Fiches de films - Répliques
Film suivant (Monstres & Cie) (Monde de Nemo (Le)) Film précédent
Un monde sans pitié
Hippo [en voix-off] : Si au moins, on pouvait en vouloir à quelqu'un. Si même, on pouvait croire qu'on sert à quelque chose, qu'on va quelque part. Mais qu'est-ce qu'on nous a laissés ? Les lendemains qui chantent ? Le grand marché européen ? On a que dalle. On n'a plus qu'à être amoureux, comme des cons et ça, c'est pire que tout.
[La voiture d'Hippo est bloquée par une autre voiture. Y'a une femme à l'intérieur mais elle ne sait pas conduire. Alors Hippo sort de sa voiture, rentre dans l'autre voiture et l'avance. Avant de ressortir :]
Hippo : Qu'est-ce qui nous empêche de continuer ?
Nathalie : Tout.
Hippo : Ouais... Mais à part ça ?
Nathalie : A part ça... Rien.
[Hippo vient de se faire arrêter. Les policiers vérifient ses papiers.]
Hippo : J'en ai ras l'cul de me faire arrêter. J'ai pas de travail, j'ai pas de maison, j'ai une bagnole pourrie. Regardez la porte, là, elle s'ouvre pas la porte, j'suis obligé de passer par derrière comme un con, putain. J'me fais arrêter toutes les 10 minutes. Mais merde, c'est pas nous les bandits. Nous, on est des nuls, putain. Laissez-nous tranquille 5 minutes. On en chie assez comme ça, putain, merde [Et il s'excite sur sa porte avant bloquée].
Halpern [A l'interphone, il vient de se faire jeter par sa copine] : Hé, Stéphanie, écoute-moi... Et si on faisait un gosse ?
Stéphanie [par l'interphone] : Ah ah ah, mon pauvre vieux, tu veux faire un enfant ? Encore faudrait-il que tu sois un homme !
Halpern : Okay, salut.
[Hippo se rend à Normale pour retrouver la fille qui lui a tapé dans l'oeil.]
Hippo : Bonjour, je cherche une étudiante qui est chez vous mais j'connais pas son nom. Juste son prénom.
La secrétaire de Normale : Vous ne venez pas vous inscrire aux examens ?
Hippo : Non, non, non, je cherche une jeune fille qui est normalienne et qui s'appelle Nathalie. Elle est brune, mignonne...
La secrétaire de Normale : C'est pas un centre de renseignement, ici.
Hippo : Soyez sympa ! Vous avez bien une liste...
La secrétaire de Normale : Pas question ! Et fichez-moi l'camp !
Hippo : Vous êtes durs.
La secrétaire de Normale : Allez, s'il vous plaît !
Hippo : Ça va, putain, vous avez déjà été amoureuse, non ? Vous savez ce que c'est ? Qu'est-ce qu'on a à part l'amour ? Qu'est-ce qu'on dans la vie ? Qu'est-ce qu'ils nous ont laissés ? Les lendemains qui chantent ? Le grand marché européen ? On n'a que dalle. On n'a plus qu'à être amoureux comme des cons et vous savez très bien que c'est pire que tout. Aidez-moi !
La secrétaire de Normale : Okay, j'vous passe le trombinoscope mais il s'appelle reviens.
[Hippo a retrouvé la fille qu'il cherchait, Nathalie et il la ramène chez lui en voiture. Elle veut directement rentrer chez elle.]
Nathalie : J'peux descendre si tu veux.
Hippo : Ouais.
Nathalie [un peu déçue] : Tu veux que je descendes ?
Hippo : Ouais.
Nathalie : Très bien, arrête-toi. Arrête-toi.
Hippo : J'en étais sûr. J'e n étais sûr.
Nathalie : De quoi ?
Hippo : T'es amoureuse de moi.
Nathalie : N'importe quoi.
Hippo : Mais bien sûr, c'est clair comme de l'eau de roche.
[Francine vient de réveiller Hippo pour qu'ils prennent leur petit-déjeuner ensemble.]
Francine : Ecoute, Hippo, ça ne peut plus durer.
Hippo : Ouais.
Francine : A chaque fois que je t'appelles, tu te caches. La situation devient ridicule.
Hippo : Ouais.
Francine : C'est tout ce que t'as à dire ?
Hippo : Ouais.
Francine : C'est ça. Tu m'prends, tu m'jettes, c'est normal.
Hippo : J'te prends pas. J'te jette pas. Qu'est-ce que tu racontes ?
Francine : Tu sais très bien ce que je veux dire. Certains soirs, tu m'appelles pour me supplier de venir, et ensuite, pendant 15 jours, tu me fuis comme un gosse.
Hippo : Et alors ? C'est comme ça que ça s'passe.
Francine : Non, c'est pas comme ça que ça s'passe. Tu n'es pas obligé d'être aussi lâche.
Hippo : Putain, il est super tôt et je suis mort. Qu'est-ce que tu veux ? Tu veux que je te dise franchement que j'veux plus t'voir, c'est ça ?
Francine : Je n'suis pas venue spécialement pour que tu me le dises. Je suis venue pour qu'on en parle. On n'est pas obligé de se séparer comme des chiens, non ? Et en plus, c'est moi qui ne veut plus te voir.
Hippo : Ouais...
Francine : T'en as rien à foutre ? Y'a que toi qui compte. T'es là, avachi, content de toi.
Hippo : Ecoute, tu viens pour te faire lourder, tu voudrais que ce soit propre ? C'est jamais propre.
Francine : J'te reconnais bien, tu voudrais que chacun assume son destin sans jamais se révolter. Et bien moi, je ne suis pas comme ça, je ne me laisse pas faire.
Hippo : Tant mieux, putain, si ça peut t'aider à vivre.
Francine : Tu t'en sors bien à être odieux. Mais t'en fais pas, ça va pas durer. Un jour, tu seras seul comme un chien. Et j'espère que ça te rendra un peu moins con. Salut !
[Francine part après cette engueulade. Son frère revient dans la cuisine.]
Xavier : Alors, la fièvre monte ?
Hippo : Toi, me casse pas les couilles !
Xavier : T'as déjà des remords ?
Hippo : Pauvre con, va ! T'as pas quelque chose à faire ? Du shit à couper ?
Xavier : Du shit à couper, j'en ai peut-être, du shit à couper. Et toi, qu'est-ce que t'as à faire ? T'as jamais rien à faire, toi, à part enculer les mouches.
[Hippo est dans une partie de poker.]
Hippo : Oh là là, mais dépêche-toi, là ! Vous êtes là, toujours à tergiverser "est-ce que j'y vais ? Est-ce que j'y vais pas ?" mais putain, le poker, ça va vite, merde !
Un joueur : Il gagne et en plus, il est speed.
Hippo : Mais joue, putain ! T'as envie de relancer, là !
Un autre joueur : Laisse tomber, il a du jeu.
Hippo : Hé, on va pas voter aussi, non ?
[Nathalie a invité Hippo chez elle.]
Hippo : Ecoute, j'comprends qu'tu regrettes de m'avoir fait venir mais putain, fais un effort, quoi !
Nathalie : Et toi, tu peux pas te débrouiller pour me mettre à l'aise, non ? C'est trop te demander ?
Hippo : Allez, viens, on va s'embrasser !
Nathalie : T'es terriblement romantique à ce que je vois.
Hippo : C'est ce qu'on aurait dû faire depuis l'début au lieu de raconter des conneries.
Nathalie : J'ai pas envie.
Nathalie : Qu'est-ce que tu fais dans la vie ?
Hippo : Que dalle.
Nathalie : T'es pas étudiant ?
Hippo : Ah non.
Nathalie : Tu travailles ?
Hippo : Non.
Nathalie : T'es au chômage ?
Hippo : Non.
Nathalie : T'es un bandit ?
Hippo : Non.
Nathalie : Comment tu vis, alors ?
Hippo : C'est mon frère qui m'entretient.
Nathalie : Qu'est-ce qu'il fait ton frère ?
Hippo : Il est au lycée.
Nathalie : Comment peut-il t'entretenir, alors ?
Hippo : Il fait des affaires.
Nathalie : Quel genre d'affaires ?
Hippo : Ah, ça va, j't'en pose des questions, moi ?
Nathalie : Ben, tu peux bien m'l'dire, on s'connait pas.
Hippo : Il est trafiquant de drogue.
Nathalie : Ah !
Hippo : Ah ! C'est fini l'interrogatoire ?
Nathalie : Oui.
Hippo : On s'embrasse ?
Nathalie : NON.
Hippo : Voilà ce qu'on va faire. J'vais aller sur le balcon, tu vois ? Quand t'en as envie, tu m'rejoins. C'est romantique, ça, non ?
Nathalie : D'accord.
[Harlpern et Hippo dans Paris]
Halpern : J'croyais que t'en avais rien à foutre de rien.
Hippo : J'en ai pas rien à foutre de rien. J'en ai à foutre de mon frère, de mon copain et de ma nana. Ben si tout l'monde en avait à foutre de son copain, son frère et sa nana, ça serait vraiment moins le bordel.
Halpern : Ben moi, j'ai pas de frère, et ma nana m'a lourdé.
Hippo : C'est vraiment fini ?
Halpern : Ben ouais, j'ai encore des affaires chez elle, mais bon...
Hippo : Putain, pourquoi c'est fini ? Vous faites chier.
Halpern : J'supporte plus les filles jalouses, qu'est-ce que tu veux ? Et en plus, en ce moment, les nanas, elles délirent. Elles supportent plus les branleurs. A les écouter, il faudrait qu'on soit tous des yuppies, putain !
Hippo : Alors, quoi de neuf ?
L'homme de l'Huma : Le patronat exploite les salariés. Le capital produit de la plus value. Et le prolétariat se paupérise. Rien de neuf !
Halpern : Oh là là, mais vous faites partie de l'élite intellectuelle, et ça vous angoisse pas ? Putain, vous avez la pêche ! Vous êtes là pour penser, vous n'avez aucune idée ! Alors vous pouvez toujours taper sur la gueule des communistes ! [...] Justement, la seule chose que je me permets de faire, c'est d'être en deuil, mon pote ! En deuil des utopies. Et vous, plus que moi, vous devriez pleurer, mais les larmes de votre corps !
Nathalie [qui vient juste de rejoindre Hippo] : J'suis désolée, faut que j'y aille.
Hippo : Tu peux pas y'aller.
Nathalie : Tu te rends pas compte.
Hippo : Non mais regarde-moi ! Regarde-moi bien ! Et maintenant, regarde autour de toi ! Y'a 30 000 nanas ici. Y'en a qu'une seule qui se casse, c'est celle qui m'intéresse. [Il se retourne.] Mais putain, mais cassez-vous, cassez-vous toutes, allez travailler, allez voir vos russes ! Mais laissez-moi celle-là !
[Hippo et Harlpern sur le capot de la voiture en train de discuter et de mater des jolies filles.]
Halpern : C'est une ashkénase ?
Hippo : Quoi ?
Halpern : Nathalie Rosen, c'est une juïve d'Europe de l'Est. Moi, j'suis un séfarade, de l'Afrique du Nord.
Hippo : Et alors, qu'est-ce que j'en ai à branler ?
Halpern : Eh ben, simplement, elles sont complètement tcharbées, les askhénases, mon pote. Dès qu'elles cessent de travailler, elles ont peur qu'on vienne les arrêter pour les foutre en camp.
Hippo : Tandis que vous, vous avez pas peur alors vous foutez rien ?
Halpern : Ah, c'est elle qui t'as mis ça dans la tête, hein ? C'est bien les askhénases, ça ! Tu sais ce qu'elles disent ? Il faut se marier avec un goy qu'avec un séfarade.
Hippo : Eh ben, c'est bon, j'ai mes chances, alors.
Halpern : Ouais... En même temps, imagine, t'es goy et tu fous rien dans la vie. Alors là, j't'annonce, c'est toute la famille qui va s'cacher dans la cave.
Hippo : T'es vraiment un enculé de séfarade !
Hippo : C'est pas toi qui va décider quand on se verra ou non, crois-moi.
Nathalie : Ecoute, je n'sais pas ce que je fais avec toi. Qu'est-ce que je vais devenir avec toi ?
Hippo : Quoi "qu'est-ce que tu vas devenir" ? Tu vas rien devenir.
Nathalie : Mais j'te connais pas. Tu débarques, tu repars, t'as pas de travail, pas d'horaires. Je ne peux m'accrocher à rien.
Hippo : Mais tu veux quoi ? Tu veux que j'fasse des trucs, c'est ça ? Tu veux que j'me déguise ?
Nathalie : J'veux pas qu'tu te déguises, j'ai besoin de savoir où t'en es, ce que t'espères, ce que tu désires. A chaque fois que je t'interroge là-dessus, tu fais ton
malin.
Hippo : Mais c'est des conneries, tout ça, putain. C'est toi que je désire. Le reste, j'en ai rien à foutre. Où j'en suis ? Mais j'en suis nul part, moi.
Nathalie : Eh bien, je ne supporte pas.
Hippo : Mais si.
Nathalie : NON. C'est insupportable, tu rends tout dérisoire. T'aimes les nanas, v'là l'programme ! Moi j'suis une nana, alors tu m'aimes bien ! J'regrette mais j'trouve ça angoissant.
Hippo : Et toi, t'aimes bien l'économie surétique. Tu crois que ça m'angoisse pas ? Eh ben non. J'suis content pour toi. Mais franchement, c'est pas plus glorieux pour autant.
Nathalie : Combien de temps ça va durer ? Tu comprends bien que tu peux pas rester toute ta vie comme ça ?
Hippo : Arrête là, arrête ! Largue-moi direct, ça vaut mieux ! Mais me fais pas la morale, putain !
Nathalie : Mais j'te fais pas la morale. Les types qui n'ont pas d'avenir, ça m'angoisse ! Si j'reste avec toi, j'sens que j'vais devenir folle.
Hippo : Mais depuis quand on se soucie de l'avenir ? On va pas se marier, de toute façon. Ben alors ! J'te demande rien, moi. Qu'est-ce qui te défrise ?
Nathalie : Ce qui me défrise, c'est que tu sois un parasite.
Hippo : Ouais, t'as raison. En fin de compte, il vaut mieux que tu me fréquentes pas. [Il fait mine de partir et il revient.] Toi, t'as un avenir. Tu m'supportes pas. Eh ben, moi, j'te supporte. J'supporte le monde aussi. Alors peut-être j'suis un parasite, mais au moins, j'suis juste.
[Hippo et Nathalie dans la rue]
Hippo : La première fois qu'on s'est vu, j'aurais déjà pu t'embrasser ?
Nathalie : T'es fou !
Hippo : Ouais, j'suis sûr que tu te serais laisser faire.
Nathalie : Ben, n'importe quoi !
Hippo : T'avais pas envie de m'embrasser ?
Nathalie : Non.
Hippo : Ah, c'est la meilleure, ça !
Nathalie : Mais maintenant, j'veux bien.
Hippo : Tu veux crever, ouais !
Nathalie : Oh, allez !
Hippo : Va te faire foutre !
Nathalie : Oh, s'il te plait !
Hippo : J'croyais que t'aimais pas qu'on s'embrasse dans la rue.
Nathalie : Si, maintenant, j'ai envie ! [Et il l'embrasse.]
[Nathalie vient de recevoir une bourse pour partir un an à Boston.]
Hippo : Qu'est-ce que je vais branler à Boston ? Tu peux m'le dire ?
Nathalie : Qu'est-ce que tu fais ici, de toute façon ?
Hippo : Rien. Rien. Mais au moins, j'suis chez moi. J'connais les rues, j'connais les gens. En Amérique, j'comprendrais rien.
Nathalie : C'est ridicule. En fait, t'es soulagé de me voir partir ?
Hippo : Non.
Nathalie : Tu veux pas venir avec moi ?
Hippo : Non.
Nathalie : Tu voudrais que je reste ?
Hippo : Tu fais ce que tu veux. Si t'as envie de partir, tu pars. Si t'as envie de rester, tu restes. Mais surtout, n'exige rien !
Nathalie : Je n'exige rien. Je voudrais que tu me parles de toi. Toi, qu'est-ce que ça te fait ?
Hippo : Tu veux savoir si j'vais souffrir ? J'te l'dirais pas.
Nathalie : Pas du tout.
Hippo : J'te l'dirais pas parce que ça sert à rien.
Nathalie : Ça sert à rien ?
Hippo : Mais non, ça sert à rien. Me fais pas croire que ça va changer quelque chose, surtout ! Si j'me mets à genoux, là, si j'te supplie "Nathalie, reste", tu vas rester ? Mais non, tu vas pas rester. Tu vas partir. Tu vas pas laisser passer cette chance, c'est la vie. Alors tu pars, je reste, on est comme deux cons et voilà.
Nathalie : C'est chacun sa merde, c'est ça ? Même entre nous ?
Hippo : Un peu.
Nathalie : Avec qui on peut être bien, alors ?
Hippo : Personne. On n'est pas sur terre pour être bien.
Nathalie : N'importe quoi. Si t'as jamais besoin de personne, personne n'aura jamais besoin de personne.
Hippo : Et ouais.
Nathalie : T'es vraiment une machine ?
Hippo : Machine à vivre, ouais.
[Hippo attend Nathalie à l'aéroport après qu'elle ait passé un an à Boston. Elle ne le voit que quand elle est en voiture avec des amis qui sont venus la chercher. Elle lui fait un signe de la main pendant que la voiture s'éloigne.]
Halpern : Putain, elle s'arrête pas !
Hippo : Mais non, elle s'arrête pas ! Qu'est-ce que tu crois ? Ça serait trop simple !
Halpern : Elle est dure avec toi !
Hippo : Elle est pas dure, ça n'a rien à voir ! [Après un temps de réflexion] Putain, va falloir trimer encore !





