don Camillo : Il n'y a jamais de vacances pour les prêtres. Vous vous rappelez ma tante Cécile, celle qui avait décidé de devenir centenaire ?
Peponne : Ah, oui, oui.
Don Camillo : Eh bien, elle a changé d'avis. Oui, elle a préféré s'arrêter à 98 ans.
[Dans le train, Peppone doit partager son compartiment avec Don Camillo]
Peppone : C'est la première fois que je voyage en wagon-lits. Mais je préfère voyager en couchette seul.
Don Camillo : Ah, comme je vous comprends, Sénateur. Mais alors, je me demande comment vous vous sentez en ce moment ?
Peppone : Exactement comme un homme qui, ayant eu pendant 10 ans un curé sur l'estomac, est obligé de voyager avec un monsignore sur la tête !
Le Narrateur : Don Camillo n'oublia pas de réveiller Peppone. Dans sa hâte à se débarrasser de lui, il le réveilla même beaucoup trop tôt.
[Don Camillo revient dans son ancienne église et s'approche de l'autel]
Jésus : Et alors, Don Camillo ?
Don Camillo : Seigneur, je Vous ai appelé si souvent depuis bientôt 3 ans, et Vous ne répondiez jamais. Et maintenant, j'entends de nouveau Votre voix. On est plus près de Dieu ici qu'à Rome.
Jésus : Don Camillo, Dieu est partout à la même altitude, mais ici, c'est toi qui es plus près de toi-même.
Jésus : Alors, tu n'as rien à me raconter depuis tout ce temps ?
Don Camillo : Seigneur, je suis devenu une grosse légume. Ils ont fait de moi un monsignore.
Jésus : Tu le méritais bien, après tout ce que tu as souffert. J'ai appris qu'ils t'avaient frappé, qu'ils t'avaient même blessé à coups de fusil ! Don Camillo, pourquoi tu ne me l'avais jamais dit ?
Don Camillo : Peut-être parce que c'était pas vrai.
Jésus : Un monsignore qui dit des mensonges, je n'aurais jamais cru que ce soit possible.
Don Camillo : Seigneur, j'avais tellement envie de Vous revoir.
Jésus : Et tellement envie de te replonger dans les complications ?
Smilzo : Vive le retour des coups de triques et des torgnioles !
Peppone : Quelle lanque je parle alors ? Le turc ? Pas de coups de triques ni de torgnioles ! Simplement une douloureuse stupeur devant l'incompréhension du Clergé.
Gisèle : Des affiches en deux couleurs ! On voit bien que l'argent leur coûte rien !
Don Camillo : Mes frères, Jésus est descendu sur la terre pour racheter les péchés de l'humanité, en souffrant, Lui, fils de Dieu, comme un simple mortel. Pour ça, Il a choisi de naître, non pas bourgeois, mais prolétaire. Car celui qui travaille, et celui-là seulement, sait ce que c'est la souffrance.
Peppone : Monseigneur, vous empiétez. Les communistes, c'est nous.
Don Camillo : Le christianisme est une religion démocratique, basée sur le travail. Mes frères, souvenez-vous de la nuit de Noël, et de Marie et de Joseph cherchant vainement à se loger. Depuis, près de 2 000 ans ont passé, et combien d'enfants de travailleurs viennent encore au monde dans des habitations pires que l'étable de Béthléem ! En somme, Monsieur le Maire, vous avez besoin de la terre de l'Église pour donner un toit à vos pauvres. Et bien, cette terre, l'Église vous l'offre de tout coeur [en parlant plus bas, à Peppone] à condition, bien entendu, que l'immeuble qui va s'élever ici ne soit pas seulement destiné à vos pauvres [à nouveau dans le micro] car il n'y pas deux catégories de pauvres. Pas plus les pauvres de la commune que les pauvres de la paroisse. Tous les pauvres sont égaux.
Don Camillo : Ainsi donc, article 3, 8 logements sur les 16 seront attribués aux familles proposées par la commune et 8 à des familles proposées par la paroisse.
Don Camillo [à Peppone] : Voici l'acte de donation déjà signé par la Curie. Il ne manque plus que votre signature.
Peppone : 8 appartements, mais vous êtes fou, Monseigneur.
Don Camillo [dans le micro] : Le conseil municipal accepte la proposition !
[Peppone, sur le point de démolir la petite chapelle à coups de pioche, est pris de remords]
Peppone : Oh, bon sang, mais pourquoi c'est nous qui devons faire ça ? Pour nous accuser de sacrilège en criant que nous piochons les madones ?
Don Camillo : Ben, Sénateur, tout ça est votre bien. Nous l'avons cédé.
Peppone : C'est le terrain qu'il nous faut ! Vous devez nous le donner nu et libre. Les madones et les saints, c'est de votre boutique ! Nous, on vous a jamais demandé de venir piocher les statues de Staline et de Lénine !
Don Camillo : Eh ! Si vous nous l'aviez demandé, nous serions venus.
[Le filin qui devait déplacer la chapelle s'est rompu. La foule crie au miracle et s'agenouille]
Don Camillo : Merci, Seigneur.
Une vieille femme : Merci, Vierge Marie. Vous avez fait un miracle. C'est un miracle. [Elle donne un coup sur la tête de Peppone] À genoux toi aussi, mécréant.
Don Camillo : Merci doublement.
[Pour résoudre le problème posé par la chapelle, Peppone a décidé de l'intégrer dans le bâtiment à construire]
Don Camillo : Sénateur, ça me plait, votre projet. La réalisation est excellente. Votre séjour à Rome vous a un peu développé l'intelligence.
Peppone [d'abord flatté, puis vexé] : Trop aimable ! Quoi qu'il en soit, les appartements, y'en a plus 16 mais 15. Et dans ce cas, je pense...
Don Camillo : Ne vous tourmentez pas, Sénateur. Nous considérons qu'il y a toujours 16 appartements dont un déjà occupé par une personne qui nous convient.
[Rosetta, fiancée à Walter, fils de Peppone, veut se marier à l'église. Peppone refuse]
Walter : Mais elle veut les grandes orgues !
Peppone : Les grandes orgues ! On demandera à La Tuga de venir avec son accordéon.
[Peppone a promis un travail de balayeur au père de Rosetta, Grotti, pour le convaincre d'accepter un mariage civil]
Grotti : Monseigneur, je suis un pauvre manoeuvre sans un sou et avec ma patte folle, je peux plus faire de travaux pénibles. Il faut pourtant que je vive.
Don Camillo : Il faudra aussi que tu meures. Et là-haut, Peppone n'a aucune influence.
Grotti : Monseigneur, vous me promettez une place au paradis, tandis que Peppone, lui, il me donne une place à la mairie.
[Walter et Rosetta viennent persuader Don Camillo de les aider à se marier, en lui avouant que Rosetta est enceinte.]
Don Camillo : Seigneur, jetez sur moi un regard pitoyable. Nous sommes entre Vos mains tous les trois.
Rosetta : Quatre. Presque.
[Don camillo rend visite à Peppone, alité]Don Camillo : Bonjour, mon cher Sénateur.
Peppone : Bonjour, Monseigneur. Qu'est-ce que vous venez faire ici ?
Don Camillo : Ben, mon devoir ! Visiter les malades et les affligés.
Peppone : Je vais très bien.
Don Camillo : Et le camarade fantôme, comment va-t-il ?
Peppone : Quel camarade fantôme ? Allez, videz votre sac maintenant. Quel jeu jouez-vous ?
Don Camillo : À un jeu tout nouveau [Il a étalé, sur la table, des lettres en plastique formant le nom de Peppone "Giuseppe Bottazzi"] Vous le connaissez ?
Peppone : Expliquez vous, s'il vous plait. Je n'aime pas les devinettes.
Don Camillo : Vous n'aimez pas les devinettes, mais vous aimez peut-être les anagrammes, mmh ? [Il se penche sur la table et manipule les lettres] C'est fait. Grattez le Peppone et vous trouverez le Pepito.
Peppone : Jouer au totocalcio, c'est pas un crime.
Don Camillo : Jouer, non. Gagner, si. L'argent, c'est le sang des ennemis du peuple.
Peppone : Ah, non, non, non, s'il vous plait. Ne fourrez pas de politique partout.
Don Camillo : Votre peau de sénateur du parti cache maintenant une tripe financière, une tripe de 10 000 000.
Peppone : Et quels dix millions ? Et ils sont tous avec des yeux comme ça. Je pourrai jamais les toucher, moi.
Don Camillo : Donnez votre ticket au Parti. Il les encaissera pour vous. Mmmh ?
Peppone : Le Parti, je me suis assez battu pour lui. Cet argent, j'ai le droit de le garder, il est à moi !
Don Camillo : Comme vous voudrez. Mais il faut d'abord le toucher. Vous pourriez demander à quelqu'un de confiance.
Peppone : Ah ! À qui je pourrais me fier ?
Don Camillo : Je pourrais peut-être m'en charger.
Peppone : Vous ?
Don Camillo : Pourquoi pas, mmh ? Vous savez, les curés ne font rien pour rien. Non. [Il lui tend un papier et un stylo] Écrivez... Oui, oui. Bon, écrivez "Je Soussigné, Giuseppe Bottazzi, etc... etc... autorise mon fils Walter à épouser selon le rite catholique..."
Peppone : Non, non, je peux pas, je peux pas. Je sombrerais dans le ridicule. Et puis...
Don Camillo : Vous n'avez pas eu peur de faire sombrer dans le ridicule et dans la rivière un pauvre curé qui se baignait.
Peppone : Non. L'idée n'était pas de moi, je le jure.
Don Camillo : Alors, de qui ?
Peppone : Je suis pas un espion du Vatican.
Don Camillo : Bon. Nous règlerons ça une autre fois. Allez, complétez la déclaration et signez.
Peppone : Je vous ai déjà dit que...
Don Camillo : Calmez-vous, calmez vous, Sénateur. Nous ne nous intéressons qu'à la substance de la chose. Nous ménagerons la chèvre du sénateur et sauverons les choux du Seigneur. Allons, allons, dépêchez-vous, dépêchez-vous et surtout, ne signez pas Pepito Sbazzeguti.
Peppone [à sa femme] : Ecoute, Maria, laisse-moi donner un million au Parti, un seul. Un don anonyme pour me mettre la conscience en paix, hé ?
Maria : Ah non ! Pas un centime ! autrement, c'est moi que tu auras sur la conscience.
Peppone : Qu'est-ce que c'est un million ? Un tout petit million ?
Maria : Non ! Je t'ai dit non, pas un centime !
Don Camillo [regardant l'argent gagné par Peppone] Seigneur, je ne me permettrais pas de vous faire une remarque, mais voilà un gros lot qui aurait pu tomber dans d'autres mains que dans celles d'un Peppone.
Jésus : Va dire ça au Totocalcio, Don Camillo.
Peppone [prenant une liasse] : 10 millions !Don Camillo : Tes mains tremblent.
Peppone : Eh, dites donc, c'est pas 4 sous, hein, c'est 10 millions !
Don Camillo : Ah ! Ah ! 10 millions, 10 paquets de papier qui peut-être, demain, ils ne vaudront plus rien.
Peppone : Bien sûr, il faudrait investir, investir tout de suite. Je peux peut-être acheter une propriété.
Don Camillo : La terre est aux paysans. Tu la travailleras, toi, ta terre, alors ? Non. Ta conscience te l'interdit.
Peppone : Ben, dans ce cas, de l'or. Je peux acheter de l'or. ça doit rien à personne de l'or, non ?
Don Camillo : De l'or ? Mais si demain tu la fais, ta révolution, ton or, on te le prendra.
Peppone : Oui, bien sûr. Et si je le déposais à l'étranger ?
Don Camillo : A l'étranger. Ah ah ! Oui, mais où ? [Don Camillo fait semblant de réfléchir] En Amérique peut-être ?
Peppone : Ah oui ! [Se ressaisissant] On ne parle plus de tout ça ce soir. J'y comprends plus rien.
[Peppone revient dans la nuit accompagné de son épouse]
Don Camillo : Qu'est-ce qui se passe, qu'est-ce que c'est ?
Peppone : C'est nous, Révérend. Vous pouvez nous ouvrir un moment s'il vous plait ?
Don Camillo : Mais pourquoi ? Qu'est-ce que vous voulez ?
Peppone : Mais rien. C'est ma femme. Elle voudrait voir comment c'est fait, 10 millions.
Don Camillo : A 1 heure et demie ?
Peppone : Eh ! Ben... Elle n'arrivait pas à s'endormir, alors...
Don Camillo : Ah, mais moi, j'y était parfaitement arrivé.
Don Camillo : A minuit, tu veux pas tes millions. A 1 heure, tu les présentes à ta femme. A 3 heures, tu veux les emporter. Et ça, trois fois dans la même nuit. Il faudrait savoir ce que tu veux, qu'est-ce que se sera à 5 heures du matin ?
Peppone : Vous comprenez, mon Révérend, avec cette idée que ma femme m'a mise dans la tête, je pouvais plus tenir.
Don Camillo : Quelle idée ?
Peppone : Et ben voilà. On ne sait jamais, pas vrai, mon Révérend, hein. Enfin, supposons... excusez-moi... qu'il vous arrive un accident... Je veux dire, comment je ferais pour prouver que cet argent est à moi ?
Don Camillo [prêt à exploser, lui mettant la valise dans les bras] : Emporte-moi ça et f... file, hein ! Et s... et s... et surtout ne m... ne me dit pas bonne nuit !
[On entend le coq chanter]
Peppone : Bonjour, Monseigneur.
Don Camillo : Vous avez vu, Seigneur, comme ça le travaille les millions, ce communiste !
Jésus : C'est bien facile de mépriser l'argent quand on est curé, Don Camillo. Je voudrais t'y voir si tu avais une femme et six enfants !
[Don Camillo, qui vient de marier Rosetta et le fils de Peppone, leur fait un petit sermon]
Don Camillo : Que la grâce du Seigneur illumine votre maison et en éloigne le malheur. Que Dieu vous épargne les discussions, la misère, les maladies. Et surtout, q'uil vous protège contre l'influence maléfique de vos malheureux parents... que vous devrez aider à se repentir en adressant chaque jour cette prière au ciel miséricordieux "Seigneur, fais sentir le poids de ta main sur ces pauvres têtes vides, ainsi soit-il".
[Marasca, le mari de la militante communiste Gisèle, vient demander conseil à Don Camillo]
Marasca : Je la massacre, et après je me tue.
Don Camillo : Doucement, doucement, ne nous emballons pas. Après toi, qui c'est que tu veux tuer ?
Marasca : Ma femme.
Don Camillo : Ah. Délit politique, tu aurais le droit aux circonstances atténuantes.
Marasca : J'en peux plus, Monseigneur, et ça finira mal si vous n'y trouvez pas un remède.
Don Camillo : Moi ? mais qu'est-ce que tu veux que j'y fasse ?
Marasca : Eh, je n'en sais rien, révérend. Mais après tout, c'est vous qui nous avez mariés !
Don Camillo : D'accord, mais je décline toute responsabilité !
Marasca : Eh, vous pourriez lui parler, essayer de la raisonner...
Don Camillo : Ah ! Plutôt raisonner un bulldozer !
Marasca : C'est toujours comme ça. Toujours comme ça. Aujourd'hui elle colle des affiches, demain elle va au meeting, un autre jour elle va casser les vitres chez les adversaires, un autre jour elle va au bord du fleuve pour voler...
Don Camillo : Mmh ?
Marasca : ... vos vêtements.
Don Camillo : Quoi ?
[Il prend son fusil et, par la fenêtre, vise le postérieur de Gisèle, penchée sur ses pots de colle]
Jésus : Don Camillo !
Don Camillo : Seigneur, c'est, c'est... c'est du petit plomb. Du... du... du... du tout petit, petit, petit. Pour des enfants moineaux. Du petit plomb. [Il reprend la position du tireur]
Jésus : Don Camillo !
Don Camillo [en reposant son arme] : Merci, Seigneur.
[La camarade Gisèle est humiliée lorsqu'elle est retrouvée le postérieur peint au vernis rouge]
Brigadier : Nous avons téléphoné en ville et il y a deux heures, on nous a envoyé un spécialiste de la police scientifique, c'est-à-dire une spécialiste. Oui, étant donné le cas particulier, n'est-ce pas... Voici son rapport.
Peppone : Inflammation... des amygdales ?! Mais... Mais... Qu'est-ce que les amygdales viennent faire là-dedans ?
Brigadier : Et qu'est-ce qu'elle aurait pu trouver, Sénateur ? En premier lieu, la partie... disons la partie lésée, avait déjà été traitée à la benzine et au détersif par la victime.
Brigadier : Monsieur le Sénateur, ce n'est pas l'ouvrage de ces peintres ordinaires qui, après avoir fini leur tableau, y mettent leur signature, hé !
Brigadier : Excellence, nous sommes objectifs, et 4 coups de pinceau au vernis rouge, au fond...
Peppone : Pas plus au fond qu'en surface, nous ne laisserons impunément vernir les membres de nos militants !
[À la suite de "l'agression" de Gisèle, pris comme une provocation politique, Peppone déclenche une grève générale]
Don Camillo : Est-ce que tu ferais cesser la grève si tu venais à apprendre que la politique n'était pour rien dans ce vernissage ?
Peppone : C'était vous !
Don Camillo : Sénateur ! Je suis un prêtre ! Je peux pas tomber aussi bas.
Peppone : Mmh. Alors qu'est-ce que vous avez fait au juste ?
Don Camillo : Oh, je lui ai enfoncé la tête dans un sac, je l'ai un peu ficelée, puis alors je l'ai portée derrière une haie, et je suis reparti à mes affaires.
Don Camillo : C'est un règlement de compte familial ! Ne mets pas le Parti entre l'arbre et l'écorce.
Peppone : Un mari qui couvre sa femme de ridicule est un criminel. La pauvre petite, elle a même plus le courage de sortir de chez elle.
Don Camillo : C'est justement ce que voulait le mari.
Peppone : Ah, le mari. Mais vous, vous n'êtes pas le mari.
Don Camillo : Ah non, certainement pas.
Peppone : Alors ?
Don Camillo : Moi, j'ai surtout fait ça pour encourager l'art abstrait.
[Le Parti doit organiser les obsèques d'un jeune camarade tué lors d'émeutes à la ville]
Brusco : Le corps de notre camarade arrive demain à 15 heures. Dès que vous en recevrez l'ordre, vous ferez sonner le glas.
Un militant : Et vous le ferez sonner jusqu'à ce qu'on vous dise de vous arrêter.
Smilzo : Et quand le cortège traversera la place, vous fermerez votre boutique.
Don Camillo : Je ne peux pas faire sonner le glas pour des morts qui ne s'arrêtent pas à l'église. Si vous voulez pas le curé, vous aurez pas non plus le sonneur.
Un militant : À notre camarade, vos associés lui ont déjà chanté le "de profondis".
Don Camillo : J'ai pas d'associés.
Peppone [qui décide d'offrir une cloche à sa commune] : Nous pourrons nous aussi faire sonner notre cloche pour appeler le peuple à nos réunions, pour fêter toutes ses victoires, pour l'avertir des graves dangers. Et pour saluer aussi ses morts. Voilà. Fini, le monopole clérical des cloches.
Le Narrateur : La nuit venue, des ombres furtives rodèrent sur la place. Il y eu des gestes suspects, des bruits étranges. Des voleurs peut-être ! Mais que pouvaient-ils voler sur cette place où il n'y avait qu'une cloche ? D'ailleurs, le lendemain matin, la cloche était toujours là.
Peppone : En tombant, elle s'est fêlée.
Don Camillo : Je ne crois pas, Sénateur. C'est vous qui avez dû la fêler, avec votre tête.
[Don Camillo sonne le glas lors de l'enterrement civil du jeune camarade]
Don Camillo : Seigneur, accueillez le quand même dans votre royaume. En mourant, il a demandé la voix des cloches. C'est comme s'il avait demandé la voix de Dieu.
Jésus : Ne te laisse pas distraire, Don Camillo, tu n'es plus dans le rythme !
[Don Camillo joue une partie de cartes très animée avec des amis lorsque son secrétaire arrive]
Don Camillo : Ah ! Quelle heureuse surprise, mon fils. Mais comment avez-vous fait pour me retrouver ici ?
Le secrétaire : J'ai demandé au presbytère. On m'a dit qu'on vous avait vu vous diriger vers la "Pointe de la Croix". Quand je suis arrivé au pont, j'ai entendu votre voix.
Un joueur : Vous avez l'oreille fine, mon Révérend. D'ici le pont, y'a presque un kilomètre.
Le secrétaire : Je dirais plutôt que Monseigneur a une bonne voix !
Don Camillo : Voilà, c'est simple. Mon secrétaire... enfin, je veux dire le secrétaire de Monseigneur, m'est tombé sur le dos en traitre pour me ramener à Rome. Demain matin.
Peppone : Excellente idée.
Don Camillo : Menteur. Quel plaisir tu aurais à rester ici, sans moi ?
Peppone : Alors, qu'est-ce que vous voulez ?
Don Camillo : Oh, pas grand chose, tu sais. La voiture du secrétaire, je voudrais que tu l'arranges un peu pour... que...
Peppone : Non, non, non, mon Révérend. Non, non, je regrette. Je fais pas ce genre de cochonnerie. N'y comptez pas, c'est tout.
Don Camillo : Mais il s'agit pas de cochonnerie.
Peppone : Non, Monseigneur.
Don Camillo : Mais il s'agit pas de cochonnerie. Il s'agit de rendre sa voiture inutilisable pour quelques jours, pour me donner le temps de réfléchir. D'ici demain matin, comment veux-tu que je fasse pour trouver une raison de retarder encore mon départ ? Je suis pris à la gorge.
Peppone : Alors, Don Camillo, les sénateurs sont comme les curés. Il ne font rien pour rien. J'arrange la voiture de votre secrétaire et vous arrangez mon rapport.
Don Camillo : Quel rapport ?
Peppone : Ben, sur le travail accompli ici. Déconfiture cléricale dans l'opération de l'immeuble populaire, victoire prolétaire dans l'opération "Gisèle Marasca" et défaite capitaliste dans tous les autres...
Don Camillo : Je suis prêtre, je suis pas un auteur de science-fiction.
Peppone : Alors moi, je suis un réparateur de voiture, pas un démolisseur.
Don Camillo : J'ai aucune imagination. Je serais incapable d'inventer quoi que ce soit.
Peppone : Oh, y'a rien à inventer. Tout est prêt. Il suffit seulement d'arranger un petit peu. La forme, la ponctuation et je vous en prie, ne forcez pas sur les virgules, j'en mets jamais beaucoup. Voilà, en 4 exemplaires. Et là-dedans, vous avez le papier à en-tête.
Don Camillo : C'est un ignoble chantage. Pour saboter une voiture, tu m'obliges à saboter la vérité. Moi, moi, moi qui ne mens jamais. Pardonnez-moi, Seigneur.
Peppone : Et que Saint-Christophe me pardonne, à moi.
[Dans l'église, Don Camillo s'agenouille rapidement devant Jésus]
Jésus : Don Camillo ! Tu t'en vas et tu ne me salues même pas ?
Don Camillo : Mais Seigneur, j'ai fait la génuflexion. Je me suis signé.
Jésus : Ce n'est pas beaucoup pour quelqu'un qui part et ne sait quand il reviendra.
Don Camillo : Ah, mais je sais, Seigneur. Je sais. Je suis de retour dans cinq minutes. Avec l'aide de Dieu.
Jésus : Tu veux dire avec l'aide de Peppone. Quelle confusion, Don Camillo !
Don Camillo : Excusez moi, Seigneur, mais je crains que mon secrétaire ne s'impatiente. Vous n'avez jamais eu de secrétaire, Vous, forcément, alors Vous ne pouvez pas savoir.
[Don Camillo sort de l'église]
Jésus : Bon voyage, Monseigneur.
[Dans la voiture, en route pour Rome]
Don Camillo : Mon fils, vous ne trouvez pas que le moteur fait un drôle de bruit ?
Le secrétaire : Oh, non, Monseigneur ! Au contraire, il marche beaucoup mieux qu'hier. Écoutez cette reprise.
Don Camillo [à voix basse] : Saboteur ! Vendu au vatican !
[Don Camillo a pris en stop Peppone qui se rend à la gare]Don Camillo : Merveilleuse, la révision du moteur.
Peppone : Merveilleuse, la révision du rapport.
Don Camillo : Oh ! Je me suis contenté de retoucher un peu la forme et de rectifier quelques petites imprécisions. Mais vous, c'est tout à fait différent.
Peppone : Oh, moi, c'était un cas de conscience. J'ai reçu l'ordre de partir immédiatement pour Rome. Et alors, je me suis dit "Est-ce que je dois laisser Monseigneur tout seul ?"
Don Camillo : Oh, oh, oh ! Comme c'est drôle. Je me disais justement "Est-ce que tu devrais laisser tout seul le Sénateur ?"
Peppone : C'est extraordinaire. En nous tirant des carottes, nous avons réussi une... une manoeuvre parfaitement combinée.
Don Camillo : C'est un miracle de la Détente.
[Don Camillo dépose Peppone à la gare]
Peppone : Merci, Monseigneur. [Il lui donne sa carte de visite] Tenez, voilà, ça peut toujours servir, on ne sait jamais et vous n'auriez qu'à téléphoner.
Don Camillo [lui tendant une image pieuse] : On ne sait jamais, ça peut toujours servir. Et vous avez pas besoin de téléphoner.