Fiches de films - Répliques
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Rois & Reine
Nora [en voix-off] : J'ai toujours estimé qu'aimer, c'est ne pas avoir à demander.
Le répondeur d'Ismaël : Allô, ce répondeur ne prend aucun message. Vous ne pouvez pas me joindre en ce moment. Ah, si c'est les impôts qui appellent, Messieurs Mercier et Landau, vous êtes des escrocs. Je ne vous paierai jamais. Il faut dire que c'est une honte qu'un serviteur de l'Etat poursuive avec une acrimonie imbécile un citoyen respecté et un artiste. Je vous emmerde, M. Landau.
[Deux infirmiers en bouse blanche sonnent à la porte d'Ismaël.]
Prospero : Bonjour monsieur.
Ismaël : Bonjour.
Prospero : C'est l'hôpital qui nous envoie.
Ismaël : Vous devez vous tromper parce que je ne suis pas malade.
Prospero : C'est-à-dire que vous avez dû recevoir nos convocations.
Ismaël : Ecoutez non, je n'ai rien reçu. Je n'ouvre pas tellement mon courrier en ce moment. En plus, là, ça tombe mal parce que je suis vraiment très occupé.
Prospero : Le psychiatre vous a envoyés 3 convocations. La dernière était un recommandé.
Caliban : Et elle vous avertissait que nous allions devoir passer comme vous ne vous présentiez pas à l'hôpital.
Ismaël : Non mais de toute façon, peu importe puisque je me porte parfaitement bien comme vous pouvez le constater. Bon, ben, aurevoir messieurs.
Caliban : Vous ne voulez pas venir avec nous ? Vous refusez ?
Ismaël [qui hausse la voix] : Effectivement, je refuse, oui.
Prospero : Monsieur, ça fait des mois que les médecins vous ont envoyés la première convocation.
Ismaël : Mais je suis pas sourd mais j'ai rien reçu.
Prospero : Ah si, le recommandé, vous l'avez reçu.
Ismaël : Non, je n'irai pas dans votre hôpital de merde. Je ne suis pas malade et je suis très pris.
Prospero : Monsieur, vous parlez fort.
Ismaël : Je ne parle pas fort, je parle normalement.
Prospero : Si, si, vous criez.
Ismaël : Je crie si je veux, okay ? C'est quand même incroyable, je suis ici chez moi. Je dérange personne. Je fais du bordel sous les fenêtres de personne. Je chie sous les fenêtres de personne. Vous comprenez ? Mais qu'est-ce que vous venez m'emmerder avec votre allure de bouseux de la Sécu ? Y'a pas un policier avec vous. [On voit un policier qui attend en bas de l'escalier.] Vous êtes mandaté de rien, j'ai commis aucun délit. Je vais pas suivre deux connards d'infirmiers de la stasi. Non mais vous êtes cinglés.
Prospero : Monsieur, on ne vient pas vous enfermer, on veut juste vous emmener pour vous soigner.
Ismaël : Me soigner ? Mais je vais très bien et JE T'ENCULE ! Et t'arrêtes ça tout de suite !
Prospero : Pardon ?
Ismaël : Tu me regardes pas comme un de tes dingos de ton hôpital de trou du cul de j'sais pas où.
Prospero : Je vous regarde tout à fait normalement.
Caliban [qui ressort de l'appart d'Ismaël] : Cher monsieur, la corde dans le salon, c'est pour quoi faire ?
Ismaël : Quelle corde ?
Caliban : Vous savez la corde avec un noeud coulant qui est accrochée dans le salon avec un tabouret en dessous.
Ismaël : Non, je suis pas suicidaire. D'accord, je comprend, vous voyez la corde..., la chaise donc vous faites l'association. C'est humain. Mais j'ai simplement besoin de savoir que je peux le faire. C'est juste une idée que j'ai besoin d'avoir. Du moment que je l'ai, je ne le ferai jamais. Je sais pas, il doit avoir des choses comme ça dans Ciceron, Sénèque, les stoïciens. Franchement, je ne vais pas très très bien en ce moment mais, mais je ne suis pas suicidaire. Bon, ben... Messieurs...
Caliban : Ne rendez pas la tache plus difficile, monsieur.
Prospero : Il va falloir y aller, maintenant.
Ismaël : Vous allez pas m'emmener de force ?
Prospero [A l'autre infirmier] : Prends-lui les mains ! [Et ils se jettent sur lui]
[Ismaël attaché dans un lit, ses parents à son chevet, très compréhensifs.]
Ismaël : Vous ne pouvez pas arrêter de ramper devant ces médecins à la con ? Ils me prescrivent de la merde. Ils ont eu leur diplôme dans une pochette surprise. Mais alors, ils ont un putain de diplôme et vous, vous rampez.
Abel : Ils ont l'air calé, les médecins.
Ismaël : Je suis attaché. Je suis attaché à un putain de lit, quoi ! Vous trouvez ça normal ?
Abel : Mais c'est peut-être pour ton bien, mon garçon.
Ismaël : J'ai l'air fou ? Vous trouvez que j'ai l'air fou ?
Abel : Un peu... [A son épouse] Non ?
Monique : Si.
Abel : Mais ils vont pas te garder toute ta vie. Dès que tu vas mieux, ils te sortiront d'ici.
Ismaël : Allons, Papa, tu défais cette putain de sangle. Je te jure, je casserai rien. Je suis très faible à la bagarre. Alors défais-la.
Abel : Je peux pas.
Monique : Tu sais, quoi qu'il se passe, il y aura toujours une place à Roubaix à l'épicerie.
Ismaël : Maman, je suis altiste dans un quatuor.
Abel : Il a raison, Monique.
"A la fin, je suis las de ce monde antique".
Monique : "Bergère, ô tour Eiffel, le troupeau des ponts bêle ce matin
Abel : "Tu en as assez de vivre dans l'antiquité grecque et romaine. Ici même les automobiles ont l'air d'être anciennes".
Ismaël : Apollinaire.
Monique : Le poète préféré de ton Papa. Dis..
Ismaël : Ouais...
Monique : C'est vrai que tu es sorti dans la rue avec une cape de mousquetaire ?
Ismaël : Ecoute, ça va avec cette histoire. Ne me dis pas que ça t'arrive jamais de porter des trucs un peu étranges ?
Monique : Non.
Ismaël : T'as jamais eu envie de mettre des vêtements dans certaines occasions ? Papa ?
Monique : Tu penses à quoi ?
Ismaël : Je sais pas, ça dépend : une cape, un poncho.
Monique : Non.
Elizabeth [A Ismaël, son frère] : Je gueule comme une idiote mais tu sais que je suis douce comme fille ! Non, j'dis ça parce que à 8 ans, t'as décidé que j'étais véhémente alors que je fais ma véhémente. Mais tu sais que quand t'es pas là, quand je vis ma vraie vie, je suis douce.
[Entretien d'Ismaël avec une psychiatre, Mme Vasset.]
Mme Vasset : Vous avez l'air en détrese.
Ismaël : C'est mon âme qui me fait souffrir. Ça, vous n'y pouvez rien.
Mme Vasset : Et pourquoi je n'y peux rien ?
Ismaël : Mais parce que vous êtes une femme.
Mme Vasset : Et alors ?
Ismaël : Excusez-moi mais les femmes, c'est pas pareil que les hommes.
Mme Vasset : C'est-à-dire ?
Ismaël : Vous n'avez pas d'âme.
Mme Vasset : Parce que je suis une femme ?
Ismaël : Ne me regardez pas comme ça ! Ce n'est pas de ma faute. Vous avez déjà vu une femme prêtre ou une femme rabin ? Bon. Je n'dis pas. Vous avez sûrement autre chose à la place mais enfin, je me vois mal parler de mon âme avec vous.
Mme Vasset : C'est un peu insultant pour les femmes, non ?
Ismaël : Mais non, les hommes, ça vit sur une droite. Et les femmes, vous vivez dans des bulles, je n'sais pas, des petites bulles. Vous devez passer de l'une à l'autre ou il doit y avoir des intersections, ça doit être des petites bulles de temps, j'imagine. Et nous les hommes, on vit sur une droite, une seule ligne, on vit pour mourir.
Mme Vasset : Et les femmes, elles vivent pour quoi ?
Ismaël : Ben pour rien. Vous... vivez..., quoi ! Nous, on vit pour mourir.
Mme Vasset : C'est quoi votre définition de l'âme ?
Ismaël : Attendez, on va pas parler de théologie, maintenant. Je suis pas votre copain. Je suis enfermé dans cette clinique merdeuse depuis hier soir. Vous êtes là pour m'examiner et dire que c'est tout à fait scandaleux.
Mme Vasset : Non, je voudrais vraiment connaître votre définition de l'âme.
Ismaël : Vous voulez que je vous réponde "une bite et deux couilles" ? Je sais pas : une âme, c'est une manière de négocier au quotidien avec la question de l'être. Je ne dis pas que ça vous est inacessible. Je dis que je négocie mon putain de quotidien avec la question de l'être. Et ne me toisez pas avec votre regard de mère-la-vertu ou féministe je n'sais pas quoi, avec votre bloc-notes sur les genoux à guetter que je vous refile du symptôme pour mieux pouvoir m'enfermer et vous venger de je ne sais quel taule de dingue vous portez sur la gueule . Je vous ai rien fait, j'ai rien fait à personne, je n'suis pas fou. T'as compris le message ? Tu peux aller le répéter à ton poly de bureau toute seule ou t'as besoin de moi ?
Mme Vasset : Nan, j'pense que vous n'êtes peut-être pas fou mais une bonne semaine ici à vous calmer ne pourra pas vous faire que du bien.
Ismaël : Quel est le recours légal ?
Mme Vasset : Ah, vous pouvez toujours écrire au Substitut du Procureur.
Ismaël : Ah, très bien. J'exige du papier et un stylo.
Mme Vasset : Ah mais certainement.
Ismaël : Je vais vous dénoncer, ma p'tite connasse.
Mme Vasset : Je vous conseillerai de vous calmer avant de rédiger votre courrier.
Ismaël : Je veux du papier et un stylo. Et rendez-moi mes lacets !
[Conversation téléphonique entre Ismaël et son avocat, Maître Marc Mamanne]
Maître : Où est-ce que vous aviez disparu ?
Ismaël : Ben, c'est un peu compliqué.
Maître : Je m'en doute un peu, cher client. Mais je panique, là ! Il faut que vous reveniez fissa, les impôts sont à notre poursuite.
Ismaël : Eh oui, mais je suis enfermé ici.
Maître : Où ça, ici ?
Ismaël : Dans un hôpital.
Maître : Ah ! Ismaël, là, ils sont très méchants, ils mordent.
Ismaël : C'est idiot mais il semblerait que j'ai été placé en HDT.
Maître : Qu'est-ce que c'est que ça ?
Ismaël : Hospitalisation à la Demande d'un Tiers.
Maître : PUTAIN !
Ismaël : Ouais, comme vous dites ! [...]
[Un patient vient déranger Ismaël en lui demandant de venir.]
Ismaël [Au patient] : Oui, je viens, dans 5 minutes.
Maître : C'est quoi ça ?
Ismaël : Non, non, c'est pas pour vous, maître. C'est un dingue, je lui ai emprunté de l'argent, je lui ai promis de jouer aux dominos.
Maître : Aïe, faut vous sortir de là !
[Maître Marc Mamanne rend visite à son client Ismaël à l'hôpital psychiatrique.]
Maître : Super, vous êtes légalement dingue ! J'en ai jamais douté, mon pote, mais là, c'est prouvé ! Les impôts, on va leur foutre au cul le recouvrement curatelle, tutelle, tout le bazard.. Il faut que vous vous mettiez la psychiatre dans la poche ! Qu'est-ce que vous faites là ?
Ismaël : Ben j'écris au Substitut.
Maître : Ismaël, ne merdez pas ! Ce coup de l'HDT, c'est votre planche de salut, c'est notre cadeau de Noël, c'est mes honoraires, on les tient par les couilles ! Vous étiez dingue ; on va faire un truc rétroactif. "Ok, monsieur le Juge, j'ai déconné, d'accord, mais j'étais dingue !" On passe l'éponge et à nous deux la malle.
[Maître Mamanne s'apprête à partir de l'hôpital psychiatrique.]
Maître : J'voudrais pas vous emmerder, mais figurez-vous qu'en ce moment, je suis au Subutex, voilà ! Ça me réussit pas tellement.
Ismaël : Honnêtement, maître, vous avez une mine de merde.
Maître : Ben oui ! J'aurais préféré la méthadone. Alors, j'me disais... Autant profiter de votre séjour ici, trouver des aspects positifs : si on faisait un p'tit tour à la pharmacie ?
Ismaël [qui lui éponge le front] : Vous avez une santé magnifique. Mais ce serait peut-être bien d'arrêter la drogue un p'tit moment !? Je sais pas, le médecin, il vous donne pas quelque chose pour vous aider ?
Maître : Mais oui, le Subutex de merde, là ! J'en prends 5 fois la dose pour me défoncer, mais... Vous me ferez bien une p'tite faveur, hein ?
Ismaël : Y'a quelque chose qui vous ferait plaisir ?
[Ismaël apprend qu'une jeune fille vient d'arriver à l'hôpital psychiatrique, il va la trouver sur les marches d'escalier.]
Ismaël : Je peux vous prendre une cigarette ? [Il voit les poignets d'Arielle bandés.] Vos bras... Vous vous êtes coupés les veines ?
Arielle : Ouais, ça fait un peu conne ?
Ismaël : Non, c'est triste. Vous êtes jeune.
Arielle : C'est ma cinquièmte TS. Mais c'est pas des vrais suicides, c'est des appels au secours. [On la voit crier sans un son : AU SECOURS !]
Ismaël : Et alors, y'a quelqu'un qui vient ?
Arielle : Pas trop : mes parents, le SAMU. Et vous, vous êtes fou ?
Ismaël : Non, non, non, moi, c'est une erreur judiciaire.
Arielle [qui sort de ses chaussettes 2 petites fioles d'alcool] : Vous en voulez ? Ils ont oublié de me fouiller.
Ismaël : Vous m'avez pas l'air très folle. Et j'en connais un rayon. Vous avez l'air soucieuse ?
Arielle : Ça s'est pas trop bien passé, l'entretien avec le psychiatre. J'ai été idiote, j'suis pas contente de mes réponses.
Ismaël : Si ça peut vous rassurer, moi non plus, ça s'est pas très bien passé, l'entretien.
Arielle : En même temps, j'suis contente, je vais rater une semaine de cours.
Ismaël : Et qu'est-ce que vous étudiez ?
Arielle : La signologie. J'apprends le chinois.
Ismaël : Ça marche ?
Arielle : Non, je rate tous mes examens conscieusement.
Ismaël : Mais qu'est-ce qu'ils en pensent, vos parents ?
Arielle : Mes parents sont des gens horribles. Ils habitent en province, je vis à leurs crochets. Ils m'ont louée une petite chambre de bonne. Je suis la prunelle de leurs yeux. Je suis tout leur espoir et je fais tout pour les décevoir.
[Ismaël et Arielle ont continué leur conversation à l'intérieur.]
Arielle : Et vous voulez pas qu'on se tutoie ?
Ismaël : Ben, non, pas trop. J'suis désolé, mais on va commencer par se tutoyer et après, dans un quart d'heure, vous allez me tirer par la bite, du coup, moi, j'vais me sentir obligé, après, on va coucher ensemble, tout ça. J'ai pas la force en ce moment d'avoir une histoire avec une femme. Surtout votre âge.
Arielle : Ben, on se vouvoie, alors ?
Ismaël : Ben, c'est mieux.
[Nora rend visite à Ismaël. Ils sont en train de parler du futur mari de Nora.]
Ismaël : Vous vous entendez bien au lit ?
Nora : On n'est pas trop porté sur la question. De ce côté-là, je suis assez tranquille. Le soir, il fume un peu.
Ismaël : Il fume ?
Nora : Du shit.
Ismaël : Ah.
Nora : Oui, il reste allongé, voilà. Quelquefois, le week-end, il prend un rail d'héro. [Ismaël s'arrête de marcher, choqué.] Des fois, je l'accompagne. Mais on baise, évidemment, quelque fois. Mais ce n'est pas central.
Ismaël : Tu dis "baiser", maintenant ?
Nora : Quoi ?
Ismaël : Ben, "baiser", parfois, t'utilisais jamais ce mot quand t'étais avec moi ! C'est lui qui parle comme ça ?
Nora : Oh, écoute, on n'a plus 14 ans, je trouve tes périphrases puériles.
Ismaël : Puériles ?
Nora : "Dormir", toutes ces conneries. Maintenant, je dis "baiser".
Ismaël : Et alors, quand vous baisez, c'est comment ?
Nora : Il jouit assez vite. Moi aussi, d'ailleurs. C'est très différent d'avec toi, c'est plus simple.
Nora [avant de partir, à Ismaël] : Tu sais très bien que si j'étais restée, tu te serais lassé de moi au bout de 2 ans maximum. J'avais 33 ans, c'est jeune pour un hommme mais moi, je suis déjà une vieille femme.
Arielle : Tous les hommes ont toujours profité de moi parce que je demande rien en échange. J'ai décidé aujourd'hui que c'était terminé.
Ismaël : Ben c'est bien, ça. C'est une bonne résolution.
Arielle : Les suicides, l'anorexie, tout ça, c'est fini. J'vais plus me laisser faire. [Puis] Si vous voulez coucher avec moi, je veux une boîte de médicaments.
Ismaël [qui a peur] : Quoi ?
[Arielle et Ismaël s'apprêtent à rejoindre leur chambre dans l'hôpital.]
Arielle : Qu'est-ce qui va où ?
Ismaël : Mademoiselle, non, je suis désolé mais là, les filles, il faut que je lève un peu le pied.
Arielle : D'accord. [Puis] C'est parce que j'suis trop maigre ?
Ismaël : Quoi ?
Arielle : J'vous intéresse pas sexuellement parce que je suis trop maigre. Les seins, les fesses, vous préférez les grosses ? Normal.
Ismaël : Nan, mais vous êtes très bien.
Arielle : Vous préférez les un peu grosses.
Ismaël : Oui.
Arielle : Bonsoir.
[Ismaël s'apprête à quitter l'hôpital psychiatrique. Il est dans sa chambre en train de la débarasser. Arielle est avec lui.]
Arielle [en chuchotant, derrière lui] : Je saurai vous aimer plus que toutes vos autres femmes.
Ismaël : Vous devriez peut-être vous méfier un peu de moi.
Arielle : Vous, vous êtes pas très compliqué. Vous m'faites pas peur. Moi, tant que je suis pas en faillite, j'trouve que je suis pas encore amoureuse.
Ismaël : Arielle, je suis venu ici te demander pardon. Je t'ai à peine appelé. Je t'ai jamais écrit. Je ne t'ai pas rendu une seule visite à l'hôpital.
Arielle : Mais je ne veux pas que tu me demandes pardon.
Ismaël : Je ne me repens de rien, tu sais. Si je t'ai fait du mal, je suis désolé, c'est ce que j'ai de mieux à t'offrir.
Arielle : Mon amour.
Ismaël : Tu as peur de moi ?
Arielle : Mais de quoi aurais-je peur ?
Ismaël : Comment est-ce possible que tu n'aies pas peur de moi ? Tu es jeune et belle.
Arielle : Et alors, quel mal y a-t-il à ça ?
Ismaël : Ecoute, laisse-moi me mettre à tes genoux !
Arielle : Tu frissonnes.
Ismaël : Oui, je frissonne parce que je m'apprête à t'ouvrir mon coeur. J'ai fait des excès terribles avant de te connaître. Je veux pas entrer dans les détails mais tu pourras appeler mon analyste. Je te donnerai son numéro quand tu seras ma femme. Elle te confirmera que je suis fou. Là, j'ai pas son numéro sur moi et j'ai pas la mémoire des chiffres.
Arielle : Je suis fatiguée, Ismaël.
Ismaël : C'est ridicule, je t'ai même pas amené de cadeaux. Tiens, prends ma montre !
Arielle : Je ne veux pas de ta montre !
Ismaël : Si, prends-la, elle marche très bien, t'en as besoin. Tu vois, y'a des moments, je me sens dans une confiance extraordinaire. La plupart du temps, je sens bien que je suis un vieux taureau misérable et fatigué.
Arielle : Ismaël, tais-toi !
Ismaël : Je veux que tu partages ma vie.
Arielle : Bon, ben, j'vais peut-être leur demander de partir. [Et ils se déshabillent.]
[Ismaël et le fils de Nora, Elias, dans un musée.]
Ismaël : Tu sais, ta mère, elle m'a demandé de t'adopter. Tu es au courant de ça ?
Elias : Oui.
Ismaël : Eh ben, j'ai réfléchi et j'en suis arrivé à la conclusion que c'est pas une bonne idée que je t'adopte. Et je suis venu pour te dire ça. Tu parles pas ?
Elias : Je pense à des idées.
Ismaël : Le passé, c'est que ta maman et moi, on s'aimait tellement que du coup, je t'ai rencontré, toi. T'avais quoi ? 3-4 ans, c'est ça ?
Elias : Je m'en rappelle plus.
Ismaël : Comme c'était du vrai amour, et que t'étais tout petit, c'était normal que du coup je t'adorais, qu'on s'entendent bien. Comme je te l'avais dit une fois, une chose dont je suis très fier dans la vie, c'est de te connaître.
Elias : C'est vrai ?
Ismaël : Oui, c'est vrai. Si nous sommes devenus, toi et moi, une presque une famille.... Tu sais, j'ai pas connu ton père mais je crois que c'était un type super.
Elias : Ah bon ?
Ismaël : Oui, il t'a donné un tas de choses. Ton nom, ton visage. Alors, t'as déjà un père. Bon, il est mort et ça, c'est triste. Mais en même temps, il est mort avant que tu naisses alors c'est pas facile non plus de pleurer pour quelqu'un que t'as pas connu.
Elias : Oui.
Ismaël : Il y a une poésie allemande qui dit... C'est un fils dont la mère était morte : [Un truc en allemand]. Alors ça veut dire que l'âme de ta mère fouette les requins devant toi. Et quand je pense à cette poésie, je pense à toi parce que j'pense que l'âme de ton père te protège contre les requins. Alors j'trouve que ça serait pas bien aujourd'hui que je fasse semblant d'être ton père. Ta mère me disait comme ça que toi et moi, on devrait être amis. Un adulte et un enfant, c'est pas bien qu'ils soient amis. Je sais pas toi, mais moi quand j'étais enfant, j'aimais pas ces adultes qui venaient me draguer, qui venaient chercher une sorte de complicité.
Elias : C'est quoi, une complicité ?
Ismaël : Complicité, c'est faire comme copains, c'est partager des secrets. Quand j'étais petit, je volais dans les magasins, hein.
Elias : Quoi ? Tu volais dans les magasins ?
Ismaël : Oui, j'attaquais les filles à l'école. Ben, je n'aurais pas aimé attaquer les filles ou voler dans les magasins avec un adulte. Alors même être amis, tous les deux, ce serait un autre mensonge. Je veux pas que toi, tu doives décider si tu m'aimes bien ou si tu m'aimes pas. Je m'en fiche parce que c'est moi, l'adulte. Je m'occupais de toi. Des fois, je t'énervais. Ouais mais des fois, tu m'adorais. Moi, l'adulte, maintenant, je te porte dans mon coeur. Mais même si tu deviens le pire des salopards, même si je ne te vois pas pendant 1279 ans. Moi, je suis obligé de penser à toi. Parce que c'est agréable pour moi. Toi, comme t'es un enfant, t'es pas obligé de penser aux adultes ni à moi, sauf si t'en as besoin. Nora, elle se réinstalle une nouvelle vie dans une nouvelle maison alors si on se voit trop, j'vais encombrer. Ta mère m'a dit que tu t'entendais pas trop avec son nouveau fiancé, là, Jean-Jacques ? [Elias lui allume sa cigarette.] Tu fumeras pas, hein, plus tard ?
Elias : Si, je serai comme toi.
Ismaël : Hé, non, non, non, tu seras mieux que moi. Mais mon avis, c'est quand même qu'il m'a l'air très bien, ce type. Et puis, je peux pas remplacer ton grand-père, tu sais.
Elias : Tu sais, Papy, il est mort aussi.
Ismaël : Je sais. Tu vois, le passé, c'est pas ce qui a disparu, c'est au contraire ce qui nous appartient.
Elias : J'ai pas compris.
Ismaël : Ce qui nous appartient, maintennt, c'est les souvenirs qu'on a, tous les deux. C'est bizarre, non ? Parce que ça n'a pas de mot, ce qu'il y a entre toi et moi. Je me suis occupé de toi 7 ans. C'est beaucoup, j'imagine. Mais c'est fini.
Elias : Ohhhh.
Ismaël : J'vais te dire ce qui m'embête. Déjà, t'es un garçon un peu renfermé, ou disons secret. Attention, secret, c'est pas un défaut, c'est une qualité. Moi, quand j'étais enfant, j'arrivais pas à parler alors du coup, j'étais bègue.
Elias : C'est vrai ?
Ismaël : Oui, c'est vrai. Toi, t'es juste un peu réservé. Mais en échange, la vie t'a donné une âme très riche. Comme ça, quand tu te sens solitaire, tu peux te réfugier dans le jardin de tes pensées et discuter avec ton imagination. Je le sais parce que j'ai lu tes poésies en CE2. Et tu as le coeur d'un poète. Mais j'imagine que ça doit pas être toujours très agréable pour toi. C'est bien d'avoir un trésor secret. Mais il faudrait pas que ce trésor, il se transforme en un fardeau. Sinon moi, je me dis que tu es comme enfermé dans tes pensées et ça me fait de la peine et j'ai envie de te libérer. Et je me demande quelle est la peur ou la colère qui t'oblige à t'enfermer. Alors d'une manière différente, je suis assez renfermé aussi.
Et en tant que type renfermé, je me suis dit que je pouvais donner 1 ou 2 bons conseils à Elias pour sa rentrée des classes.
Elias : Ah oui, c'est quoi ?
Ismaël : Alors, la solitude, c'est un gros problème. Y'a pas une seule solution à ce genre de problèmes. Ben tiens, j'ai pensé à d'autres personnages qui sont des renfermés. Y'a Batman, bien sûr auquel tu m'as souvent fait pensé. Même visage sombre, même sens du secret, même peur qui se transforme en un grand courage. Y'a Peter Pan, qui s'amuse avec les enfants perdus. Et y'a le Baron Perché, qui est un homme génial. Lui, le Baron, je l'adore parce qu'il me fait penser à mon arbre à Roubaix, quand j'étais enfant. Tu te souviens de l'arbre ?
Elias : Ah ouais, l'arbre à Roubaix.
Ismaël : Je pourrais t'en citer d'autres des personnes de roman ou de la vraie vie qui sont des renfermés mais la preuve est déjà faite que toi et moi, on n'est pas les deux seuls à être plutôt méfiants. Et j'aimerais bien, en fait, que t'ailles revoir ce médecin, là, avec qui tu t'entendais bien. Parce que c'est pas bon qu'un enfant, il ne parle qu'avec sa Maman. Une Maman, c'est génial pour s'occuper de toi, pour t'aimer, pour que tu l'aimes et tout. Mais c'est pas... Ça peut pas suffir pour grandir. Il faut toujours un adulte en plus pour grandir. Il faut pas être enfermé dans l'amour qu'il y a entre les parents et les enfants. Peut-être que c'est ça qui fait peur à Nora, et pas à toi. Nora doit se dire : "Oh mon dieu, suis-je une assez bonne mère pour Elias ? Vite, allons chez ce docteur." Et toi, tu te dis : "Mais c'est pas moi qui ait envie d'aller chez le docteur, c'est elle." Ce qui est très malin parce que comme ça, tu peux séparer ce que ta mère veut de ce que toi, tu veux. Donc, t'as un peu raison, mais n'empêche... C'est le seul conseil que je peux te donner aujourd'hui. Il faut toujours prévoir que, évidemment, on a raison mais que c'est toujours possible qu'on ait un peu tort, en plus, sans s'en rendre compte. Et avoir un peu tort, c'est une très bonne nouvelle. Ça veut dire déjà qu'on n'a déjà pas toute la solution. Et que la vie va être bien plus étonnante et pleins de surprises que ce que l'on croyait.
Nora : Je regarde Elias et Ismaël s'approcher et je pense que la vie est étrange. J'ai aimé 4 hommes et j'en ai tué 2. Mais cela ne signifie rien, je n'éprouve pas de remords. Les 2 autres hommes marchent vers moi. Je sais qu'ils me survivront et cela suffit à mon bonheur. Le cycle du malheur s'est arrêté.
Nora : Je me souviens de cette poésie qu'Ismaël me récitait quand nous vivions ensemble et que je m'endormais dans ses bras.
"L'eau, c'est la soif qui nous l'apprend.
La Terre, une fois les mers traversées.
L'extase, les agonies souffertes.
La paix, les guerres racontées.
L'amour, c'est un mémorial."
[Extrait d'un poème d'Emily Dickinson]
Je n'ai plus soif, j'ai les 2 pieds sur la terre, maintenant, je suis enfin en paix.