Fiches de films - Répliques
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Un Taxi pour Tobrouk
Théo : Ouais, je sais, je sais, je me suis peut-être un peu écarté de la route. N'empêche que je vous ai quand même sortis d'un drôle de pétrin, non ? Je vous garantis qu'on sera à El Alamein la nuit prochaine et dans nos plumards.
François : Si vous continuez sur votre route, Brigadier, et si mon relevé est correct, nous n'allons plus à El Alamein mais sur le cap de Bonne Espérance.
Samuel : Et ça porte des galons !
Théo : Si tu les veux ! On s'est écarté de combien ?
François : Oh, remarquez, je disais le Cap de Bonne Espérance pour ne pas vous vexer. En réalité nous fonçons vers le Pôle Sud.
Théo : On a de l'essence, de la flotte, du singe, on est à 700 bornes de nos lignes et on peut en faire 1000. C'est une balade, non ?
Samuel : Evidemment, si on oublie les avions, les blindés, les mines et autres menues broutilles...
François : Quand un supérieur vous invite à vous promener, mon ami, promenez-vous. Vous allez finir par vous faire foutre 4 jours, vous.
Théo : Et un jour, le supérieur de Monsieur lui foutra son pied au cul et Monsieur fera l'étonné.
[Un avion allemand approche]
François : Messerschmidt 109.
Samuel : C'est celui qui vire pas à gauche, qu'a les mitrailleuses qui s'enrayent, comme dit Paris Soir.
[A pied dans le désert]
Théo : Qu'est-ce que vous racontez là ?
Samuel : On causait de mouches. Vous ne savez pas ce que c'est de mourir de soif, mon général ? Moi, j'ai étudié ça, c'est assez bichant : votre langue va d'abord gonfler. La déglutition deviendra de plus en plus pénible. Puis viendront les troubles auditifs, les troubles visuels ensuite. C'est une évolution classique. Les spasmes commenceront plus tard, précédant de peu l'agonie. C'est à ce moment-là que les mouches attaqueront.
Jean : Tu pourrais p'têtre causer d'autre chose...
Samuel : Pourquoi ? C'est de circonstance et j'suis médecin.
Théo : Moi je marche, et vous aussi !
François : Non. Je suis désolé, Brigadier, j'ai pas vécu 11 mois dans la peau d'un hussard pour finir dans celle d'un fantassin.
Théo : Ça veut dire quoi ?
François : Simplement ceci : j'accepte de mourir mais avec un minimum d'effort. Alors je vais donc rester ici, fumer mes dernières cigarettes et attendre. Je vous laisse le soin de ramper à 4 pattes dans le sable, la langue dehors. Moi, les mouches me trouveront assis. Et ben, allez, mes braves ! Moi je vais mourir pour la fécondation du désert. Demain sur les tombeaux, les blés seront plus beaux comme dit le poète. Jonsac était un nom, ça va devenir une marque, une marque d'engrais. Le colonialisme est en pleine évolution.
[Après avoir abattu des soldats allemand, Samuel trouve Ludwig]
Samuel : Y a du rab, les gars.
Théo [à Samuel] : Hauptman, ça veut dire Capitaine ?
Samuel : Ja.
Théo : Ludwigue van Stegele 1912.
Ludwig : Steigel. Von Division Afrika Krops.
François : Mais dites donc ! Vous savez qu'il est superbe. Vous croyez qu'on me laissera le ramener à la maison, celui-là ?
Théo [à Samuel] : Demande-lui s'il a des copains dans le coin.
Ludwig : J'avais ceux-là . Vous n'obtiendrez aucun renseignement de moi.
Jean : Mais tu causes français, ma salope.
Ludwig : Je ne le cause pas, je le parle.
Théo : Comme on a 700 bornes à faire ensemble, j'aimerais que la situation soit bien nette. Si tout se passe bien, je vous remettrai à la police militaire en arrivant. Mais si vous essayez un coup vicelard, je vous déquille et vous avez ma parole dans les deux cas.
Théo : Nous, en France, les prisonniers on les flingue pas.
François : Forcément, on n'en a pas tellement, hein...
Samuel : Moi, j'avais le choix entre devenir toubib et réparer des vieux chaudrons. De père en fils, les Goldmann sont étameurs. Si t'as pas de grand-père banquier, tu peux me dire à quoi ça sert d'être juif ?
Théo : Quand dans le désert on trouve un macchabé en rade qu'on peut pas identifier, on lui fouille les poches. Si on trouve un ouvre-boite, c'est un british. Quand on trouve un tire-bouchon, c'est un français.
Théo [après avoir frappé Ludwig à l'estomac par erreur] : Dis-donc, Sam, pendant que tu y es, là, j'aimerais que tu vienne voir sa main.
Samuel : Sa main ?
Théo : Y faudrait pas que ça s'envenime. Les articulations, c'est toujours très délicat. On sait jamais, hein. C'est que je tiens à vous ramener en bon état.
Ludwig : Vous faites tout ce qu'il faut pour ça...
François : On vous attend chez vous ? Vous êtes marié ? Des enfants ?
Ludwig : Oui.
François : Ah, vous êtes un père ! Et ben moi, je suis un fils. C'est mon papa, moi, que je vais retrouver. Actuellement, il est à Vichy, mon cher père ! Ah, c'est un homme qui a la légalité dans le sang ! Si les chinois débarquaient, il se ferait mandarin. Si les nègres prenaient le pouvoir, il se mettrait un os dans le nez. Si les grecs... oui, enfin passons. Alors, selon la tournure des évènements, je serai le fils dévoyé gaulliste ou le héros purificateur.
Ludwig : Halt.
Jean : Qu'est-ce que t'as dit ?
Ludwig : Halt.
Théo : Pourquoi "Halt" ?
Ludwig : Stop si vous préférez.
Samuel : S'il se souvient que nous représentons la civilisation, Dieu nous aidera peut-être.
François : J'ai cru remarquer qu'il aidait de préférence les grosses armées contre les petites. Vaudrait mieux qu'on s'y fie pas trop...
Samuel : À mon avis, dans la guerre, ce qu'il y a de plus chouette, c'est le défilé de la victoire. L'emmerdant, c'est tout ce qu'il y a avant.
Ludwig : Si vous n'aimez pas la guerre, pourquoi signez-vous des alliances militaires avec des pays qui sont en guerre tous les 20 ans. Signez plutôt avec la Suisse ou le Luxembourg.
François : Mon cher Ludwig, vous connaissez mal les français. Nous avons le complexe de la liberté et ça date de 89. Nous avons égorgé la moitié de l'Europe au nom de ce principe. Depuis que Napoléon a écrasé la Pologne, nous ne supportons pas que quiconque le fasse à notre place. Nous aurions l'impression d'être frustrés.
[Devant un champ de mine]
François : Mes enfants, moi, je veux bien qu'on essaie, mais je vous garantis rien. Parce que le paysage, il a drôlement changé, hein, drôlement, moi j'vous le dis. C'est pas tellement urgent d'aller se faire sauter la gueule.
Samuel : Prends ton temps, on est pas pressé. De toute façon, on nous accusera d'avoir fait du tourisme.
Théo : Moi, les gars, si jamais y en a qui viennent dire ça ! Oh ben dis donc !
[A propos de Ludwig]
Théo : Tu sais qu'il est bien, ce mec-là ?
Samuel : Bien sûr qu'il est bien. Qu'est-ce que tu veux que j'y fasse ?
François [à Jean] : C'est toi qu'avais raison. A la guerre, on devrait toujours tuer les gens avant de les connaître.
Samuel : Dites donc, Ludwig, j'ai l'impression que Dudu pourra plus vous piffer, il a horreur des problèmes.
Ludwig : Mon cas ne pose aucun problème.
Samuel : Pour moi, aucun, non, mais pour eux, oui. Regardez-les : Dudu oublie ses engelures à Narvik, l'autre ses deux ans de placard, ces messieurs évoluent dans le sublime. Mais moi j'oublie rien. Je suis le vilain, moi, le rancunier. J'ai été cocu et j'aime pas ça. Pendant que je découvrais Hegel, vous en étiez déjà à Mein Kampf. Les Français sont toujours en retard d'un livre. C'est pourquoi, si vous permettez, je ferai le tri des bons et des mauvais allemands un peu plus tard, à tête reposée. Mais tant que cette tête-là sera sous un képi, je m'en tiendrai aux idées toutes faites, et à votre sujet j'en vois qu'une.
Ludwig : Quand on a un prisonnier, on le garde.
Samuel : On est parti à 5, on revient à 5, le compte y est.
François : J'voudrais pas te contrarier, mais j'crois pas qu'vous soyez 5 bien longtemps.
Samuel : T'es dans les mains de Samuel Goldmann, une sommité, alors cause pas sans savoir.
Ludwig : Dans une semaine, vous serez debout.
Samuel : Et dans 15 jours, tu te taperas ton infirmière. Pour commencer, on va t'installer dans une chambre aux pommes.
François : Et après ? C'est sous l'Arc de Triomphe que j'aurais voulu que vous m'installiez. C'est con que la place soit déjà prise.
Jean : Renvoyer un gars dans ses foyers, ce serait pas idiot, mais le renvoyer en face pour qu'on continue à se taper sur la gueule, tu trouve ça génial ?




