Fiches de films - Répliques
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Les Barbouzes
Voix off : Dans la nuit du 13 au 14 septembre 1964, le monde vivait en paix. Mais qui, au cours de cette nuit appuya le premier sur la gâchette ? Qui recassa le vase de Soisson ? Bref, qui donna le premier coup de pied au cul ?
Texte défilant : Nous allons ouvrir pour vous les dossiers les plus secrets de l'histoire contemporaine. Les événements et les personnages de ce film sont tellement criants de vérité qu'il serait superflu d'en garantir l'authenticité. Mais ce témoignage est aussi une ode à la gloire de ceux dont on ne soulignera jamais assez le rôle joué dans l'épanouissement du respect de la personne humaine, de la liberté de pensée et du progrès social : " LES BARBOUZES" ... vulgairement appelés agents de renseignements.
Voix off : La disparition de Benar Shah, magna de l'armement, venait d'éclater comme une bombe. Les services secrets des puissances intéressées lancèrent ensemble à sa recherche leurs agents les plus perspicaces et les plus dynamiques, fascinantes synthèses du cerveau et du muscle.
Voix off : Voici donc Francis Lagneau, dit "Petit marquis", dit "Chérubin", dit "Talon rouge", dit "Falbala", dit "belle manière". Il est également connu dans certains milieux sous le sobriquet de "Requiem", dit "Bazooka", dit "la praline", dit "belle châtaigne". C'est curieux comme les gens sont méchants...
Voix off : Citoyen de Genève, représentant des banques et dépositaire de la pensée neutraliste, voici Eusebio Cafarelli, dit "Le chanoine", entomologiste et esprit distingué. Son mysticisme à la fois très hostile au rationalisme de St Thomas et à l'orthodoxie mécanique de la scolastique, le pousse parfois à des actions brutales que sa conscience réprouve. Mais, le meilleur des hommes ne saurait être parfait...
Voix off : Comme les indicateurs n'existent pas, et ne sont pas reconnus par la sécurité sociale, c'est grâce à son instinct légendaire que le SR français apprit que son excellence Benar Shah venait de réserver une suite dans un grand hôtel d'Istanbul.
Employé de l'hôtel : Un chinois vient de tomber de la terrasse, il est mort !
Portier de l'hôtel : Un client part, un autre arrive...
Secrétaire : Mon colonel ? Le petit 'Shah' est mort...
Le Colonel : Oh ! Le salaud !
Le Colonel : Son excellence Benar Shah, grand ami de la France, est mort il y a une heure dans les bras de son admirable épouse dans l'ancien château des Ohen Zolern près de Munich. Une mort aussi édifiante que le fût sa vie.
Francis : Et à part ça ?
Le Colonel : Quoi à part ça ?
Francis : Oui, ben maintenant que vous m'avez donné la version pour France-Dimanche et la presse du curé, vous pourriez peut-être me donner la vraie non ?
Le Colonel : Ah mais la voici, assez contrariante. Madame Pauline n'est pas la femme de Benar Shah et son buique de la rue de Chazel n'a rien à voir avec le château fort du défunt.
Mme Pauline : Ah, Monsieur Lagneau, vous n'avez pas connu les soirées du temps de son excellence !
Francis : Croyez bien que je le regrette !
Mme Pauline : C'était pas du tout ce que vous pensez !
Francis : Enfin écoutez Mme Pauline, faut tout de même voir les choses en face ! La chambre des glaces, le boudoir chinois, les fillettes au salon... dans ma jeunesse ça s'appelait un bordel...
Mme Pauline : Oh bien sûr, si vous jouez sur les mots ! On leur fait dire c'qu'on veut, aux mots ! Pour M. Benar Shah, ma maison c'était plutôt un décor, une façon de croire qu'on a pas vieilli, qu'on reste fixé dans une époque... Y pensait pas tellement galipettes, mais plutôt... tradition !
Rudolph : Jusqu'ici j'ai toujours travaillé dans le privé, mais vous savez, j'aurais rien contre une administration, une grand administration. Vous connaissez mes références...
Francis : Oh ! oui, elle sont aux archives et je dirais même qu'elles encombrent.
Transporteur : Dans deux ans... Au revoir M'sieurs-Dames... j'serai à l'échelon sept, les mômes sont élevés, j'ai ma cabane en Dordogne, la retraite faut la prendre jeune.
Rudolph : Faut surtout la prendre vivant. C'est pas dans les moyens de tout le monde.
Le Colonel : A mon plus vif regret, je crois qu'il faut que je vous mette un peu dans le coup...
Francis : Oh vous êtes trop bon...
Serveuse : Monsieur déjeune ?
Francis : Ben il en est question, oui ! Qu'est-ce-que vous avez ?
Serveuse : Aujourd'hui nous avons le plat de côtes, ou les paupiettes, ou le civet de lapin.
Francis : Ah, ben vous allez me mettre des paupiettes en ouverture, et un plat de côtes, hein... Non, non, attendez, mettez-moi d'abord un civet, au lieu des paupiettes, hein, et puis...mon plat de côtes après quoi...et puis, glissez-moi une p'tite paupiette avec, quoi, hein ?
Le Colonel : Vous prendrez bien un p'tit dessert ?
Francis : Ah ouais... Vous avez des tartelettes ?
Serveuse : Oui...
Francis : Et ben, tout de suite après le fromage, j'y goûterais bien volontiers... Puis alors après, une p'tite bricole, c'que vous avez, quoi, une 'tite crème renversée ou une 'tite glace...
Serveuse : Oui...
Francis : Hum... Allez mon petit allez...
Le Colonel : Pendant le temps de discussion, aucun concurrent ne doit aborder vous entendez ? Aucun !
Francis : Sinon ?
Le Colonel : Sinon, vous sautez !
[Francis se met à rire]
Le Colonel : Pourquoi ce rire bête ?
Francis : Parce que si j'ai bien compris, c'coup-là, si j'saute, vous serez 600 millions à sauter avec moi !
Le Colonel : Vous êtes vraiment la brute !
Francis : Excusez-moi, mon Colonel, mais, vous savez, une brute, ça rit d'un rien hein, un missile qui passe, un champignon qui monte dans le ciel, le temple d'Angkor qui passe au-dessus de Billancourt... J'me marre de tout, j'ai des goûts simples !
Le Colonel : C'est fini, oui !
Francis : Oui oui, oui oui, mon colonel, mais oui mais oui...
Voix off : Dans ce monde violent, âpre et sanguinaire, un rayon de lumière troue parfois les ténèbres. Ainsi, tel celui de l'ange de Reims, le doux visage d'Amaranthe Benar Shah, veuve inconsolable de son excellence.
Amaranthe : C'est le sort des familles désunies de se rencontrer uniquement aux enterrements.
Boris : Oooh, petite soeur, mon coeur saigne, Boris est complètement détruit, abimé de sanglots, aaahhh...
[il embrasse Rosalinde]
Francis : Ah, le con...
Boris : Pitié, laisse-moi te regarder, tu es splendidement occidentale... Boris, lui, hurle de douleur, toi tu souffres en-dedans... Ah !
Rosalinde : Je crois, Monsieur, que la douleur vous égare... C'est Madame qui souffre en-dedans...
Boris : Ahhh...Le désespoir, la foliiiie... Anouchka petite soeur dans mes bras... J'ai couru, épouvanté, Transsibérien, Tupolev, je pousse dans l'avion des cris terribles... Aooouuhh... !
Amaranthe : Mais enfin Monsieur, qui êtes-vous ?
Boris : Tu...Mais...Boris ! Voyons ! Le presque frère... Ce pauvre cher Constantin a têté le lait de ma mère à Odessa... Ah... Odessa... Je nous vois encore, nos jeux, nos chants... Laï-laï-laï ! Wouh ! Laï-laï-laï-laï-la-la-la-laï ! Wouh ! Aaah... L'odeur du goudron sur les quais d'Odessa, le vent du large dans les cheveux de ce pauvre cher Constantin...
Amaranthe : Mais je croyais qu'il était né à Téhéran ?
Boris : Et alors, hum ? On chante aussi bien à Téhéran qu'à Odessa, non ?
Francis : Oui, mais le vent du large souffle un peu moins fort, c'est à deux cents bornes de la mer.
Boris : Hum ! Notion bourgeoise des distances ! Anouchka, petite épouse de mon frère, Boris va te donner le baiser de paix.
Eusebio : La coexistence ne peut en effet se concevoir qu'entre gens du même monde.
Francis : Elle peut également ne pas se concevoir du tout.
Eusebio : Je crois qu'il serait temps, messieurs, de tenir le langage du bon sens.
[Personne ne répond]
Eusebio : Il faut bien admettre, en effet cette nuit, que certains petits excès, ont été commis.
Boris : Etourderies, enfantillages, plaisanteries.
Francis : Plaisanterie qui sans être méchante, a failli tuer 4 personnes, faut bien le reconnaître.
Hans : J'ai été personnellement victime d'une ignoble tentative d'assassinat.
Eusebio : Il conviendrait de l'oublier pour un temps, cher Müller.
Hans : Je n'attaque pas le principe, mais le procédé.
Eusebio : Oui, les parents ont croqué les raisins verts et les dents des enfants ont été agacés. La violence engendre la violence.
Francis : C'est ça et qui sème le vent récole la tempête, etc. Et tout ça pour en venir à quoi ?
Eusebio : A ceci : la maison est confortable, la table excellente, notre hôtesse délicieuse, pourquoi n'obtempérer provisoirement certains réflexes. Pourquoi ne pas poursuivre cette idée de, de trêve, évoquée un peu sommairement hier soir et qui rendrait ce séjour harmonieux.
Boris : Et le jour venu, qui va avertir Boris qu'elle est rompue la trêve ?
Francis : Mais monsieur l'abbé lui même. En te filant une grenade dans la tronche.
Hans : Ou en glissant un scorpion dans mon lit.
Eusebio : Oh n'exagérons pas, on en réchappe.
Hans : Pas toujours...
Eusebio : M'accuserait-on?
Francis : Mais non, qu'allez vous chercher là. N'empêche que dans certaines de nos écoles, le coup du scorpion est désigné aux futurs agents sous le nom du coup du chanoine.
Eusebio : Et le coup du dynamitage du Boeing avec 114 activistes Biloujistanais... est-ce qu'il porte un nom ?
Francis : Jamais entendu parler de ça.
Eusebio : Et la liquidation du réseau Koenigsmark ? 40 personnes dans du mazout en flamme : c'est rien, mais enfin, faut l'faire... Vous m'répondrez que sur ces 40 personnes...
Boris : Je ne vous répondrai rien du tout. Je ne vous parle plus.
Le Colonel : Francis, il nous faut absolument ces brevets. Absolument vous entendez ?
Francis : O'Brien attaque en dollars, je peux proposer combien ?
Le Colonel : Rien du tout.
Francis : C'est généreux la France...
Le Colonel : Nous n'avons pas de crédits, mais nous avons le charme. Les ordres sont les suivants : on courtise, on séduit, on enlève et en cas d'urgence... on épouse !
Amaranthe : Il ne fallait pas, docteur, ces roses sont une folie, le jardin en regorge...
Hans : Oh, pas les mêmes, petite fée, celles-ci sont en vénélite compressée, inaltérables à l'eau de mer, antimagnétiques, fluorescentes et ininflammables...
Rudolph : Devinez ce que je viens de trouver dans un placard à balais ?
Francis : Une femme de ménage...
Rudolph : Quoi ? C'est logique ?
Francis : Ben oui, à partir du moment où le valet de chambre est dans le piano, oui.
Francis : Voilà, je ne m'appelle pas Ludovic et je ne suis pas votre cousin.
Amaranthe : ...
Francis : Ben ça a pas l'air de vous étonner ?
Amaranthe : Vous savez, quand un monsieur inconnu ramène chez vous votre mari mort, dynamite la salle de bains et jette les visiteurs par la fenêtre, on prend l'habitude de ne plus s'étonner de grand-chose...
Amaranthe : Vous avez l'air soucieux.
Francis : Y'a de quoi, oui...Y faut dire qu'ça fait jamais plaisir...
Amaranthe : Qu'est ce que je vous ai fait ?
Francis : Mais vous rien, mais c'est tous ces autres là... Le ricain, les Chinois, toutes ces fatalités... Vous allez finir par me prendre pour un brutal !
Amaranthe : Oh !
Francis : Mais si, mais si !
Amaranthe : Pourquoi dites-vous ça ?
Francis : Mais parce que j'connais la vie, Amaranthe, on juge facilement les gens sur les apparences, voilà... Tenez, si je vous disais déjà qu'à treize ans, j'me suis fait virer du lycée Jeanson-de-Sailly pour un malheureux coup de poing dans la gueule. J'défendais un p'tit et quand y...
Amaranthe : Teu-teu-teu... Francis...
Francis : Ah parce que j'ai p'tête jamais pris de coup de poing dans la gueule ?
Amaranthe : Si... Sûrement même... Mais pas à Jeanson-de-Sailly. Francis, qui êtes-vous, au juste?
Eusebio [écoutant via un micro] : Un fumier et une ordure...
Boris [écoutant aux côtés d'Eusebio] : Un cafard abject, un sycophante glaireux !
Boris : Cher Hans, pourquoi vous transpirez ainsi ?
Hans : Parce que je pense ! Je m'interroge... Osera-t-il descendre ?
Eusebio : Qui ? Sardanapale ? Moi j'l'vois plutôt hébété, vautré sur sa litière, ensuqué par le stupre... Oh il n'fera surface qu'avec le coucher du soleil, façon oiseau de nuit.
Boris : Je ne comprends pas la petite colombe ! Pourtant j'étais là...
Eusebio : Dites-moi Rudolf, et les croissants ?
Rudolf : Pour avoir des croissants, faut aller au village ! Mais j'ai plus personne !
Hans : Les domestiques... Couic ! ? Tous ?
Eusebio : Les pauvres gens...
Francis : Bonjour messieurs.
Hans : Tiens, notre vénérable confrère !
Boris : C'est dans le simple appareil d'une beauté qu'on vient d'arracher au sommeil.
Eusebio : Rassurez-nous vite, mon cher Francis... J'espère que notre charmante hôtesse n'a pas été trop perturbée par les évènements de cette nuit, je m'permets cette question parce que je pense que vous l'avez vue euh... après nous ?
Hans : Que dit-elle de tout ça ?
Francis : Elle dit : Caltez volailles... Oui, figurez-vous que Mme Benar Shah en a assez de vos singeries, et puis elle vous trouve un peu trop bruyants pour les voisins et très, très mal élevés... Et à partir de maintenant, on veut du style et d'la tenue !
Hans : Traduction ?
Francis : Vous avez une demi-heure pour faire vos valises et pour prendre congé. Voilà ! Messieurs...
[il sort]
Boris : Qu'est ce qu'on fait ? On le tue tout de suite ou on boit café d'abord ?
Eusebio : On réfléchit.
Hans : J'ai la tête vide. Moi la trahison, ça me démolit !
Eusebio : Une question de formation...Moi, ça m'inspire...
Boris : Et maintenant, le monstre, comment on le supprime ?
Eusebio : Ben je suggère un truc de bonne femme, euh, genre, euh, tisane, vous savez, la mauvaise santé par les plantes...
Boris : Oooh, c'est un peu triste, non j'aimerais mieux quelque chose de plus enlevé, de plus allègre, quelque chose de... dans le genre de ça !
[il prend une petite fiole contenant un liquide fumant]
Hans : Qu'est ce que c'est ?
Boris : Ca ? Un dérivé lent de la nitroglycérine... Cinq-six gouttes dans le potage et le patient explose ! De l'intérieur !
Eusebio : Ecoutez Boris, mon vieux, cessez de jouer avec vos p'tits produits, sinon un jour vous nous ferez péter la gueule ! Hein ?
Boris : Oooh... Si vous préférez le bricolage...
Amaranthe : Quarante !
Francis : Hm ?
Amaranthe : Un autre barbu... C'est p't'être un congrès... Qu'est-ce qui t'arrive ?
[Francis sort son arme]
Francis : Un barbu, c'est un barbu... Trois barbus, c'est des barbouzes !
Francis : Bon, vous vous restez là. Alors, si n'importe qui vous d'mande l'heure, du feu ou l'chemin d'la mer...
Les deux adjoints de Francis : On flingue !
Francis : Vooooilà !






