Fiches de films - Répliques
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JFK
Rose Cheramie : Ils vont aller à Dallas, vendredi. Ils vont tuer Kennedy. Appelez quelqu'un. Empêchez-les de faire ça. Ces enculés ne plaisantent pas. Je vous en prie...
Docteur : Elle est complètement défoncée. Elle est dans cet état depuis qu'ils l'ont amenée ici.
Rose Cheramie : Faites quelque chose...
[La mort de Kennedy est annoncée dans les journaux télévisés.]
Consommateur d'un bar : Y a quand même une justice. [Il applaudit] Adieu, pauvre salopard. Crève !
Autre client : Hé, ferme ta gueule, toi !
Garrison : J'ai vraiment honte d'être américain aujourd'hui.
Banister : On laisse les nègres voter, les sudistes avec les juifs, les catholiques... et ils élisent une mauviette d'Irlandais.
Ferrie : Le matin, on a été à la chasse à l'oie.
Garrison : Vous avez rapporté des oies de ces voyages ?
Ferrie : Peut-être que les petits en ont rapporté.
Garrison : Ils disent qu'il n'en ont rapporté aucune.
Ferrie : Maintenant que j'y repense, ils ont raison. On est allés là où il y a des oies. Y en avait un nombre invraisemblable, mais on pouvait pas les approcher. C'est pas bête, ces volatiles.
Garrison : Vos jeunes amis nous ont dit aussi que vous n'aviez pas d'arme dans la voiture. C'est pas difficile de chasser l'oie sans fusil ?
Garrison : Je regrette mais je ne peux pas vous laisser partir. Vous allez répondre maintenant à quelques questions du FBI.
Ferrie : Pourquoi, qu'est-ce qui ne va pas ?
Garrison : Je trouve que votre histoire est tout simplement incroyable !
Ferrie : Vraiment ? Quelle partie ?
Sénateur : Et cette histoire de balle folle qui zigzague un peu partout pour toucher Kennedy et Connally 7 fois. La balle magique ! Voyons, ça ne tient pas debout !
Garrison : Est-ce que Kennedy est venu dans la discussion ?
Jack Martin : Je ne sais pas.
Garrison : L'assassinat, Jack ?
Martin : Jamais devant moi. Ecoutez, il faut que je m'en aille. C'est tout ce que j'ai à dire.
Garrison : Une minute. Où est le problème ?
Martin : Où est le problème ? Vous tenez absolument à ce que je vous l'explique, Monsieur Garrison ?
Garrison : Mais personne ne sait de quoi on est en train de parler ici, Jack.
Martin : Oh ! Vous êtes vraiment trop naïf.
Dean Andrews : Il n'y a pas eu de conspiration. Jim, s'il y en avait eu une, pourquoi Bobby Kennedy n'a pas attaqué le procureur ? C'était son frère, putain de merde ! Bon sang, comment tous ces types auraient pu garder un secret pareil, j'en sais rien. C'était Oswald.
Garrison : Il me semble que nous avons un problème de communication. Je sais que tu sais qui est Clay Bertran, d'accord ? Alors arrête de bouffer ce putain de crabe une minute et écoute-moi. Nous sommes amis. Mais je t'avertis que je te ferai comparaître devant le Grand Jury. Et si tu mens au Grand Jury comme tu m'as menti, je te ferai inculper de parjure. Je me suis déjà coltiné 7 juges ici, à la Nouvelle-Orléans, et ils ne m'ont pas eu. Alors, la communication est rétablie ?
Dean Andrews : Si jamais je réponds à la question que tu me poses, si jamais j'te dis comment s'appelle la grosse légume, alors ce sera "Adieu, mon bon Dino, bon voyage." Ça va me péter à la gueule. Tu piges ? T'es une souris qui s'attaque à un gorille. Kennedy, il est aussi mort que mon crabe. Le gouvernement respire toujours. Pourquoi t'occuper d'un mort ?
Garrison : Lis sur mes lèvres, Dino. Ou tu refiles au Grand Jury la véritable identité de Clay Bertran, ou ton énorme cul finit derrière les barreaux, tu piges ?
Gardien de prison : On n'a pas besoin de clôture avec ces marécages. Plusieurs y sont entrés mais aucun n'en est jamais ressorti.
O'Keefe : Finalement, ils se sont tous tirés et je me suis retrouvé seul avec Dave, avec "Léon", deux des cubains et le fameux Bertrand. Dave découpait tous les articles de journeaux qui parlaient de ça. Il avait été obsédé par Castro et Kennedy pendant des mois et ça le reprenait.
[flashback]
Cubain : ... et ils nous baisent encore maintenant !
Ferrie : Ces petits tas de merde ferment nos camps, nous prennent nos C4. Ils nous ont piqué 10 000 cartouches, 3000 livres de poudre à canon. Tout notre putain d'armement. J'vais vous dire... Merde, vous voulez libérer Cuba ? Alors, flinguez ce putain de barbu !
Cubain : Cette pédale de Kennedy ne nous laissera pas faire. On a les mains vides. Comment tu veux qu'on le bute ?
Clay Bertrand: Le problème, c'est de l'approcher. Castro a des informateurs dans chaque maison.
Ferrie : Des conneries ! Là-haut, ils ont de nouveaux moyens. Je pourrais vous montrer des douzaines de putains de poisons. On en fout un dans sa bouffe et il crève dans les 3 jours. Pas de trace. On en fout une saloperie dans sa barbe et il la perd. Il s'en trouverait tellement ridicule sans sa barbe !
Autre cubain : C'est comme cet enfoiré de Kennedy. Il a fait tellement de mic-mac avec cette grande pute de Kroutchev. Il lui lèche le cul. [...] Il faudrait un grand acte inspiré de Dieu, maintenant, d'accord ? Et mettre un texan à la Maison Blanche.
Ferrie : J'vais le tuer. A la maison Blanche. Je le poignarderai en plein coeur. Il faut qu'on se débarrasse de cet enfoiré.
O'Keefe : Arrête, Dave. Tu n'auras jamais cet enfant de pute.
Ferrie : Non ? Ça ne sera pas long. Mets-toi ça dans la tête. Cet enculé va avoir ce qu'il mérite. On fera porter le chapeau à Castro et tout le pays voudra envahir Cuba. Il suffit d'exposer Kennedy.
Clay Bertrand : Daffie, Daffie ! Il faut toujours que tu inventes des plans tordus !
O'Keefe : Si on se servait des Services Secrets ? Ou de la police ?
Ferrie : Bien préparé, il n'y a pas de problème. Regardez comment ils ont approché De Gaulle. Eisenhower roulait en décapotable. On a besoin de 3 spécialistes dans 3 lieux différents. Un immeuble de bureaux et un fusil longue portée. Un tir croisé triangulaire, c'est la clé... C'est la clé. Un tir de diversion détourne l'attention des Services Secrets. Pan ! On tire un coup mortel. Le seul point crucial, c'est qu'un homme doit être sacrifié. Ensuite, dans la panique générale, on fait le travail. Les autres prennent l'avion pour un pays qui n'a pas l'extradition.
Garrison : Ce que j'ai besoin de savoir, c'est pourquoi, d'accord ? Pourquoi vous nous racontez tout ça.
O'Keefe : Parce que ce putain d'enfoiré de Kennedy nous a volé cette putain d'enfoirée d'élection. Voilà pourquoi. Nixon avait tout pour être le plus grand président jusqu'à ce que Kennedy ravage ce pays. Tous ces nègres partout qui réclament leurs droits. Pourquoi vous croyez qu'on a tant de crimes maintenant ? Il a promis un peu trop à tous ces enculés. Voilà ce que je pense. "La révolution arrive !" Mon cul, oui ! C'est le fascisme qui revient. Et moi, j'vais vous dire : le jour où ce petit enculé de communiste est mort a été un grand jour. Un grand jour pour notre pays. Et je suis pas heureux de savoir qu'on l'a fait payer à ce pauvre petit con d'Oswald. Il savait que dalle, lui. Tout le monde a le droit de savoir. Tout le monde a le droit de savoir pourquoi on l'a tué. Parce que c'était un communiste.
O'Keefe [regardant Garrison s'éloigner] : Vous savez que vous êtes pas mal comme mec, Monsieur Garrison ? Pas mal du tout, même... Dès que je sors, j'viens vous voir ? On pourrait s'amuser tous les deux.
Garrison : Du nouveau sur ces fameux vagabonds ?
Lou : Un photographe du Times Herald de Dallas a pris de très bons clichés. Jamais publiés. On ne peut plus dire que ce soit une surprise. Ils les ont embarqués chez le shérif, puis ils les ont relachés. Et on n'a aucune trace d'interrogatoire. Regardez de près, patron. Vous trouvez qu'ils ressemblent à des vagabonds ? Ces deux-là m'ont l'air très jeunes. Pas de poignets ni de cols usés. Rasés de près. Bonnes coupes de cheveux. Propres. Chaussures neuves en cuir. Mais nom de Dieu, qui sont ces types ?!
Garrison : Et l'employé de chemins de fer, Lee Bowers, qui a vu ces hommes derrière la palissade ?
Lou : Au cimetière. Il est mort cette année, au mois d'août. Simple accident de voiture, sur une route déserte, à Midlothian, Texas. Le médecin a dit qu'il avait subi une forte commotion avant de mourir.
Garrison : Il faut trouver d'autres témoins.
Lou ; Il y avait Rose Cheramie, une pute. Elle a dit qu'elle vendait de la came pour Jack Ruby et elle a dit que Ruby connaissait Oswald depuis des années.
Garrison : On peut la rencontrer ?
Lou : Elle est morte, elle aussi. Écrasée par un chauffard.
Garrison : Susie, qu'est-ce que t'as trouvé sur Oswald ?
Susie : Rien sur son passé fiscal. Dossiers secrets. C'est la première fois qu'un procureur n'a pas accès à ce genre de dossier. Alors, j'ai établi la liste de tous les renseignements CIA sur Oswald que contenait le rapport Warren, et je les ai réclamés. Ça représente à peu près 1200 documents. Et pas un seul n'est accessible. Tous sont également déclarés "dossiers secrets" pour des raisons de sécurité nationale. Ils m'ont donné carrément le livret scolaire. Autant lui compter les poils du cul.
Susie [retrace la bio d'Oswald] : Enfant unique. Pas de père. S'engage dans les Marines à 17 ans. Il apprend le russe. Il ne cache pas ses sympathies marxistes, mais on lui confie un poste sur une base aérienne au Japon d'où décollaient les U2 pour espionner les installations russes. Il est ensuite démobilisé des Marines sous le prétexte de la maladie de sa mère. Il reste chez lui 3 jours. Puis, avec un billet de 1500 dollars, alors qu'il n'a que 2 ou 3 dollars sur son compte, il part pour Moscou.
[flashback]
Ambassadeur Russe : Monsieur Oswald, est-ce que vous réalisez la gravité de l'acte que vous allez commettre ?
Oswald : Oui, je le sais, Monsieur, et j'ai parfaitement conscience aussi de ses conséquences et je souhaite renoncer à ma citoyenneté américaine et devenir citoyen soviétique... et je compte donner aux Russes toutes les informations que j'ai concernant les corps de Marines.
Susie : Et il disparaît pendant 6 semaines, probablement avec le KGB. Finalement, ils l'envoient dans une fabrique de radios à Minsk où il a un train de vie d'un niveau qu'il n'a jamais connu. Il reçoit 5000 roubles, a un appartement spacieux avec balcon. Il a des aventures avec les filles du coin...
Bill : C'est normal, c'est un porte parole !
Susie : Mais... mais il ne fait jamais, en écrit ou en parole, de propagande pour les Russes. Il rencontre Marina dont l'oncle est colonel dans les services d'espionnage soviétiques, à un bal syndical. Elle le prend pour un russe, à la façon dont il parle. 6 semaines après, ils se marient et ils ont une fille.
Garrison : La seule façon d'expliquer le traitement royal dont il fait l'objet, c'est qu'il leur livre des secrets radars... ou des secrets bidons.
Susie : 6 mois après son arrivée en Russie, l'avion espion U2 de Francis Gary Powers s'écrase sur le sol russe. Cet appareil était intouchable. Mais Powers insinua qu'Oswald pouvait avoir donné assez de renseignements pour l'abattre. Et, conséquence directe, la Conférence de la paix entre Khrouchtchev et Eisenhower échoue. Je ne peux pas m'empêcher de penser que certains de nos militaires ne tenaient pas à ce que la Conférence de la paix ait lieu.
Garrison : Comment rentre-t-il aux Etats-Unis, la question est là. D'accord ? A-t-il le moindre problème avec l'Oncle Sam ?
Susie : Non, aucun, non. Le Département d'Etat lui délivre un nouveau passeport en 48 heures, et lui avance l'argent du voyage. Il n'est jamais inquiété ou accusé par la Navy pour avoir divulgué des informations secrètes. En outre, il n'a jamais, autant qu'on sache, subi l'interrogatoire de la CIA.
Garrison : Ce salopard aurait dû être poursuivi pour traîtrise à la minute où il est descendu du bateau.
Susie : Son meilleur ami est un type dans le pétrole, appelé George de Mohrenschildt, qui a environ 35 ans de plus qu'Oswald, qui n'est âgé que de 23 ans et censé être fauché. De Mohrenschildt est un membre du Dallas Petroleum Club, parle 5 langues, et travaillait pour les Services de Renseignements de Vichy sous l'Occupation. Des rumeurs l'ont aussi soupçonné d'être sympathisan nazi.
Garrison : Je vais t'en dire une meilleure, Bill. Peut-être qu'Oswald n'a même pas appuyé sur la détente. L'examen au nitrate indique qu'il n'a même pas tiré au fusil ce 22 novembre. Et pour comble de tout, ils n'ont pas vérifié si le fusil avait été utilisé ce jour-là.
Bill : Il y avait bien ses empreintes sur l'arme ?
Garrison : Eh bien, on l'a envoyée au FBI. Le FBI n'a absolument rien trouvé. Il est revenu une semaine plus tard et un type des services de la police de Dallas trouve subitement une empreinte. On peut penser que cette empreinte a été faite à la morgue. Mais on n'en a aucune preuve.
Bill : On est en train de parler de notre Gouvernement.
Garrison : Non, nous sommes en train de parler d'un crime, Bill, pur et simple. Vous devez vous mettre à raisonner différemment, comme le fait la CIA. Là, nous sommes passés de l'autre côté du miroir, mes amis. Le blanc est noir et le noir est blanc.
Une femme en rouge [témoin de l'assassinat] : C'était comme figé. On aurait dit que les gens ne respiraient plus. Comme si c'était une photo.
Un inspecteur : Combien de coups de feu avez-vous dit avoir entendu ?
La femme en rouge : 4 à 6.
L'inspecteur : C'est impossible. Vous avez entendu les échos. Les échos ! Nous avons 3 balles. Les 3 coups de feu provenaient du dépôt de livres. C'est tout ce qu'il y a à dire.
La femme en rouge : Non, Monsieur. J'ai vu un homme tirer de là-bas. Depuis cette palissade. Qu'est-ce que vous allez faire pour ça ? Vous allez faire quelque chose pour l'attraper ?
L'inspecteur : Laissez nous nous occuper de ça. Vous n'avez entendu que 3 coups de feu et vous n'en parlerez à personne. Personne. Vous avez bien compris ?
La femme en rouge [off] : Ce qui est étrange, c'est que ça se passait moins de 20 minutes après l'assassinat.
Garrison : Vous viendrez témoigner, Beverly ?
Beverly : J'crois pas, non.
Garrison : En venant ici, je croyais qu'on était d'accord.
Beverly : J'ai pas vraiment envie d'augmenter les statistiques.
Garrison : Beverly, nous pouvons vous appeler à comparaître.
Beverly : S'ils sont capables de tuer le Président des Etats-Unis, vous croyez qu'ils vont y réfléchir à deux fois pour une petite danseuse de cabaret comme moi ?
Lou : Le film de Zapruder établit qu'il y a eu 3 coups de feu en 5 secondes et 6 dixièmes. Regardez. Je suis Oswald. Chronométrez. [Il actionne le fusil comme s'il tirait trois balles] Combien ?
Garrison : Entre 6 et 7 secondes.
Lou : Et sans viser réellement. Le problème, c'est que les deuxième et troisième coups de feu ont été tirés pratiquement en même temps. Il faut au minimum 2 secondes et 3 dixièmes pour recharger cet engin. L'autre problème, c'est qu'il y a un arbre là. Ce qui empêche les 2 premiers tirs au moment où ils surviennent dans le film de Zapruder.
Garrison : Est-ce que J. Edgar Hoover n'a pas dit quelque chose comme "Les feuilles tombent en novembre" ?
Lou : C'est un chêne du Texas, patron. Ses feuilles tombent à la première semaine de mars. Alors, vous prenez ce Carcano, le plus mauvais de tous les fusils légers du monde, et vous essayez de toucher une cible mouvante à 80 mètres, à travers un feuillage dense. Aucune chance. Tenez. [Il donne le fusil à Garrison] Le FBI a effectué deux séries d'essais. Pas un seul de leurs tireurs d'élite n'a pu égaler la performance d'Oswald. Pas un seul. Oswald n'a jamais été qu'un tireur moyen. En plus, la lunette était défectueuse. J'veux dire, c'est toute la clé de l'affaire pour moi. Ce gars-là n'a pas pu tirer. Personne n'a pu tirer. Et ils ont servi cette sauce au public américain. Le film de Zapruder est la preuve à laquelle ils ne s'attendaient pas.
Garrison : Laisse-moi te poser une question, Lou. Pourquoi ne pas tirer sur Kennedy quand il remonte Houston Street ? Ils ont tout le temps, il est à découvert.
Lou : Je sais. Je n'arrête pas de me poser la même question.
Garrison : C'est un tir de face.
Lou : Et même si on rate le premier tir, s'il accélère, on l'a toujours en joue pour le second tir. Non, la seule raison de l'attendre sur Elm Street, c'est que là, on peut l'avoir en tir croisé triangulaire. On met une équipe ici, derrière la palissade, pour un tir de face, trajectoire basse horizontale, et on met une troisième équipe là, dans cet immeuble, à un étage inférieur. Kennedy entre dans le champ de tir et c'est comme à la fête foraine.
Garrison : Combien d'hommes ?
Lou : Bon. Il faut un tireur, un guetteur pour la liaison radio, peut-être euh... 3 équipes. J'dirais que ce sont des tireurs professionnels, patron. Des gars sérieux. Des chasseurs. Patients. Faut être adroit pour tuer avec un fusil. Vous comprendrez que c'est pour ça qu'on n'a pas assassiné l'un de nos chefs d'Etat depuis plus de 200 ans.
Lou : Main Street est par là, n'est-ce pas ? Leur cortège devait passer devant le Centre Commercial. C'est trop loin, hein ?
Garrison : Trop loin.
Lou : Impossible comme tir. Alors, ils ont changé le trajet du cortège. En le faisant venir ici, s'il roule à 40 km/h, normalement, ils savent que la voiture va devoir ralentir à moins de 20 km/h pour négocier ce virage, et c'est là qu'ils l'ont eu.
Garrison : Qui a changé le trajet du cortège d'après toi ?
Lou : Je ne sais pas. Services secrets, dirigeants de la ville, police de Dallas...
Garrison : Tu sais qui était le maire à cette époque ?
Lou : Earle Cabell.
Garrison : Devine qui est son frère ?
Lou : Qui ?
Garrison : Le général Charles Cabell, directeur adjoint de la CIA. Kennedy l'a viré en 61 à la suite du fiasco de la Baie des Cochons. Ramené au Pentagone, il a traité Kennedy de traître. Lorsqu'il est venu à la Nouvelle Orléans pour parler à l'association de la police étrangère, tu sais qui l'a présenté ?
Lou : Qui ?
Garrison : Notre ami Clay Shaw.
Lou : La Commission Warren l'a entendu ?
Garrison : Son patron est le membre de la Commission Warren qui a instruit tout ce qui menait aux Services de Renseignements.
Lou : Allen Dulles !
Garrison : Chef de la CIA depuis 53. Kennedy les a virés tous les deux. Cabell a été son adjoint pendant 9 ans. C'est comme si le renard faisait une enquête dans le poulailler.
Garrison : Vous avez travaillé pour la CIA ?
Ferrie : Putain ! Vous me parlez de ça comme si c'était une vague expérience de mon passé. Mais on ne quitte jamais la CIA. Le jour où vous y entrez, vous y êtes pour la vie.
Garrison : Parlez moi de Ruby.
Ferrie : Jack ? Jack est un maquereau. Il était commis voyageur pour la pègre de Dallas. Il fournissait des armes à Castro quand il était dans notre camp. On avait pratiquement Castro avec nous et puis on a essayé de le doubler. Tout le monde retourne sa veste, et souvent pour le plaisir, mon vieux, pour le plaisir.
Lou : Et la pègre dans tout ça, qu'est-ce qu'elle vient faire là-dedans ?
Ferrie : Merde ! C'est cul et chemise, mon vieux. La CIA et la mafia travaillent ensemble. Pour mieux rouler le barbu, par intérêt commun, ils font ça depuis des années. C'est pire que tout ce que vous pouvez imaginer. Faites des recherches sur un truc appelé Mangouste, "Opération Mangouste." Le gouvernement, le Pentagone. Ils sont tous mouillés. Mais qui manipule qui ? Putain ! Qui peut le dire ? Oh, quelle toile d'araignée mortelle nous tissons quand nous pratiquons la trahison.
Garrison : Alors, qui a tué le Président ?
Ferrie : Oh, merde ! Mais vous allez pas arrêter, bordel ? Fait chier ! Qui a... Il est trop grand pour vous, putain. Vous réalisez pas ? C'est... C'est... Qui a descendu le Président ? Qui a tué Kennedy ? On s'en fout. Merde ! C'est un mystère. C'est un mystère enveloppé dans une devinette roulée dans une énigme.
Ferrie : J'comprends pas ce qui s'est passé. Putain ! Tout ce que je voulais en ce monde, c'était être prêtre catholique. Vivre dans un monastère. Prier, servir Dieu. Et j'ai eu une putain... une terrible putain de faiblesse... et on m'a défroqué. J'ai... et là, j'ai commencé à tout perdre.
Garrison : Ça va aller maintenant, Dave. Vous allez nous raconter ça officiellement et on vous protègera. Je vous le garantis.
Ferrie : Ils vont vous atteindre aussi. Ils vont vous détruire. Ils sont intouchables, mon vieux.
Garrison : Tu sais, Ferrie était la seule personne à exprimer des remords sur toute cette affaire. J'crois que c'est ce qui l'a tué.
X : Tout ce que je vais vous révéler est classé top secret. J'ai été soldat, Monsieur Garrison. 2 Guerres. J'ai été un de ces agents secrets du Pentagone, qui fournissent le matériel militaire. Les avions, les munitions, les fusils... ce qu'on appelle les opérations noires. Les Opés Noires. Assassinats, coups d'Etats, élections truquées, propagande, guerre psychologique, etc...
X : Pendant la dernière guerre, j'étais en Roumanie, Grèce, Yougoslavie. J'ai pratiqué l'évacuation de l'appareil de renseignements Nazi, juste avant la fin de la guerre. Nous avons utilisé ces agents dans la lutte contre les communistes. En Italie, en 48, on a truqué les élections. En France, en 49, on a brisé les grèves. On a renversé Quirino aux Philippines, Arbenz au Guatemala, Mossadegh en Iran. Nous étions au Vietnam en 54, en Indonésie en 58, au Tibet en 59. On a favorisé la fuite du Dalaï Lama. Ah ! Nous étions bons. Vraiment bons. Ensuite, on entre dans l'affaire Cubaine. Là, on a pas été aussi bons. On établit les bases pour l'invasion censée avoir lieu en Octobre 62. Khrouchtchev envoie les missiles pour repousser l'invasion. Kennedy n'envahit pas et nous, on s'est retrouvés comme des cons la queue à l'air. Ça en fait des types fous de rage, Monsieur Garrison. Vous saisissez ?
X : Le Cabinet était à l'extérieur du pays pour détourner l'attention. L'armée était dans les airs pour mater d'éventuelles émeutes. Le téléphone était coupé pour éviter aux rumeurs de se propager en cas d'échec du plan. Rien n'a été laissé au hasard. Il n'avait aucune chance d'en sortir vivant.
X : A partir de ce moment-là, tout a été différent. Le Vietnam a démarré pour de bon. Y avait un air de... j'sais pas, de conspiration au Pentagone et à la CIA. Les types des Services secrets comme moi depuis le début savaient que la Commission Warren était une fiction. Mais il y avait quelque chose de plus profond, de plus laid. Je connaissais très bien Allen Dulles. Je l'avais même renseigné sur plusieurs dossiers. Mais je vous jure que je ne comprends toujours pas pourquoi cet homme a été nommé pour enquêter sur la mort de Kennedy, qui l'avait sacqué.
X : Voilà la vraie question. Le pourquoi. Le qui et le comment ne sont là que pour amuser le public. Oswald, Ruby, Cuba, la Mafia occupent son esprit comme un jeu de société. Ils l'empêchent de se poser la plus importante question : Pourquoi ? Pourquoi a-t-on tué Kennedy ? Qui en a profité ? Qui a le pouvoir d'étouffer l'affaire ? Qui ?
X : En 1961, juste après la Baie des Cochons - très, très peu de gens sont au courant de ça - j'ai participé à la rédaction des memorandums de sécurité nationale 55, 56, 57. Ce sont des documents essentiels, des dossiers top secret. Et qui disent en gros que Kennedy informait le Général Lemnitzer, chef de l'Etat-Major interarmées, que désormais, les chefs d'Etat-Major seraient entièrement responsables de la couverture des opérations paramilitaires en temps de paix. Celà signifiait la fin du règne de la CIA. Elle éclatait, comme JFK l'avait promis, en mille morceaux. Et maintenant, il demandait aux militaires de l'aider à le faire. C'était sans précédent. Je ne pourrais vous dire l'onde de choc que ça a déclenché dans les allées du pouvoir à Washington. Cette nouvelle, et aussi le limogeage d'Allen Dulles, de Richard Bissell et du Général Charles Cabell, les vaches sacrées de l'espionnage depuis la Seconde Guerre Mondiale. Ça a été l'affollement général.
X : L'une des conséquences a été que mon département s'est retrouvé chargé de l'opération cubaine, sous le nom d'Opération Mangouste. Mangouste était de la pure opé noire.
X : Ne sous-estimez pas les coupes budgétaires que Kennedy avait demandées en 1963. Pas moins de 52 installations militaires dans 25 Etats, 21 bases outre-mer. Il s'agit de beaucoup de fric. Vous savez combien d'hélicoptères on a perdus au Vietnam ? Près de 3000 jusqu'à maintenant. Qui les a fabriqués ? Bell Helicopter. Et à qui appartient Bell ? Bell était presque en faillite quand la First National Bank de Boston a proposé à la CIA de développer l'utilisation de l'hélicoptère en Indochine. Qui a fabriqué les chasseurs F-111 ? A qui appartient la General Dynamics de Fort Worth au Texas ? Epluchez le budget de la Défense depuis le début de la guerre : 75 à plus de 100 milliards. Près de 200 milliards seront dépensés avant la fin. En 1949, c'était 10 milliards. Pas de guerre, pas d'argent. L'organisation même de toute société, Monsieur Garrison, est basée sur la guerre. L'autorité de l'Etat sur son peuple réside dans sa puissance de guerre. Et Kennedy voulait mettre fin à la guerre froide dans son second mandat. Il voulait arrêter la compétition spatiale au profit d'une coopération avec les Soviétiques. Il a signé avec eux un traité interdisant les essais nucléaires. Il a refusé d'envahir Cuba en 1962. Et il préparait le retrait des troupes du Vietnam. Mais tout ça s'est écroulé le 22 novembre 1963.
X : Dès 1961, ils savaient que Kennedy ne ferait pas la guerre au Sud-Est asiatique. Comme César, il est entouré d'ennemis. Quelque chose se trame, mais qui n'a pas de visage. Pourtant, tout son entourage sait.
X : Je crois que ça a commencé comme ça. C'était dans l'air. Fournisseurs de l'armée, gros banquiers... Oh ! Juste dans des conversations, rien de plus. Et puis, un coup de fil a été donné.
X : Tout est cloisonné. Personne n'a dit : "Il faut qu'il meure." Il n'y a pas eu de vote. Rien n'a été écrit. Il n'y a pas UN responsable. C'est l'éternelle histoire de la crucifixion. Un peloton d'exécution, 5 balles dont une à blanc. Il n'y a pas de coupable, parce que dans la hiérarchie du pouvoir, tous ceux qui savent ont la possibilité de nier. Il n'y a pas de compromission directe si ce n'est aux niveaux les plus secrets. Le seul objectif, c'est la réussite de l'opération. Peu importe le nombre de victimes, peu importe ce que celà coûte, ses auteurs doivent en être les vainqueurs. Et jamais passibles de poursuites pour quoi que ce soit, pour qui que ce soit. Ça s'appelle un coup d'Etat.
X : On tue les Rois, Monsieur Garrison. La politique, c'est le pouvoir, rien de plus.
Garrison : C'était une embuscade militaire du début à la fin. C'était un coup d'Etat avec Lyndon Johnson attendant en coulisses.
Bill : Ah bon ! Alors maintenant, voilà que Lyndon Johnson est dans le coup lui aussi ! Le Président des Etats-Unis.
Garrison : Je sais que Lyndon Johnson a reçu un milliard de dollars de ses amis texans Brown et Roor pour draguer la baie de Camp Ranh pour l'armée au Vietnam, et ce n'est qu'un exemple.
Bill : Patron ! Vous insinuez que le Président est un assassin !
Garrison : Si je suis si loin de la vérité, pourquoi le FBI truffe nos bureaux de micros ? Pourquoi nos témoins sont-ils soudoyés ou assassinés ?
[Regardant la campagne électorale de Bobby Kennedy]
Garrison : Il n'y arrivera jamais. Si jamais il gagne, ils le tueront. Il veut arrêter la guerre. Ils le tueront sûrement avant qu'il ne puisse être président.
Garrison [au tribunal] : Donc, maintenant, il ne reste qu'une seule balle. Une seule balle doit expliquer les 7 autres blessures relevées sur Kennedy et Connally. Mais plutôt que d'admettre un complot et d'enquêter plus avant, la Commission Warren a décidé d'adopter la thèse avancée par un jeune conseiller ambitieux, Arlen Specter. C'est un des plus gros mensonges qu'on ait fait avaler à l'opinion publique américaine. Nous l'avons appelée la théorie de la "balle magique." La balle magique entre dans le dos du Président selon un angle de 17 degrés vers le bas. Puis elle se met à remonter, de façon à sortir du corps de Kennedy par le devant du cou. Blessure numéro 2. Là, elle va attendre 1 seconde 6, sans doute suspendue en l'air, avant de tourner à droite, puis à gauche, à droite, puis à gauche, et continuer sa course en entrant dans le corps de Connally par l'aisselle droite. Blessure numéro 3. Ensuite, la balle redescend selon un angle de 27 degrés, brisant au passage la 5è côte de Connally. Et elle ressort par le côté droit de la poitrine. Blessure numéro 4. La balle alors vire à droite et repénètre dans le corps de Connally par son poignet droit. Blessure Numéro 5. En lui brisant le radius, la balle ressort ensuite de son poignet - Blessure numéro 6 -, effectue un spectaculaire demi-tour et va se loger dans la cuisse gauche de Connally - Blessure numéro 7 - d'où elle tombera, plus tard, pour être retrouvée pratiquement intacte sur un chariot dans un couloir de l'hopital Parkland. Ça, c'est une balle !
Garrison : Le décollage d'Air Force One de Love Field ce vendredi était plus une fuite qu'un transfert. Une fuite avec le nouveau Président prêtant serment à son bord.
Garrison [fait visionner le film de Zapruder au tribunal] : Kennedy quitte enfin Houston Street pour entrer dans Elm Street. La voiture ralentit jusqu'à 18 km/h. Les tireurs autour de la Dealey Plaza se préparent, mettent en joue. Ils attendent que la radio dise "Feu vert. Feu vert" ou "Annulé. Annulé." Le premier coup de feu retentit, faisant penser au raté d'un moteur. Il rate la voiture. Image 161 : Kennedy cesse de saluer la foule comme s'il entendait quelque chose. Connally tourne légèrement la tête vers la droite. Image 183, le second coup de feu atteint Kennedy à la gorge, de face. Image 225 : dès que le Président a passé le panneau de signalisation, on voit qu'il a été touché et qu'il porte les mains à sa gorge. Le troisième coup de feu, image 232, touche Kennedy dans le dos, le projetant en arrière, puis en avant. Connally, vous le remarquerez, ne semble pas avoir été touché. Il tient visiblement son stetson, ce qui serait impossible s'il avait le poignet brisé. Connally se tourne maintenant. Image 238 : le quatrième coup de feu manque Kennedy et atteint Connally dans le dos. C'est le coup de feu qui prouve qu'il y avait deux fusils. Connally hurle "Mon Dieu, mais ils vont nous tuer tous !" A peu près au même moment, un autre coup de feu qui manque complètement la voiture touche James Tague en bas, près du tunnel. La voiture freine. Le sixième coup de feu, qui sera mortel, image 313, atteint Kennedy à la tête, de face. C'est le tir décisif. Le Président est projeté en arrière et sur sa gauche. Touché de face par la droite. Ce qui ne correspond en rien à un coup de feu tiré depuis le dépôt de livres.
Garrison : La police tient son homme. Tout était décidé depuis longtemps, à Washington. Et le temps qu'on le sorte de la salle de cinéma, toute une foule s'est amassée pour l'injurier. Lee Oswald a dû éprouver la même chose que Joseph K. dans Le Procès de Kafka. On ne lui a jamais dit pourquoi on l'avait arrêté. Il ne sait pas que des forces invisibles sont liguées contre lui. Et aussitôt arrivé au commissariat de police, il est inculpé du meurtre de Tippit. Il n'y a pas d'assistance judiciaire. Il n'y a pas de procès-verbal de l'interrogatoire. Et avant le lever du soleil le lendemain matin, il est inculpé du meurtre du Président. Tout le pays, intoxiqué par la Presse, le croit coupable. Sous l'apparence d'un patron de night-club patriote, qui veut épargner à Jackie Kennedy d'avoir à témoigner au procès, Jack Ruby est amené dans le garage au sous-sol par un de ses hommes introduit dans la police de Dallas. Et lorsqu'il est prêt, on lui présente Lee Harvey Oswald comme l'agneau à sacrifier et il l'élimine gentiment comme ennemi du peuple.
Garrison : Qui pleure Lee Harvey Oswald ? Enterré dans une modeste tombe sous le simple nom d'Oswald ? Personne.
Garrison : En quelques minutes, fausses déclarations et fuites à propos de Lee Oswald font le tour du monde. La légende officielle se crée et la presse s'en fait l'écho. L'éclat des mensonges officiels et la splendeur épique et anesthésiante des funérailles de JFK troublent le regard et empêchent la réflexion.
Garrison : "Trahison jamais ne prospère", a écrit un poète anglais. "Pour quelle raison ? Parce que si elle prospère, nul ne la nomme trahison."














