Fiches de films - Répliques
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Le fabuleux destin d'Amélie Poulain
Narrateur : Le
trois Septembre 1974 à 18 heures 28 minutes et 32 secondes, une mouche
bleue de la famille des Calliphoridae capable de produire 14 670
battements d'ailes à la minute se posait rue saint Vincent à
Montmartre. A la même seconde à la terrasse d'un restaurant à deux pas
du moulin de la galette, le vent s'engouffrait comme par magie sous une
nappe, faisant danser les verres sans que personne ne s'en aperçoive.
Au même instant, au cinquième étage du 28 de l'avenue Trudel dans le
neuvième arrondissement. Eugène Colère de retour de l'enterrement de
son meilleur ami Emile Maginot en effaçait le nom de son carnet
d'adresses. Toujours à la même seconde un spermatozoïde pourvu d'un
chromosome X appartenant à monsieur Raphaël Poulain se détachait du
peloton pour atteindre l'ovule appartenant à madame Poulain née
Amandine Fouet. Neuf mois plus tard naissait Amélie Poulain.
Narrateur : Raphaël Poulain n'aime pas : pisser à côté de quelqu'un, il n'aime pas surprendre sur ses sandales un regard de dédain, sortir de l'eau, et sentir coller son maillot de bain. Raphaël Poulain aime : arracher de grands morceaux de papier-peint, aligner toutes ses chaussures et les cirer avec soin, vider sa boîte à outils, bien la nettoyer, et tout ranger, enfin.
Narrateur : Amandine Poulain n'aime pas : avoir les doigts plissés par l'eau chaude du bain, être par quelqu'un qu'elle n'aime pas effleurée de la main, avoir les plis des draps imprimés sur la joue le matin. Amandine Poulain aime : les costumes des patineurs artistiques sur TF1, faire briller le parquet avec des patins, vider son sac à main, bien le nettoyer, et tout ranger, enfin.
Amélie petite : Les poules... couvent...
Amandine Poulain : Très bien.
Amélie : Souvent couvent !
Amandine Poulain : NON !
Narrateur : Et puis un jour c'est le drame. Comme chaque année Amandine Fouet emmène sa fille brûler un cierge à notre dame afin que
le ciel lui envoie un petit frère. La réponse divine intervient trois
minutes plus tard. Hélas, ce n'est pas un nouveau né qui tombe du ciel
mais une touriste québécoise Marguerite Bouchard résolue à en finir
avec la vie. Amandine Poulain, Née fouet, est tuée sur le coup.
Narrateur : Elle, c'est Suzanne, la patronne. Elle boîte un peu, mais elle n'a jamais renversé un verre. Quand elle était jeune, elle était danseuse équestre à Médrano. Elle aime les sportifs qui pleurent de déception. Elle n'aime pas voir : dans son café un homme se faire humilier devant son enfant.
Au tabac, c'est Georgette, la malade imaginaire. Quand elle n'a pas de migraine, c'est le nerf sciatique qui coincent. Celle-là n'aime pas entendre "le fruit de vos entrailles est béni".
Voilà Gina, la collègue d'Amélie. Sa grand-mère était guérisseuse. Ce qu'elle aime, c'est faire craquer les os. On la voit qui sert un kir framboise à Hippolito, l'écrivain raté. Lui ce qu'il aime par dessus tout, c'est voir à la télé un toréador se faire encorner.
Le type qui les observe, l'air mauvais, c'est Joseph. Un amant jaloux éconduit par Gina. Il passe ses journées à l'espionner pour voir s'il a un remplaçant. La seule chose que celui-là aime, c'est crever les pustules des emballages en plastique.
Et enfin, voilà Philomène, l'hôtesse de l'air. C'est Amélie qui garde son chat Rodrigue quand elle part en voyage. Philomène aime le bruit du bol d'eau sur le carrelage. Rodrigue quant à lui aime être présent quand on raconte des histoires aux enfants.
Le SDF : Non merci ma p'tite dame je travaille jamais le dimanche.
Je suis la Belette de personne.
Dufayel : Aux deux moulins. Je sais. Et là, vous rentrez bredouille... de la chasse au Bretodeau. Parce que ça n'est pas "do". C'est "to"! comme "toto".
Amélie [Dufayel lui donne un verre d'eau] : Merci. J'aime beaucoup ce tableau.
Dufayel : C'est le dejeuner des canotiers... de Renoir ! Voila, j'en fais un par an depuis 20 ans. Le plus dur ce sont les regards. Parfois j'ai l'impression qu'ils changent exprès d'humeur. Mais dès que j'ai le dos tourné !
Amélie : Là ils ont plutôt l'air content de la vie.
Dufayel : Bah ils peuvent ! Cette année ils ont eu du lièvre aux morilles... Et des gauffres à la confiture pour les enfants.
Amélie : Elle est p'tet seulement différente des autres.
Dufayel : Ah, et en quoi ?
Amélie : Je sais pas.
Dufayel : Quand elle était petite, elle ne devait pas jouer souvent avec les autres enfants... Peut-être même jamais. Tenez : Dominique BreTOdeau, 27 rue mouffetard. C'est pour vous.
Narrateur : Ce
matin, comme tous les mardi matin, Dominique Bretodeau est parti pour
acheter un poulet fermier. En général, il le fait au four avec des
pommes-sautées. Après en avoir découpé les cuisses, les blancs, et les
ailes, sont plus grand plaisir sera de décortiquer la carcasse encore
brûlante avec les doigts, en commençant par les solilèses. Et bien non.
Pas du tout. Aujourd'hui Bretodeau n'achètera pas de poulet. Il n'ira
pas plus loin que cette cabine téléphonique, là. [Bretodeau ouvre sa boite à souvenirs et se met à pleurer] [...]
En une seconde, tout revient à la mémoire de Bretodeau. La victoire de Fédérico Bahamontes dans tour de France 59 ; Les combinaisons de la tante Josette ; Et surtout, cette journée tragique. Cette journée tragique, où il gagna toutes les billes de la classe à la récré.
Amélie Poulain : Venez j'vais vous aider. On descend Et Hop c'est parti ! Là on croise la veuve du tambour de la fanfare. Elle porte l'apparence de son mari depuis qu'il est mort. Attention Hop ! Tiens l'enseigne de la boucherie chevaline a perdu une oreille. Ce rire c'est celui du mari de la fleuriste, il a des petites rides de malice au coin des yeux. Oh dans la vitrine de la pâtisserie y'a des sucettes pierrot Gourmand ! Humm vous sentez ce parfum ? C'est Péponne qui fait goûter ses melons aux clients. Ah, chez Marion, ils font de la glace aux calissons. On passe devant la charcuterie : 79 le jambon à l'os, 45 le travers demi sec. On arrive chez le fromager 12,90 les picotouls de l'Ardèche et 23,90 le capitoul du Poitou. Chez le boucher, il y a un bébé qui regarde un chien qui regarde les poulets rôtis. Voilà, maintenant on est devant le petit kiosque à journaux, juste devant l'entrée du métro. Et moi je vous laisse ici. Au revoir.
(Pas d'image pour cette longue réplique, je vous laisse deviner pourquoi.)
Gina : Et ta connerie elle est congénitale ?
Joseph [A son magnétophone] : Prénuptial.
Amélie : Vous
savez, la fille au verre d'eau, si elle a l'air un peu à côté, c'est
p'têt parce qu'elle est en train de penser à quelqu'un.Dufayel : A quelqu'un du tableau ?
Amélie : Non, plutôt à un garçon qu'elle a croisé ailleurs. Mais elle a l'impression qu'ils sont un peu pareils, elle et lui.
Dufayel : Ah, autrement dit, elle préfère s'imaginer une relation avec quelqu'un d'absent, que de créer des liens avec ceux qui sont présents ?
Amélie : Non... P'têt même qu'au contraire elle se met en quatre pour arranger les cafouillages de la vie des autres.
Dufayel : Mais elle, les cafouillages de la sienne de vie, qui va s'en occuper ?
Hipolito : Nan c'est... C'est l'histoire d'un type qui écrit son journal. Seulement au lieu d'écrire au fur et à mesure ce qui lui arrive, il écrit à l'avance la version catastrophe de ce qui pourrait lui arriver. Du coup ça le déprime et donc... il fait rien.
Gina : Bref en gros c'est l'histoire d'un type qui fait rien.
Amélie : Plutôt bien. J'crois qu'il y a quelque chose qui change et... [Amélie voit que son père n'écoute pas] Et j'ai eu deux crises cardiaques et j'ai dû me faire avorter parce que j'avais pris du crack pendant que j'étais enceinte. En dehors de ça tout va bien.
Raphaël : Hum Tant mieux. Tant mieux.
Lucien : Ah non.
Dufayel : Exercice ! Répète après moi : Collignon crêpe chignon.
Lucien : Col... Collignon crêpe chignon.
Dufayel : C'est ça, a toi maintenant : Collignon...
Lucien : Collignon face de fion.
Georgette : Heu c'est mon aérophagie.
Joseph [en lisant son journal] : Ecoutez-ça. Un garçon de six ans a profité du sommeil de ses parents pour prendre la route en pleine nuit au volant de sa voiture à pédales. Il a été retrouvé au près d'une autoroute près de Munster en Allemagne. Le garçon a confié au policier qu'il voulait juste aller voir les étoiles.
Georgette : C'est beau la vie. Hein quand même hein.
Suzanne : Un coup d'foudre, c'est bien la seule chose qu'elle ne nous ait pas encore attrapé.
Collignon : Ah
ben c'est vrai que monsieur est un esthète ! Ah oui depuis quinze jours
que j'le vois repartir tout les soir avec des tonnes d'invendus.
J'commençais à me demander si il avait pas gagné un cochon à la foire
au jambon ! Pas du tout ! Monsieur prend des cours de dessin ! Mais oui
! Toute la journée monsieur vend des poireaux et le soir il dessine des
navets ! Qu'est ce que vous voulez que je fasse d'un légume pareil !Narrateur : Un bon souffleur de rue comme au théâtre caché derrière chaque soupirail et près à vous glisser une bonne répartie bien cinglante. Voilà ce qu'il faudrait pour que les timides aient enfin le dernier mot.
Le souffleur [A Amélie] : Vous au moins vous ne risquez pas d'être un légume, puisque même un artichaut à du coeur.
Amélie [A Collignon] : Vous au moins vous ne risquez pas d'être un légume, puisque même un artichaut à du coeur.
Narrateur : Nino
est en retard. Pour Amélie il n'y a que deux explications possibles :
Premièrement, il n'a pas trouvé la photo. Deuxièmement, il n'a pas eu
le temps d'achever la reconstitution parce que trois truands
multirécidivistes qui venaient de braquer une banque l'on pris en
otage, poursuivi par tous les flics du département, ils ont réussi à
les semer, mais lui a provoqué un accident. Quand il a repris
conscience il ne se souvenait de rien. Un routier ex-taulard l'a pris
en stop et le croyant en cavale l'a planqué dans un conteneur en
partance pour Istanbul. Là il est tombé sur des aventuriers afghans qui
lui ont proposé de partir avec eux pour voler des têtes de missiles
soviétiques. Mais leur camion a sauté sur une mine à la frontière du
Tadjikistan. Seul survivant il a été recueilli dans un village de
montagnard et il est devenu militant moudjahidin. Alors Amélie ne voit
vraiment pas pourquoi elle se mettrait dans un état pareil pour un type
qui va passer le reste de ses jours à manger du portsh avec un stupide
cache peau sur la tête.
Lucien : C'est pour mademoiselle Amélie ?
Nino : Ouais
Lucien : Hein ! J'suis sûr qu'elle en a besoin pour sortir son Kouign Amann !
Nino : Ouais.

Hipolito : Sans toi, les émotions d'aujourd'hui ne seraient que la peau morte des émotions d'autrefois.






