Fiches de films - Répliques
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Les jolies choses
Marie [voix off] : S'en souvenir comme d'hier, décision prise sans préméditation, en discutant avec une copine et m'entendre dire "Moi de toutes façons j'me casse, j'monte à Paris. J'veux plus d'cette vie où jamais demain ne veut dire quelque chose". Une grande phrase à la con parmis tant d'autres.
Mais en raccrochant me rendre compte que j'allais le faire. Pas des paroles en l'air.
Remplir un sac de choses et d'autres sans importance, qu'est-ce qu'on enmène ? La gare, la queue au guichet et un billet de première classe alors que pas une tune... Pour le symbole, pour pas débarquer là-bas come une putain d'crevarde...
Nicolas : Toi c'est pas un mode de vie que tu veux, c'est une vie à la mode !
Nicolas : Et tu crois que c'est si facile de s'faire passer pour quelqu'un d'autre ?
Marie : J'rigolerai dès que quelqu'un ouvrira la bouche, si on m'touche le cul, j'dirais "Oh! Mais ça va pas non !", au moindre sujet abordé j'arrondirai les lèvres et j'dirais "Oh non ça je sais pas, j'connais pas".
Tu vois c'est pas si compliqué d'être conne...
Marie [voix off] : Après des siècles d'interdiction de montrer, femmes sommées d'exhiber qu'elles ont bien tout aux normes, qu'elles se sont qualibrées, voilà mes jambes interminables, glabres et hâlées. Mon ventre plat, nombril percé. Mes seins énormes, fermes et moulés. Mes cils sont longs, mes cheveux brillants. Consternation. Sur un ton de conivence amusé, foison de petits conseils pour être une putain à la page. Et se mellant de tout, que tout rentre dans les cases. Et comment il faut jouir, se teindre jusqu'aux poils pubiens. Et comment on doit être du dedans ou dehors. Ton faussement débonnaire, propagande imbécile pour être comme il faut.
Nicolas : Ton mec il t'as jamais demandé de t'épiler ?
Marie : Non.
Nicolas : Il est allemand ?
Marie : Putain, j'ai parlé trop vite, c'est pas si facile d'avoir l'air d'une conne. Avant quand j'voyais des gonzesses pomponnées j'me disais bien que ça devait pas être très pratique, pi qu'ça devait demander beaucoup d'efforts mais à ce point-là j'aurais pas soupçonné.
Nicolas : Tu crois que tu serais capable de dire une phrase, juste une, sans te sentir obligée d'être vulgaire ?
Marie : Il est sympa ?
Nicolas : A peu près autant que toi...
Marie : J't'emmerde !
Une fan : J'la trouve géniale. Franchement j'écoute ses chansons et euh... comment dire... c'est comme si elle les avait écrites pour moi.
Marie : Le public est bête. Vous êtes bêtes. Si je dis "c'est mortel de sauter par la fenêtre, il faut sauter par la fenêtre", demain t'as bien une centaine de pouffiasses qui vont sauter par la fenêtre.
Une fan : En fait je pense qui si on veut tous lui ressembler c'est parce qu'elle est... elle est trop cool quoi !
Marie : Le subversif, c'est mon fond de commerce... J'vise les gamins idiots prêts a se faire sodomiser l'âme.
Un fan : Pour moi Lucie c'est... c'est la réincarnation de Jim Morisson quoi !
Marie : Ceux qui sont prêts à ingurgiter n'importe quelle marchandise sulfureuse pourvu qu'ils aient l'impression que ça leur donne un p'tit surplus d'identité.
Un type : Moi je ne l'aime pas.
Marie : C'est ça être une star, t'as plus d'influence que la bible et le coran réunis.
Journaliste : Et pourquoi t'utilises pas cette influence pour des choses, disons, plus positives ?
Marie : Parce que ça rapporte pas d'argent.
Journaliste : Alors si c'est pas pour le public qu'est-ce qui te motive à faire ce métier ?
Marie : Le fric. Si les gens sont assez con pour acheter mes disques, y'a aucune raison que j'me prive.
Marie :
Moi j'étais la fille de l'air,
Tu étais la fille de joie
Demoiselle qui savait y faire
Je ne t'aime pas
Je te vomis et j'en suis fière
Toi, la chienne à six pieds sous terre
T'as beau gémir, je ne t'aime pas
Dans le palais des filles de l'air
On refuse toutes les filles comme toi
Les jolies choses, faudra t'y faire
Dans ta tombe, elles n'existent pas
Ces jolies choses des filles sans voix
Quand on y touche on brûle ses doigts
Elles sont sur toi et t'en rêves
Elles sont devant moi et j'en crève
Dis moi est-ce que c'est mieux en bas ?
En bas j'ai retrouvé le père
En bas j'ai retrouvé la mère
On est tous rongés par les vers
Je ne t'aime pas
T'as réussi et t'en es fière
Maintenant t'as l'occasion d'te taire
Tu peux partir
Je ne t'aime pas
Dans les tombeaux des filles de joies
On rigole bien des filles comme toi
Les jolies choses nous on les danse
Et nos jours gris valent bien tes transes
Les jolies choses des filles comme moi
Quand on les touche on brûle ses doigts
Elles sont sur moi et j'en rêves
Elles sont devant toi et t'en crève
Mais toi c'est moi
Mais toi c'est moi
Les jolies choses c'était nous deux
Tous qu'on a fait c'était pour eux
Alors les monstres qu'on les crève
Sous la merde y'avait nos rêves
Je mettrai de l'or dans nos yeux
Pour qu'on n'est plus jamais peur d'eux
Leurs jolies choses c'est la mort
Nous on va rester en dehors
Maintenant Lucie dort
Maintenant Lucie dort
Nicolas : Tout ça c'est du vent et toi t'es rien que du vent !
Marie [voix off] : Fin du voyage. C'est toujours au même truc que j'repense quand j'ai besoin d'un bon souvenir. J'ai beau chercher, mais d'aussi loin que je me souvienne, c'est le seul truc qui vaille la peine dont je me rappelle. Comme une espèce d'image d'Epinal rassurante et mensongère. Comme dans un joli conte de Noël. S'imaginer que toute la vie peut se passer comme ça. Avec entre pleins de moments de bonheur quelques moments difficiles à passer. Mensonge héroïque des gens qui ne baissent jamais les bras...