Fiches de films - Répliques
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La Foire des Ténèbres
Will adulte : C'est au mois d'octobre de ma douxième année que le marchand de paratonnerres emprunta la route qui menait à Greentown en jetant des regards furtifs par dessus son épaule. Quelque part derrière lui, un terrible orage se préparait. Aujourd'hui encore, pendant ces mêmes journées d'automne, lorsque l'air a ce parfum de fumée et que le crépuscule se teinte d'orange et de gris profond, mes pensées vagabondent vers Greentown, le village où j'ai grandi.
Will adulte : Je revois encore Jim Nightshade, mon meilleur ami. Mon frère de sang. Mon ombre.
[Jim et Will font la course]
Will : T'y arriveras pas !
Jim : Bien sûr que si ! C'est moi le plus vieux !
Will : Oh, arrête ! J'te signale que nous sommes nés la même nuit.
Jim : Oui, mais moi, je suis né une minute avant minuit, et toi, une minute après. Tu vois ?
Will : J's'rai pas toujours plus jeune que toi !
Tom Fury : Un orage se prépare, un orage terrible qui balaiera vos rues et effacera tous vos soucis !
Will adulte : En réalité, je suppose que cette histoire est l'histoire de mon père. Au cours de cet étrange automne, dans le chuchotement des feuilles, son coeur trop vieux débordait de rêves et de regrets. Et il ne savait pas comment y remédier.
Jim : T'as déjà vu une tête réduite ?
Will : Seulement la tienne.
Tetley : Un jour viendra où je décrocherai le bon numéro. Et nous ne fumerons plus de cigares à 20 cents, Monsieur Halloway ! Nous nous offrirons des barreaux de chaises importés de la Havane que les belles cubaines roulerons pour nous sur leur cuisse.
Crosetti : Monsieur Halloway ? Est-ce que vous sentez cette odeur ?
Charles Halloway : Laquelle ?
Crosetti : L'odeur de femmes ! De la poudre de riz, et du parfum. Le parfum divin des jupons qui s'agitent. J'ai bien l'impression qu'on va avoir de la visite. Et l'odeur me dit qu'il s'agit de dames belles et élégantes !
Charles Halloway : Il faudra vous accommoder des dames qui sont ici, Monsieur Crosetti. Jamais nous n'avons de visiteurs dans ce village, jamais en octobre. Ni à une autre époque, à vrai dire.
Charles Halloway : Je me sens un peu anxieux. Il doit y avoir un orage qui se prépare.
Will : Le manège, regarde... Il tourne dans le mauvais sens...
Charles Halloway : La conversation que nous avons essayé d'avoir hier soir, nous aurions dû l'avoir il y a longtemps. Nous aurions dû parler de ce fameux courant qui a failli t'emporter et te noyer dans la rivière. J'étais là à regarder ce qui se passait, tout seul, impuissant, sur la berge, parce que je... j'ai eu un père qui ne pensait pas qu'il fallait apprendre à nager aux enfants.
Charles Halloway : Je vais te dire une chose, bonhomme. Lorsqu'on sent que la dernière heure approche et qu'on regarde derrière soi, ce n'est pas ce qu'on a fait que l'on regrette, et qui vous hante la nuit. C'est ce qu'on n'a pas fait. Et pour moi plus que tout, cet après-midi-là, au bord de la rivière. Tu peux blâmer mon père, si tu veux, tu peux me blâmer, mais un jour on ne peut plus blâmer personne.
Will : Je veux seulement ton bonheur.
Charles Halloway : Eh bien, dis-moi que je ne mourrai jamais, et le bonheur viendra.
Will : Tais-toi, ne parle pas de la Mort ! Elle pourrait t'entendre.
Jim : Est-ce que je lui ressemble ? J'veux dire, est-ce que je ressemble à mon père ?
Madame Nightshade : Trop. Le jour où tu quitteras la maison, Harry sera mort pour de bon.
Tom Fury : La mort, le malheur, la damnation et la destruction sont en marche. C'est Tom Fury qui vous l'dit.
Monsieur Dark : Quand, vieil imbécile ? Quand la foudre s'abattra-t-elle ?
Tom Fury : Je m'appelle Tom Fury. Je n'ai pas choisi ce nom, c'est lui qui m'a choisi...
Monsieur Dark : Il faut que je sache. Les éclairs révèlent nos aspirations les plus sombres, la pluie emporte notre poussière. Dis-moi, quand ?
Tom Fury : Quel est la couleur de l'éclair ? Où va le tonnerre une fois qu'il est mort ? Quel est le langage du vent ? De quel pays vient la pluie ? Seul Tom Fury le sait !
Charles Halloway : Il m'arrivait de ne pas aimer mon père, tu sais ? Ça m'arrivait souvent.
[Monsieur Dark cherche Will et Jim. Il montre à Charles Holloway leurs visages tatoués sur ses mains.]
Charles Halloway : Je connais bien celui-ci. Il s'appelle, euh...
Monsieur Dark : Oui ?
Charles Halloway : Milton Blumquist. Et celui-là, euh, c'est Avery Johnson. Oui, deux braves petits bonshommes qui font beaucoup d'honneur à notre localité, si vous voulez savoir la vérité.
Monsieur Dark : Seule la vérité m'intéresse, et je crois que vous en êtes très loin.
Monsieur Dark : Le blond se nomme Will, et le brun, Jim. Alors dites-moi, cher Monsieur, quel est votre nom ?
Charles Halloway : Halloway, Monsieur. Charles William Halloway.
Monsieur Dark : Ah, oui. Le bibliothécaire.
Charles Halloway : J'ai en effet cet honneur, Monsieur.
Monsieur Dark : Et depuis déjà de longues années, j'imagine. Tout ce temps passé à vivre à travers la vie des autres. À rêver les rêves dont ils vous font l'aumône. Quel gâchis !
Charles Halloway : Il arrive parfois que l'homme apprenne plus dans les rêves de ses semblables que dans les siens.
Charles Halloway : Venez me voir, Monsieur, si vous souhaitez enrichir vos connaissances.
Monsieur Dark : Je viendrai, en espérant améliorer les vôtres.
Will : Ils ont fait cette parade pour nous trouver et pour nous tuer.
Jim : Et c'est pour ça que nous avons dû nous cacher parce que... personne ne nous croirait.
Charles Halloway : Moi, je vous crois.
Jim : C'est vrai ? Mais pourtant, on n'est pas des grandes personnes.
Charles Halloway : C'est pour ça que je vous crois.
Charles Halloway : "Par la peur qui monte de mes entrailles, je sens le malheur brandir son spectre d'épouvante."
Monsieur Dark : "Ensuite le glas a retenti. Dieu n'est ni mort ni endormi."
Charles Halloway : Le mensonge échoue, la vérité triomphe. Paix sur Terre aux hommes de bonne volonté.
Monsieur Dark : Noël est encore très loin de nous, Monsieur Halloway.
Charles Halloway : Vous vous trompez. Noël est ici, dans cette bibliothèque, ce soir, et vous n'y pouvez rien !
Monsieur Dark : Will et Jim l'auraient-il amené ici collé à la semelle de leurs chaussures ? Dans ce cas, il nous faudra les râcler.
Monsieur Dark : Voudrais-tu être le roi de la foire, Jim ? Le maître de toutes les chevauchées. Aimerais-tu être un adulte ? Imagine le bonheur que tu aurais. De ne pas être regardé de haut. À ne pas t'entendre dire d'aller jouer. À inspirer confiance. À inspirer la crainte. À savoir ce que font les grandes personnes derrière leurs portes fermées lorsque les enfants dorment. Viens, Jim. Je suis le père que tu as tant attendu, mon fils.
Charles Halloway : Je sais qui vous êtes. Vous êtes les gens d'octobre. D'où venez-vous ? Du néant. Où allez-vous ? Au tombeau.
Monsieur Dark : Oui... Nous sommes des affamés. Vos tourments nous appellent comme des chiens dans la nuit, et nous les dévorons, avec volupté.
Charles Halloway : Vous vous gavez des cauchemars des autres.
Monsieur Dark : Et beurrons frénétiquement notre pain de délicieuses souffrances.
Charles Halloway : Vous êtes très connus chez nous. Mon père vous connaissait.
Monsieur Dark : Votre père ? Le pasteur ? Cet homme-tronc ?
Charles Halloway : Il se nourrissait de bonté.
Monsieur Dark : Nourriture fade ! Funérailles, mauvaises noces, solitude d'une vie sans amour, tel est notre ordinaire. Ces détresses nous servent de breuvage doux-amer.
Monsieur Dark [prenant dans ses mains le journal du père de Charles Halloway] : Tes livres ne sauraient me nuire, vieil homme. Oui, vieux, parce que ton coeur est vieux. Écoute-le. Dis-moi vite où les garçons se cachent, et je te promets de te rendre ta jeunesse. Je peux te ramener des années en arrière, disons, 30 ans ? [saisissant une page du journal] Parle, ou tu les perds ! Tu vas les perdre. [Il déchire la page] Trop tard. 31. [Arrachant une autre page] 32 ? 32 ans, la force de l'âge, les femmes à tes pieds. Il ne serait pas trop tard pour apprendre à nager ! 32. Adjugé ? [Arrachant une page] Vendu ! [Arrachant d'autres pages] 33. 34. 35. L'âge rêvé. Idéal pour un homme ! L'âge de fonder une famille, de faire fortune ! 35 ans, tu grimpais encore l'escalier sans manquer de souffle. 35 ans ? [Arrachant d'autres pages] Envolés ! 36 ? 37 ? Où sont les enfants ? [Déchirant une page] 38 ? Ecoute ton coeur, écoute-moi compter ! 39. 39 ans ! Tu es encore au bel âge ! Encore jeune ! Adjugé ? [Déchirant une page] Vendu ! Oh ! Oh ! Et maintenant, 40 ans, est-ce que tu entends battre ton coeur fatigué !
Will : Papa ! Ne l'écoute pas !
Monsieur Dark : ... Serait-ce la voix de l'herbe verte et du rayon de soleil ? De l'enfant du crépuscule, le jeune et innocent Will ? [Il continue à arracher les pages, plus vite] 42. 43 ! 44 ! 45 ! 46 ! 47 ! 48 ! 49 ! 50 ! 52 ! Tu es perdu !
Monsieur Dark [broyant la main de Charles Halloway] : Ce n'est qu'un avant-goût de la mort, afin que tu la reconnaisse lorsqu'elle reviendra. Bientôt.
[Will et Jim, pourchassés par Monsieur Dark, se cachent dans les rayonnages de la bibliothèque]
Monsieur Dark : Voyons, je me demande où l'on pourrait vous classer. La lettre "A" comme "Aventure" ? À "G" comme "Garçons" ? "J" comme "Jim" ? "N" comme "Nightshade" ? "H" comme "Halloway" ? Ou "C" comme "Cachés". [Saisissant les enfants] Eh bien, voilà deux beaux livres tout neufs, dont j'aurais plaisir à couper les pages !
[Charles Halloway erre dans la galerie des miroirs de la fête foraine]
Monsieur Dark : Voici votre miroir des ténèbres, Monsieur Halloway. Son nom : le regret. Son lot : le désespoir. Buvez longuement ces images funèbres et ces sons mortuaires. Votre échec de père et d'homme. Votre fils vous hait. Vous l'avez perdu, il est à moi. Le jeune Nightshade aussi. Noyez-vous, Halloway. Noyez-vous dans vos regrets.
Will adulte : Mon père avait finalement accepté de vieillir avec sérénité. Il s'était affranchi du royaume des ombres et avait délivré notre village. Il avait compris, je crois, en ce merveilleux matin d'automne, qu'il laisserait un souvenir qui vivrait aussi longtemps qu'un fils pourrait parler à son fils du père qu'il aime.