Fiches de films - Répliques
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Devine qui vient dîner
Changer l'hiver en printemps
Et en soleil
Nous faire quitter la Terre pour le ciel
C'est tout le pouvoir,
C'est la gloire de l'Amour.
Avec des rires et des pleurs,
Sans prévenir
Nous faire payer le prix du bonheur
C'est toute le pouvoir,
C'est la gloire de l'Amour.
Et tant et tant que tournera
La ronde des nuits et des jours
L'Amour, l'Amour nous conduira
Et rien n'y changera.
Nous redonner en un jour
Et pour toujours
Ce qu'on croyait perdu à jamais
C'est tout le pouvoir,
C'est la gloire de l'Amour.
Changer l'hiver en printemps
Et en soleil
Nous faire quitter la terre pour le ciel
C'est tout le pouvoir,
C'est la gloire de l'Amour.
Tillie : J'ai le droit d'avoir une opinion à moi. Et si tu veux savoir mon opinion, j'ai horreur de voir un membre de ma race se prendre pour ce qu'il n'est pas !
Joanna : Tu peux garder ton opinion pour toi ! J'te la demanderai quand je la voudrai. Oh, Tillie, excuse-moi, je ne voulais pas dire ça. Mais toi non plus, tu n'as pas le droit de dire ce que tu as dit. C'est tellement faux. Tillie, tu es la dernière personne que je m'attendais à voir prendre cette attitude idiote. Écoute, toi, je t'aime depuis toujours. Tu as la peau aussi noire que la sienne. Alors comment serait-il possible que j'aie raison de t'aimer et que j'aie tort de l'aimer lui ? Veux-tu prendre la peine d'y penser un instant ?
Joanna : Lui il est... pas comme les autres. J'ai jamais rencontré quelqu'un comme lui. Un être aussi exceptionnel ! J'suis tombée amoureuse folle de lui en 25 minutes !
Mme Drayton : Oh ! Oui, c'est... rapide, en effet.
[John téléphone à son père]
M. Prentice : Tu l'as rencontrée à Hawaï.
John : Oui, à Hawaï, et j'ai... j'ai voulu voir ses parents ici.
M. Prentice : Ah, ben c'est bon signe, enfin, je veux dire, c'est sérieux !
John : Oui, oui, oui, c'est très sérieux.
M. Prentice : Eh bien, c'est une surprise.
John : Oui, euh, elle est assez surprenante à toutes sortes de points de vue.
Joanna : Il s'appelle John Wade Prentice. C'est un joli nom. Est-ce que tu l'aimes ?
[John entre dans la pièce et se retrouve face à Mme Drayton]
Mme Drayton : John Wade... [elle voit John et s'interrompt]
Joanna : Joanna Prentice. Ça sonne bien, tu ne trouves pas ? Mais écoute, Maman. Maman, il y a encore une chose qu'il faut que je te dise. John se fait beaucoup de soucis. Vraiment beaucoup de soucis. Depuis plus d'une semaine, il se demande si toi et papa n'allez pas être bouleversés...
[John toussote]
Joanna : Oh ! Mais c'est pas trop tôt, tu en as mis un temps ! Maman, c'est John.
Mme Drayton : M-m-monsieur Prentice, heu, je suis charmée de faire votre connaissance.
John : Je vois que Joanna vous a appris la grande nouvelle.
Mme Drayton : ... Oui, en effet. Et elle-elle m'a tout raconté un peu vite, je dois dire.
John : Oh vous savez, elle euh... elle ne me connait que depuis 10 jours, elle ne sait pas encore comment je rougis.
John : Madame Drayton, en ma qualité de médecin, je crois, j'espère que vous ne me trouverez pas présomptueux si je vous conseille de vous asseoir avant que vous ne perdiez l'équilibre.
Joanna : Il croit que tu vas t'évanouir parce qu'il est noir.
Mme Drayton : Mon Dieu, je ne crois pas être sur le point de m'évanouir... mais je vais quand même m'asseoir
Mme Drayton : Eh bien... Je pense que... Je suppose que personne ne serait choqué si je disais : "Bonté divine !", n'est-ce pas ? Oui, bonté divine...
Joanna [à propos des parents de John] : Qu'ont-ils dit en apprenant que je n'étais pas noire ?
John : Je ne l'ai pas dit. J'ai pensé que c'était un trop grand choc par téléphone. Et il faut dire que pas mal de gens trouveront que nous faisons un couple choquant. N'est-ce pas, Mme Drayton ?
Mme Drayton : En effet, ça se pourrait...
Joanna : Il craint que le fait qu'il soit noir et moi pas risque de créer certains problèmes.
Mme Drayton : Il craint ça ?
Joanna : Je lui ai répété je ne sais combien de fois que ça ne ferait certainement aucune différence pour Papa et toi, mais il n'a pas voulu me croire. C'est pour ça que nous sommes ici et c'est pour ça qu'il t'observe si attentivement maintenant, tout en faisant semblant de ne pas te regarder.
M. Drayton : Quelle a été la réaction de sa mère ? Quand Joanna lui a annoncé ça ? A-t-elle soulevé des objections ?
John : Aucune jusqu'à présent. Il faut dire qu'elle n'en a pas eu le temps.
Joanna : Mais quelles objections ? Il est naturel que cette nouvelle vous cause un choc puisque j'ai été la toute première surprise. Jamais je n'aurais imaginé que je tomberais amoureuse d'un homme de couleur. Mais c'est ainsi et rien au monde n'y changera rien. Même si vous aviez des objections à formuler, je ne renoncerais pas à lui, fussiez-vous le Pape en personne. Je ne parle pas de Maman.
John : Si vous n'y consentez pas l'un et l'autre sans la moindre réserve, il n'y aura pas de mariage.
Mme Drayton : Oh, mais, John, pourquoi avez-vous décidé celà ?
John : Mme Drayton, c'est arrivé de manière si soudaine... Je suis aussi déconcerté que vous pouvez l'être. Il y a 15 jours, j'aurais trouvé ça inconcevable. Mais seulement, il y a 15 jours, je connaissais pas Joanna. Elle... elle n'a rien de... de commun avec les autres. Pour elle, ce n'est pas que la différence de couleur ne compte pas. Elle ne pense même pas qu'il y a une différence.
Mme Drayton : Elle a 23 ans et sa manière d'être est en accord total avec les principes que nous lui avons inculqués. Et quand elle s'est posé des questions, nous lui avons toujours répondu. Nous lui avons appris qu'il est absurde de croire que les hommes à peau blanche sont d'une essence supérieure aux hommes à peau noire... ou brune, ou jaune, ou peu importe la couleur. Et que par conséquent, les malheureux qui font cette discrimination ont tort. La plupart du temps, ils sont haïssables et stupides. De plus, ils ont indéniablement tort. C'est ce que nous lui avons dit. Et ni moi ni toi, personne n'a jamais ajouté "Mais garde-toi bien de tomber amoureuse d'un nègre."
[Les parents de Joanna regardent le jeune couple]
M. Drayton : Ouais...
Mme Drayton : Elle a toujours été l'être le plus heureux du monde. Elle avait tout juste un mois quand elle a commencé à nous sourire. Elle a été un heureux petit bébé, une petite fille heureuse, après elle a été heureuse au collège, ... mais... je crois, je crois que jamais encore je ne l'ai vu si heureuse, si parfaitement heureuse qu'aujourd'hui ! Et je, j... je ne peux que m'en réjouir, parce que je suis sa mère. Quoi qu'il en soit... je me sens heureuse, réellement heureuse, et nous pouvons être fiers d'avoir contribué à son bonheur. Quoi que l'avenir puisse lui réserver, je suis contente que Joey soit Joey.
Tillie : Droits civiques, j'veux bien, mais ça, ça dépasse tout.
Mme Drayton : Joey ? Je voudrais que tu me dises... Est-ce qu'il s'est passé quelque chose entre John et... Non, non non, j'ai pas le droit...
Joanna : C'qui s'est passé entre John et moi ? Tu veux savoir si j'suis sa maîtresse ? Ça me gêne pas de te répondre parce que c'est non. Il n'a pas voulu. Je ne crois pas qu'il aie eu beaucoup de doutes sur ce que je pouvais en penser, mais il n'a pas voulu. Tu brûles mon corsage.
M. Drayton : Il y a un sujet que nous n'avons pas abordé. Avez-vous réfléchi à tous les problèmes qui se poseront à vos enfants à venir ?
John : Oui, ils n'en manqueront pas. Et pourtant, nous aurons des enfants. Autrement, quel nom pourrait-on donner à notre union ? Pas celui de "mariage" en tous cas.
M. Drayton : Est-ce que Joey est de cet avis aussi ?
John : Elle pense que chacun de nos enfants sera au moins Président des Etats-Unis et que son équipe gouvernementale sera très colorée.
M. Drayton : Ne trouvez-vous pas qu'il est un peu déloyal de nous demander de prendre une décision immédiate dans cette affaire ?
John : C'est vrai, dans un sens. Mais vous savez, c'est pas moi qui ai tenu à précipiter les choses de cette façon ! Joanna était sûre qu'il n'y aurait aucun problème ! Elle a dit : "Mon père, mon père est un vieux libéral. Il a horreur des préjugés raciaux et il a passé toute sa vie à se battre contre la discrimination." Et elle a dit : "Mes parents ? Mais je suis sûre qu'ils vont t'accueillir à bras ouverts." Et je lui ai dit : "Oh, alors je veux connaître tes parents !"
M. Drayton : Son père est employé des Postes. Il est à la retraite. Il habite à Los Angeles. Et comment-peux-tu concevoir qu'un simple postier noir ait produit un fils aussi doué, aussi plein de qualité ?
Mme Drayton : Tu le concevras peut-être ce soir...
M. Drayton : Quoi ?!
Mme Drayton : Devine qui vient dîner ?
M. Drayton : Est-ce que vous avez... ?
Monseigneur Ryan : Oui, je viens de le voir. Un très beau garçon, hein ? La jeune Joey est littéralement radieuse. Ça réchauffe mon vieux coeur de la regarder.
M. Drayton : Paul, vous n'êtes pas un rien choqué ?
Monseigneur Ryan : Choqué ? Pourquoi serais-je choqué ? J'ai connu un bon nombre de mariages métissés au cours de ma vie de prêtre et, chose étrange, ce sont généralement d'harmonieux mariages. Je ne sais pas à quoi ça tient. Peut-être est-ce parce qu'ils demandent un effort particulier. On y découvre plus de considération, de compréhension que la plupart des unions ne semblent en engendrer à l'heure actuelle.
Aurélie : Je dois vous avouer que c'est la curiosité qui m'a amenée ici. C'est tellement incroyable. Ça ressemble si peu à Joey d'agir d'une façon aussi folle, aussi stupide.
Mme Drayton : Je vous accompagne, Aurélie.
Aurélie : Ma pauvre amie. Quelle épreuve ça doit être...Mme Drayton : Ne vous tourmentez pas trop pour moi. [Aurélie regagne sa voiture, Mme Drayton lui parle par la portière] Il y a plusieurs choses que j'aimerais que vous fassiez. Vous allez vous rendre directement à la galerie - mettez le moteur en marche - et une fois à la galerie, vous direz à Geneviève que je la charge temporairement de tout. Qu'elle me téléphone s'il y a une question qu'elle a du mal à règler seule. Ensuite, vous irez dans le bureau. Vous signerez un chèque au porteur pour une somme de 5000 $. Ensuite, avec soin, mais avec un grand soin, vous déménagerez absolument tous les objets qui pourraient par la suite me rappeler votre présence dans la maison. Y compris cette chose jaune avec des ampoules bleues que vous affectionnez tant. Ensuite, vous irez toucher ce chèque de 5000 $ que j'estime vous être dû. Et ceci règlé, vous prendrez la porte, sans retour. Non que nous n'ayons plus envie de vous voir, quoi que moi, je n'en aie aucune envie, mais parce que j'ai peur que désormais, nous ne soyons plus le genre de personne que vous puissiez vous permettre de fréquenter.
Aurélie : Oh, mais...
Mme Drayton : Non, plus un mot, Aurélie. Circulez !
Joanna : Eh bien, qu'est-ce qu'elle te voulait, Aurélie ? Moi, je ne peux pas la voir, elle est méchante. C'est vrai ! À ta place, je la ficherais dehors, ça lui apprendrait !
Mme Drayton : Joey, voyons ! Tu n'as pas honte de dire ça ? [à John] Joanna est parfois d'une férocité terrible, il vaut mieux que vous en soyez prévenu. C'est tout le portrait de son père.
Monseigneur Ryan : J'ai peut-être le temps de sauver quelques âmes avant l'heure du dîner. Mais ! J'y pense, il se trouve que je suis libre pour le dîner...
Mme Drayton : Oh, magnifique, je vous en prie, venez ! Nous aurons aussi les parents de John qui arrivent de Los Angeles.
Monseigneur Ryan : Ah ! Bien ! Dans ce cas, vous ne pouvez pas vous passer de moi. Autrement, les noirs auraient la supériorité numérique !
Mme Drayton : Ta réaction n'étant pas du tout la mienne, je n'ai pas la moindre idée de la façon dont tu comptes t'y prendre. Mais si tu leur brises le coeur à l'heure de l'apéritif, ne compte pas sur eux au dîner.
John [à ses parents] : Nous n'avons que ce soir pour en discuter, et si vous voulez faire des objections, il faut que vous les fassiez vite, parce que dans 4 heures exactement, nous volerons vers la Suisse.
M. Prentice : Je ne me vois pas faire la liste de toutes mes objections en l'espace de 4 heures. Il me faudra au minimum 8 heures.
John : Malheureusement, nous ne disposons que de 4 heures. Alors, ça va t'obliger à parler deux fois plus vite.
M. Drayton : Moi, je vois clair, moi, je vois qu'ils n'ont aucune chance de s'en tirer. Ni ici en Amérique, ni ailleurs dans ce foutu monde.
Monseigneur Ryan : C'est eux qui feront l'Amérique, et c'est eux qui changeront ce foutu monde.
M. Drayton : Oui, causez toujours... Dans 50 ans peut-être, ou dans 100 ans. Mais je ne serai plus là pour le voir.
Joanna : Vous m'excuserez, mais il faut que je monte rassembler deux ou trois choses... pour une dizaine d'années.
Mme Prentice : Moi, je pense que lorsque les hommes deviennent vieux, au moment... enfin, quand les choses sexuelles n'ont plus d'intérêt pour eux, ils oublient tout, ils oublient même que la passion existe.
John [à son père] : Tu dis que tu n'as pas l'intention de te mêler de la façon dont je mène ma vie ? Tu n'as pourtant pas cessé de le faire ! Tu prétends me dicter mes droits à faire ceci et pas cela ? Tu fais le compte des sacrifices que tu as fais pour moi ? Je ne suis pas d'accord avec toi. Je ne te dois rien ! RIEN DU TOUT ! Si tu avais parcouru à pied un million de kilomètres, tu n'aurais fait que ton devoir de père ! Rien d'autre. Parce que c'est TOI qui m'as mis au monde. Et à partir de ce jour-là, tu me DEVAIS de faire tout ce que tu pouvais faire pour moi, et j'en devrai autant à mon fils si jamais j'en ai un autre ! Mais ça ne te donne aucun droit sur moi ! Rien ne t'autorise à me dire quand et où j'ai dévié de TA ligne, ni à essayer de m'obliger à vivre selon TES conceptions. Tu ne connais pas la personne que je suis à présent, tu ne sais rien de l'adulte qui est ton fils, tu ignores c'que j'pense, ce que j'sens. Et si je m'efforçais de l'expliquer, je pourrais parler des années, ça n'avancerait à rien. Tu as 30 ans de plus que moi, papa. Toi et tous les autres attardés de ta génération pensez que la façon dont vous avez vécu est la seule bonne ! Et tant qu'il restera une trace de cette génération, tant qu'elle ne sera pas éteinte, vos fils devront porter le fardeau de vos préjugés mesquins ! Ce fardeau, il est temps que je m'en libère !
M. Drayton : Joey, c'est peut-être ma dernière chance de te voir obtempérer à un ordre que je te donne. Et bien je te le donne : ferme-la !
M. Drayton : Ce sera dur. Vous savez l'un et l'autre à quoi vous vous attaquez. Rien qu'ici, en Amérique, plus de 100 millions de personnes seront scandalisées, offensées, épouvantées par le couple que vous formez. Vous ne serez que tous les deux pour affronter ces humiliations. Mois après mois, jour après jour, toute votre vie. Une solution est de faire comme si ces gens n'existaient pas ou de les mépriser, ou bien de les plaindre pour leurs préjugés, leur haine fanatique ou leur crainte irraisonnée, leur aveuglement stupide. Mais quand rien de tout ça ne marchera, vous devrez vous cramponner solidement l'un à l'autre et leur dire qu'ils aillent se faire foutre !