Fiches de films - Répliques
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Les affranchis
Henry [narration] : Pour moi, être gangster c'était mieux qu'être Président des Etats-Unis.
Henry [narration] : Paulie c'était pas le genre à se bouger vite... mais c'était uniquement parce que Paulie n'avait pas besoin de bouger le petit doigt.
Henry [narration] : Mon père avait toujours un pet de travers. Il l'avait mauvaise d'être payé des clopinettes, il l'avait mauvaise que mon p'tit frère Michaël soit dans une chaise roulante, il l'avait mauvaise qu'on vive à sept dans une si p'tite maison. Mais au bout d'un moment il l'a surtout eu mauvaise de me voir trainer du côté du dépôt, il savait c'qui s'y passait alors une fois de temps en temps fallait qu'j'prenne une trempe.
Mais ça me faisait déjà plus rien, comme je voyais les choses, tout le monde s'en ramasse une un jour ou l'autre.
Henry [narration] : Pour un type qui brassait des affaires toute la journée, si Paulie parlait à six personnes c'était tout. Quand y avait une tuile avec les syndicats ou du pétard à la loterie clandestine, y avait que les gros bonnets qui pouvaient voir Paulie pour discuter avec lui. Ca se passait seul à seul. Paulie aimait pas les conférences. Il voulait qu'personne entende ce qu'il disait et qu'personne n'écoute ce qu'on lui répondait. Des centaines de gars dépendaient de Paulie. Et lui touchait sa part sur tous leurs bénefs. C'était le tribut comme au pays sauf qu'il faisait ça ici, en Amérique. C'que Paulie leur donnait en échange, c'était sa protection contre d'autres types qui cherchaient à les tondre. C'est ça le fond de l'histoire. C'est c'que le F.B.I. a jamais pu comprendre. C'que fait Paulie et c'que fait l'organisation c'est d'assurer une protection à des gens qui peuvent pas s'adresser aux flics. C'est ça le truc. C'est rien de plus que ça. Ils sont comme qui dirait la police des affranchis.
Henry [narration] : C'était une époque bénie... Y avait des affranchis dans tous les coins. C'était avant Apalachino et avant que Joe le fou ne se mette à son compte et déclenche la guerre. C'est là que j'ai découvert le monde. Et qu'j'ai fait connaissance avec Jimmy Conway. Il devait pas avoir plus de 28-29 ans à l'époque, mais c'était déjà une légende. Il avait qu'à pousser la porte d'un établissement et tout le personnel s'excitait comme des puces. Il filait un billet de 100 au portier parce qu'il lui ouvrait la porte, il en fourrait dans la poche des serveurs de cartes et des mecs qui tenaient les tables de jeu. Le barman se retrouvait avec 100 $ dans la poche parce que ses glaçons étaient froids...
Henry [narration] : Et quand les flics ont affecté tout un régiment pour piéger Jimmy, qu'est-ce qu'il a fait ? Il les a pris comme associés.
[Henry s'est fait arrêter et vient de passer devant le juge]
Jimmy [en lui glissant un billet dans la poche] : Félicitations. Voilà ton cadeau de fin d'étude.
Henry : Un cadeau ? Mais j'me suis fait pincer...
Jimmy : Ça arrive à tout le monde, mais t'as été parfait, t'as rien bavé et ils savent rien !
Henry : J'croyais que tu serais furax...
Jimmy : Moi mais j'suis pas furax ! J'suis fier de toi ! T'as fait ton baptême de taule comme un chef et t'as appris deux choses essentielles dans la vie.
Henry : Quoi ?
Jimmy : Regarde moi... Jamais balancer les copains, et toujours la mettre en veilleuse !
Henry [narration] : Pour nous ceux qui vivaient autrement ils étaient fêlés. Tout ces p'tits saints qui se tapaient un boulot de merde pour un salaire de clodo, qui se farcissaient le métro tous les jours pour aller bosser et qui s'angoissaient pour leurs fins de mois c'étaient des zéros, des poires, ils avaient rien dans le froc. Si on voulait quelque chose, on s'servait. Si quelqu'un se plaignait deux fois il morflait tellement qu'croyez-moi ça lui passait l'envie de recommencer. C'était la routine tout ça, on n'y pensait même plus.
Paulie : J'vais faire quoi moi ? Tony c'est un méchant, c'est de la mauvaise graine, qu'est-ce que tu veux que je fasse ? Que je le bute ?
Proprio : Eh! Eh! Ça serait pas une mauvaise idée.
Karen : Je peux vous demander ce que vous faites ?
Henry : Comment ?
Karen : Comme profession, qu'est-ce que vous faites ?
Henry : J'chuis dans le bâtiment.
Karen [prenant les mains d'Henry] : Elles n'ont pas l'air de manier souvent la truelle.
Henry : J'chuis représentant syndical.
Henry [narration] : Pour la plupart des mecs, tuer finissait par devenir une chose admise. Le meurtre c'était le seul moyen que tout le monde marche droit. Tu marchais pas droit, tu te faisais repasser, tout le monde connaissait la musique. Mais des fois, même les gens qui s'tenaient à carreaux s'faisaient repasser. Pour certains mecs buter les gens c'était devenu une habitude. Deux mecs s'engueulaient pour une connerie et avant que t'aies pu faire ouf y en avait un de mort. Ils se tiraient tout le temps les uns sur les autres. Descendre quelqu'un c'était une chose normale, on en faisait pas une histoire.
Henry : Il est mort.
Tommy : Qu'est-ce tu croyais j'allais pas le rater, ça me connait les flingues !
Henry [narration] : Le plus dur pour moi ça a été de plus vivre la grande vie. J'adore encore la vie qu'on avait, on nous traitait comme des stars de cinéma mais des durs, on avait tout, il suffisait de demander, nos mères, nos femmes, nos enfants, tout le monde était de la fête. J'avais des sacs en papier remplis de bijoux dans le buffet de la cuisine, un sucrier plein de coke à côté du lit. Tout ce que je voulais, j'avais qu'à décrocher le téléphone et je l'avais : des voitures gratuites, les clés d'une douzaine de planques un peu partout en ville. Je jouais 20, 30 milles dollars en un weekend, après je claquais tous les gains dans la semaine, ou alors j'empruntais aux requins pour rembourser les books.
Henry [au spectateur] : C'était pas grave, ça changeait pas grand chose, quand j'avais plus un sous, je retournais en voler pour me renflouer. On avait tout à notre botte. On graissait la patte aux flics, on graissait la patte aux avocats, on graissait la patte aux juges, toute le monde venait faire la quête. Tout était à celui qui le prenait. Et tout ça maintenant c'est fini.





