Fiches de films - Répliques
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Quadrille
Philippe : Ah les hommes n'ont pas cette étonnante faculté d'adaptation que vous avez vous autres, c'est fantastique n'est-ce pas ? Vous arrivez de Carpentras ou de Quimper et vous en avez l'air, au bout d'un an on se demande si vous êtes née à Montmartre ou à La Villette et 18 mois plus tard vous êtes devenues tellement parisienne que la question se pose de savoir si vous n'êtes pas une étrangère...
Claudine : Ah oui c'est vrai, vous ne trompez jamais vos maîtresses...
Carl : Quand on prend un gros-plan de moi on me dit "Attention, pensez."
Philippe : Aïe, aïe, aïe, aïe, aïe...
Carl : Alors je demande à quoi il faut que je pense.
Philippe : Naturellement, quand on n’a pas l'habitude...
Carl : On me dit « à rien », alors je pense à rien de toutes mes forces et je crois que cette image peut se placer dans toutes les circonstances.
Philippe : Je le croirais volontiers aussi...
[Paulette a fait venir Philippe à l'hôtel où elle a passé la nuit avec Carl]
Philippe : Alors ? Alors il faut que je me dérange en plus ? Hein ?!
Paulette [en pleurs] : Mon Philippe que j'aime...
Philippe : Ah tu peux le dire...
Paulette : Oh ça je peux le dire parce que c'est bien vrai va.
Philippe : Oui, oui, en effet je sais, il paraît que c'est compatible...
Paulette : Pas une seconde je ne t'ai détesté Philippe.
Philippe : Eh bien mais c'est encore heureux.
Paulette : Oh c'est heureux et j'en suis très fière, je n'ai pas été contre toi un instant.
Philippe : En effet.
Paulette : Et tu n'as joué aucun rôle dans cette aventure, ça...
Philippe : Mais grâce à Dieu... Car je me vois mal en surnombre tu sais.
Paulette : Cependant tu n'étais pas très loin de ma pensée.
Philippe : Tu es bien aimable...
Paulette : C'était si curieux, si tu pouvais savoir... Tiens je n’ose pas te dire que tu me protégeais mais...
Philippe : Mais tu fais bien !
Paulette : Non, mais... tu n'étais pas l'ennemi, oh non, au contraire, parce que je te vois si grand toi n'est-ce pas, si... si supérieur aux autres, si différent surtout.
Philippe : Oui, oh, tu es bien aimable mais ne te fais pas trop d'illusions à ce sujet, je ne suis pas tellement différent des autres.
Paulette : Oh...
Philippe : Non, non, non, non, non. En tout cas cette nuit, vraiment, tu as fait tout ce qui était nécessaire pour me faire ressembler à pas mal d'autres hommes. Et c'est vraiment dommage. Oui, dans le bonheur qui te frappe, si j'ose dire, tu ne te vois pas très infidèle, seulement moi, hélas, je me vois bien cocu.
Paulette : Ah! Ne dis pas ce mot là.
Philippe : Mais c'est que je n'en vois pas d'autres, tu sais.
Paulette : Non, non, non, tu n'es pas cocu Philippe, bien loin de là. Etre cocu ça n'est pas ça.
Philippe : Ca y ressemble bien tout de même allons voyons !
Paulette : Eh bien pour un profane c'est possible, mais moi, moi, c'est une catastrophe, voilà comment moi je vois la chose.
Philippe : Oui, ben tu es bien aimable de nous mettre dans le même panier tous les deux seulement je te ferais observer une chose, c'est que l'espèce de catastrophe dont tu parles a eu pour toi certains avantages dont moi j'ai été singulièrement frustré. Alors ne sois pas étonnée si mon point de vue diffère un peu du tien.
Paulette : Je le comprends très bien mon Philippe, d'autre part il ne faut pas m'en vouloir si je te parle avec franchise. Nous nous sommes jurés de toujours tout nous dire. Et depuis 6 ans que nous vivons ensemble, nous ne nous sommes jamais rien caché. Il est bien évident que nous n'avons encore jamais eu une occasion aussi...
Philippe : Aussi quoi ?
Paulette : Aussi importante de nous dire la vérité n'est-ce pas mais, est-ce une raison de se mentir, dis ?
Philippe : Mais mon chéri, il n'est pas question de se mentir en ce moment mais ne t'imagine surtout pas que tu me dis la vérité parce que tu me dis ce que tu penses...
Paulette : Ah non ?
Philippe : Ah non ! Ca serait trop beau ça ! Et ce serait trop facile. On n'est pas infaillible parce qu'on est sincère. De même qu'on peut très bien être de mauvaise foi et ne pas se tromper.
Paulette : Ah ?
Philippe : Je crois.
Paulette : Alors il ne faut pas que je te raconte ce qu'il s'est passé, alors ?
Philippe : Si tu pouvais te contenter de me le dire, ça vaudrait mieux. Ne me le raconte pas trop tu comprends ? Ne me donne pas trop de détails surtout et n'en tire aucune conclusion je t'en conjure.
Paulette : Enfin, il est entré, je l'ai trouvé très beau, comme toi.
Philippe : Qu'est-ce tu racontes ?
Paulette : Hein ?
Philippe : Beau comme moi ?
Paulette : Non enfin, je veux dire beau comme tu l'avais trouvé beau toi-même.
Philippe : Ah oui, fausse joie.
Paulette : L'aventure était commencée, elle aurait pu en rester là et, je n'ai rien fait pour qu'elle se prolonge.
Philippe : "gea".
Paulette : Hein ?
Philippe : Prolongea. Enfin, ça ne fait rien, on ne peut pas tout demander le même jour...
Paulette : Et pourquoi était-il dans une avant-scène ?
Philippe : Parce que j'avais eu la bonne idée de la lui faire offrir. Oui, oui, au début d'une aventure comme tu dis, le cocu y est toujours pour quelque chose.
Philippe : Tu as perdu là une occasion magnifique de tenir ta promesse.
Paulette : Ma promesse ?
Philippe : Ah oui, ah oui ! Il avait bien été convenu, n'est-ce pas, entre nous que le jour où tu serais lasse de moi, tu me préviendrais la veille.
Paulette : Ah, mais je n'en ai pas eu le temps Philippe. D'abord je ne pouvais pas te prévenir la veille, puisqu'hier encore je ne le connaissais pas. Ça a été foudroyant. Et puis, c'est que je ne suis pas lasse de toi, Philippe! Nous n'avions pas prévu ce qui s'est passé là. Il t'avait plu d'imaginer qu'un jour je pourrais me lasser de toi, et refaire ma vie avec un autre homme - mais là, il n'en est pas question - et l'idée ne m'est pas venue un instant.
Philippe : Quelle est l'idée qui t'es venue ?
Paulette : Mais - aucune. J'ai perdu la tête - quand on perd la tête, il ne vous vient pas d'idée. Philippe, sais-tu ce que d'être fasciné Philippe ?
Philippe : D'être quoi ?
Paulette : Fasciné.
Philippe : Ah je ne sais pas, non.
Paulette : Je l'ignorais moi même - et j'en doutais. Et je me disais: «C'est faux, on n'est pas fasciné. On est fidèle, ou on ne l'est pas». Eh! Bien, je me trompais bien.
Philippe : Ca existe ?
Paulette : J'en suis la preuve. Cet homme a quelque chose, remarque je ne dirais pas de diabolique...
Philippe : Non, non mais de divin!
Paulette : Exactement !
Philippe : C'est fabuleux.
Paulette : Tu en conviens?
Philippe : Non, ce qui est fabuleux, en ce moment, c'est toi, c'est ton égarement.
Paulette : Mais, je ne suis pas du tout égarée, Philippe, puisque je vois les choses exactement comme elles sont. Dis-moi que je suis franche, ah! Ça, je le suis...
Philippe : Ah oui, tu es franche, ah je pense bien, fichtre oui tu es franche et voluptueusement même. Et ma froideur te navre. En ce moment tu me voudrais déchiré de chagrin, mais pervers. En un mot tu es surprise et désolée d'être toute nue dans ce peignoir et de penser que je n'en profite pas - après ce que
tu as fait. Hein ? Suis-je bête ?
Paulette : Tu fais fausse route là, tu vois, il y a en ce moment quelque chose qui t'échappe.
Philippe : Oui, c'est possible. Seulement toi, je te préviens en ce moment il y a quelqu'un qui t'échappe : ce quelqu'un c'est moi! Et tu vas comprendre pourquoi. Ta nuit passée, je la connais. Voici la mienne : tu serais rentrée à deux heures du matin, tu m'aurais vu très en colère. Tu serais rentrée à quatre heures, tu m'aurais vu navré. A six heures tu m'aurais trouvé pensif, vers sept heures, tu m'aurais réveillé.
Paulette : Oh!
Philippe : Excuse-moi - mais dis-toi bien que si, entre minuit et quart et sept heures du matin on peut faire bien de choses - et tu dois le savoir! - on peut se faire à bien de choses pendant le même temps!...Et, vois-tu, je me suis fait à cette idée que tu pouvais m'être infidèle. Je me suis tenu le raisonnement suivant: puisque en ce moment, elle se fait à l'idée de m'être infidèle, je ne veux pas être en reste avec elle!... Alors, moi aussi, je me suis fait à cette idée. Il a dû me falloir un peu plus de temps qu'à toi. Toi, tu perdais la tête - ça va très vite! - moi, je recouvrais la raison... ça demande quelques heures de plus. Voilà.
Paulette : Tu as pleuré?
Philippe : Mais je pense bien.
Paulette : Oh!
Philippe : Mais oui, comme tout le monde, Après le coup de téléphone de Claudine, quand j'ai été rassuré sur ta santé... quand j'ai su, qu'il ne t'était rien arrivé de mal... au contraire... et que c'était moi seul que le malheur frappait, j'ai pleuré, oui - je ne m'en vante pas: je l'avoue. J'ai pleuré - et même j'ai parlé tout haut. Et dans le silence absolu de la nuit, c'est très étrange d'entendre sa propre voix prononcer un prénom de femme...
Paulette : Tu as prononcé mon nom tout haut!
Philippe : Non mon petit excuse-moi, ce n'est pas ton nom qui m'est venu.
Paulette : Comment ça?
Philippe : Non c'est extrêmement curieux ce qu'il m'est arrivé là. Figure-toi que c'est la seconde fois que je suis trompé par une femme. Eh! Bien, cette nuit, c'est son nom à elle que j'ai prononcé... Oui, sans le vouloir, c'est son prénom qui m'est venu. Entre deux sanglots, j'ai murmuré: Suzanne - et j'ai souri ! Oui, pendant une seconde je vous ai confondues toutes les deux. C'est peu de chose, une seconde, mais quand elles sont de cette espèce, les secondes sont capitales. Je vous ai confondues parce que tu me faisais vivre les heures identiques à celles que m'avait fait vivre la personne qui t'avait précédée dans ma vie. Et cette similitude, tu penses, ne diminuait en rien la gravité de ta conduite mais elle lui retirait, du moins, toute espèce d'originalité. Tout ce que je suis en droit de te dire aujourd'hui, ce n'est pas la peine je l'ai déjà dit. Tout ce que tu pourrais me répondre, ce n'est pas la peine, je l'ai déjà entendu...
Philippe : Toi, c'est la première fois que tu me trompes, mais moi, cette nuit quand je l'ai appris j'ai failli dire "Oh! Encore !"
Paulette : Parce qu'enfin, si ce que tu dis est vrai, si je t'ai tout simplement trompé alors qu'est-ce que je suis ?
Philippe : Oh, mon p'tit bonhomme qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Tu es, tu es femme... Non, non, c'est bien impoli dit comme ça. Je veux dire tu es une femme comme il y en a beaucoup, comme il y en a trop même il paraît.
Paulette : C'est que j'aurais tellement voulu ne pas leur ressembler.
Philippe : Fallait pas faire ça alors mon chéri. Remarque bien, mon Dieu, remarque bien, que vous êtes tellement et si adorablement différentes jusqu'à ce moment-là, et alors à ce moment-là, c'est inouï à quel point vous pouvez vous ressembler.
Philippe : Alors, je crois qu'il faut que nous aillions dans ces conditions là le courage... le courage de ne prendre aucune décision avant 48 heures.
Philippe : Alors comme je ne veux pas qu'on se foute ouvertement de moi, je propose, ce qui revient à dire que je décide que notre séparation sera retardée de quelques semaines.
Philippe : Et savez-vous pourquoi je retardais notre séparation de quelques semaines ?
[Claudine fait non de la tête]
Philippe : Pour qu'elle ne me menace pas de se flanquer une balle dans la peau, ce dont l'autre, la précédente, me menaçait sans cesse.
Philippe : C'est une erreur, c'est une très grande erreur de croire que dès qu'on est cocu, on a droit instantanément à toutes les autres femmes !
Claudine : Vous croyez qu'elle pourra jouer ce soir?
Philippe : Mais naturellement, d'abord pourquoi voulez vous qu'elle ne puisse pas jouer la comédie ce soir, alors qu'elle la joue déjà dès ce matin...

