Fiches de films - Répliques
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Hôtel du Nord
Émile : Si tout le monde était flic, la société n'serait plus fréquentable.
Prosper : Donneur de sang, c'est pas un métier, c'est un honneur.
Cliente : Moi, j'aimerais pas savoir qu'y a des gens qui s'baladent avec mon sang dans les veines. C'est pas propre.
Flic : Quand même, quelle drôle d'idée...
Émile : Quoi, quelle drôle d'idée ?
Flic : Ben d'avoir adopté ce gosse-là. D'où qu'y vient, d'où qu'y sort, personne n'en sait rien.
Émile : Je ne sais qu'une chose, c'est que tout le monde est mort dans sa famille.
Flic : C't'un étranger, quoi !
Louise : C'est pas un étranger, c'est un orphelin.
[La fille de la patronne fête sa communion. Elle monte une part de son gâteau à Raymonde.]
Edmond : Pourquoi n'en as-tu pas monté pour moi, hein ?
Lucette : Y en avait plus !
Edmond [coupant le gâteau en deux] : Ben, y avait qu'à faire ça et j'aurais eu ma part. Seulement, en bas, ils peuvent pas me sentir, et ils ratent jamais une occasion de me faire sentir qu'ils peuvent pas me sentir. Ça fait rien, tu les remercieras quand même.
Raymonde : Oh ! Passe la main, tu fatigues ton monde. D'abord, t'aimes pas le gâteau.
Edmond : Ben celui-là, j'l'aurais aimé.
Raymonde [Lui donnant une part] Eh ben aime-le et fous-nous la paix !
Edmond : J'potasse l'anglais, j'apprends la photographie. Patience !
Raymonde : Patience quoi, patience qui ?
Edmond : Patience rien.
Raymonde : Pour être photographe, même ambulant, il faut une licence. Pour l'obtenir, faudra que tu te lèves de bonne heure.
Edmond : Tu me réveilleras.
Edmond : Ma vie n'est pas une existence.
Raymonde : Ah ben si tu crois qu'mon existence, c'est une vie !
Pierre : Allez, mon amour, il est encore temps de dire non.
Renée : Si je disais non, il faudrait que je me remette à vivre. Quelle corvée ! Quelle complication...
Renée : De quoi vous mêlez-vous ? La prochaine fois, j'vous jure que je ne me raterai pas.
Infirmière : Ah, c'était un suicide ? Ah, pauvre petite. Si vous étiez ici comme moi, ici, toute la sainte journée, ça vous dégouterait de mourir.
Docteur : Eh ben ça va mieux, la rescapée !
Infirmière : Beaucoup mieux, elle parle de recommencer.
Docteur : Tiens ! La prochaine fois, prenez-vous y un peu plus tôt. Tuez-vous de préférence dans le courant de la journée, j'aime pas opérer la nuit.
Renée : Pourquoi t'obstines-tu à nier l'évidence ? C'est moi qui ai tiré. La preuve, je me suis ratée. J'ai toujours été si maladroite.
Raymonde : Nazarède est sorti y a un mois.
Edmond : Ah oui ?
Raymonde : Il a tiré ses 5 ans, correctement.
Edmond : Ah oui ?
Raymonde : Il est remonté à Paris.
Edmond : Ah oui ?
Raymonde : Pour te chercher.
Edmond : Tiens ?
Raymonde : C'est un entêté, Nazarède.
Edmond : Paris est petit mais la France est grande.
Raymonde : Traduction ?
Edmond : Est-ce que tu aimes le Midi ?
Jeanne : Ah ! Il sait voyager.
Raymonde : Ah, il est organisé, faut voir comment. Voyager avec lui, c'est un rêve. C't'homme-là, dans une gare, c'est un autre homme. Il est aux petits soins et tout avec vous. Il vous achète des oranges, il vous les pèle, il vous allume votre cigarette avant de vous l'offrir. Ah ! Il est imbattable question délicatesse. Il vous explique tout le pays où qu'on passe. C'est là que l'grand Charles il a l'grand 7. Là, c'est la région des tricards. V'là Lyon où qu'Alphonse a descendu Dédé. Un vrai géographe. Et plus qu'on descend vers la mer, plus y d'vient tendre. Ah ! Y sait s'tenir en wagon. Avec lui, on prend les 3èmes, on a l'impression d'être en 1ère.
Jeanne : Vous avez souvent voyagé ensemble ?
Raymonde : C'est la première fois.
Prosper : Vous savez, une transfusion signée Trimaut vous f'ra faire de vieux os.
[Kenel harcèle Renée. Edmond intervient]
Edmond : C'est fini ? J'vous demande si c'est fini.
Kenel : Ça vous regarde ?
Edmond : Parce que si c'est pas fini, ça va commencer.
Kenel : Je vous cause pas, j'cause à Renée. Et quand j'suis en communication, j'aime pas beaucoup qu'il y ait de la friture sur la ligne.
Edmond : Si vous n'aimez pas la friture, moi je ne digère pas le demi-sel. Voilà une heure que je vous écoute vomir, c'est une heure de trop.
Raymonde : V'là l'casse-croûte.
Prosper : Non, j'ai pas l'coeur à manger.
Raymonde : L'coeur n'a rien à voir là-d'dans ! On pleure avec ses chasses, on mange avec sa bouche. Mélangez pas les organes.
Prosper : Comment y faut vous appeler ? Madame Edmond ou Mademoiselle Raymonde ?
Raymonde : Ça dépend de quel oeil on m'regarde.
[Raymonde a un oeil au beurre noir]
Edmond : Tu prétendras encore que j'ai l'béguin pour Renée ?
Raymonde : Non !
Edmond : Non oui ou non non ?
Raymonde : Non non. R'garde-moi ça, je n'vois plus d'l'oeil gauche. J'ai l'impression qu'je suis manchotte.
Edmond : T'es prête, oui ?
Raymonde : Oui.
Edmond : Oui oui ou oui non ?
Raymonde : Oui crotte, et encore, parce que c'est dimanche, sans ça...
Raymonde : Pourquoi qu'on part pas pour Toulon ? Tu t'incrustes, tu t'incrustes, ça finira par faire du vilain.
Edmond : Et après ?
Raymonde : Oh, t'as pas toujours été aussi fatalitaire.
Edmond : Fataliste.
Raymonde : Si tu veux, l'résultat est le même. Pourquoi qu'tu l'as à la caille ? On n'est pas heureux tous les deux ?
Edmond : Non.
Raymonde : T'en es sûr ?
Edmond : Oui.
Raymonde : T'aimes pas notre vie ?
Edmond : Tu l'aimes, toi, notre vie ?
Raymonde : Faut bien, j'm'y suis habituée. Cocard mis à part, t'es plutôt bon mec. Par terre, on s'dispute, mais au lit, on s'explique, et sur l'oreiller, on s'comprend.
Edmond : J'en ai assez, tu saisis ? Je m'asphyxie. Tu saisis ? Je m'asphyxie.
Raymonde : À Toulon, y a de l'air puisqu'y a la mer. Tu respireras mieux.
Edmond : Partout où on ira, ça sentira le pourri.
Raymonde : Allons à l'étranger, aux colonies.
Edmond : Avec toi ?
Raymonde : C't'idée !
Edmond : Alors ça s'ra partout pareil. J'ai besoin de changer d'atmosphère et mon atmosphère, c'est toi.
Raymonde : C'est la première fois qu'on me traite d'atmosphère. Si j'suis une atmosphère, t'es un drôle de bled. Oh la la, des types qui sont du milieu sans en être et qui crânent à cause de c'qu'ils ont été, on devrait les vider. Atmosphère, atmosphère, est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère ? Puisque c'est ça, vas-y tout seul à La Varenne. Bonne pêche et bonne atmosphère !
Raymonde [à Renée] : Depuis votre histoire, Monsieur Edmond travaille du cerveau. Il a l'cafard, il emploie des expressions d'avant moi. Vot'mort, ça lui a gâté sa vie. Avant, il n'pensait pas, maintenant, il pense et ça l'dégoûte.
Edmond : On m'appelle Edmond, je me suis appelé Paulo, mais en réalité, mon nom est Robert. J'ai été lâche aussi devant la police. Et un jour, pour ne pas me mouiller, comme on dit, dans une affaire de vol, j'ai dénoncé un complice. J'ai eu un non-lieu, ils ont eu 5 ans. Ils les ont faits, ils sont sortis, et maintenant ils me cherchent. Alors, je suis devenu un autre type. J'ai changé de peau. J'aime le linge propre, les costumes nets, les cravates impeccables, je ne peux plus voir la musique, même en peinture, et le sang ne m'impressionne plus, au contraire. C'est dur de se quitter à ce point-là. Et puis, à la base, j'étais fait pour être autre chose qu'Edmond ou Paulo. Et la preuve, ce soir, c'est Robert qui vous parle. Vous pouvez l'écouter, celui-là, il est propre, il n'a presque pas servi.
Renée : Avec nos deux malheurs, on peut faire une...
Edmond : Une grande catastrophe.
Vendeuse : Il est frais mon oursin ! Rien qu'en le touchant, vous attrapez le rhume !
Edmond : Je t'aime. Faut-y que j't'aime pour que tu me fasses te l'dire !
Raymonde : Les terreurs, moi j'en suis r'venue ! Parce que les terreurs, elles ont surtout la terreur du boulot. J'm'en ressens plus pour aller glaner leur beefsteak sur les champs d'bîtume.
Pierre : L'autre, tu n'as pas voulu le tuer, toi.
Renée : J'ai fait pire. Je lui ai donné de l'espoir.