Fiches de films - Répliques
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Un singe en hiver
Albert : Matelot Esnault Lucien, veuillez armer la jonque, on appareille dans cinq minutes.
Lucien : C'est parti !
[Lucien va chercher une maquette d'une jonque et la pose sur le bar.]
Albert : Ah!
[Ils commencent à verser de l'eau sur le bar autour de la jonque.]

Georgina : Albert, je vous en prie, vous n'allez pas encore tout me saloper comme l'autre fois!
Albert : Madame, le droit de navigation sur le Yangtse Kiang nous est formellement reconnu par la convention du 3 août 1885. Contesteriez-vous la chose ?
Georgina : Je ne conteste rien. Je vous demande simplement de ne pas tout m'casser comme l'autre jour.
Albert : Oh... mais pardon ! L'autre jour, les hommes de Chung Yang Tsen ont voulu jouer aux cons. Heureusement que j'ai brisé la révolte dans l'oeuf, sans barbarie inutile, d'ailleurs. On n'a coupé qu'les mauvaises têtes, le matelot Esnault peut témoigner.
Lucien : Sur l'honneur.
Albert : Bon. Nous allons donc poursuivre notre mission civilisatrice. Et d'abord, j'vais vous donner les dernières instructions de l'Amiral Guépratte, rectifiées par le Quartier-Maître Quentin ici présent. Voilà : l'intention de l'Amiral serait que nous percions un canal souterrain qui relierait le Huang Ho au Yangtse Kiang.
Lucien : Le YangTse Kiang... bon.
Albert : Je ne vous apprendrai rien en vous rappelant que Huang Ho veut dire fleuve jaune et Yangtse Kiang fleuve bleu. Je ne sais si vous vous rendez compte de l'aspect grandiose du mélange : un fleuve vert! Vert comme les forêts, comme l'espérance. Matelot Esnault, nous allons repeindre l'Asie, lui donner une couleur tendre. Nous allons installer le printemps dans ce pays de merde !
Albert : Attention aux roches. Et surtout attention aux mirages. Le Yantse Kiang n'est pas un fleuve, c'est une avenue. Une avenue de 5000 km, qui dégringole du Tibet pour finir dans la mer jaune. Avec des jonques et pi des sampangs de chaque côté. Et pi au milieu y a des tourbillons d'îles flottantes avec des orchidées hautes comme les arbres. Le Yantse Kiang camarade c'est des millions de mètres cubes d'or et de fleurs qui descendent vers Nankin. Pi avec tout le long des villes ponton où on peut tout acheter : l'alcool de riz, les religions et pi les garces et l'opium. Je peux vous affirmer tenancière qu'le fusillier marin a été longtemps l'élément décoratif des maisons de thé. En ce temps-là on savait rire. Elle s'était mise sur la paille pour un maquereau roux et rose. C'était un juif, il sentait l'ail, et l'avait, venant de Formose, tirée d'un bordel de Shangai.
Georgina : Oh c'est beau...
Albert : C'est pas de moi. C'est des vapes comme ça qui m'reviennent quand je descends le fleuve.
Lucien : J'croyais qu'c'était une avenue...
Albert : On sait pas. C'est p'tet un rêve qui s'jette dans la mer.
Albert : Qu'est-c'tu fous avec ta cravate?
Lucien : J'veux pas mourir débraillé.
Albert : Ouais, ben tu feras ta toilette de mort plus tard allez magne-toi!
Suzanne : Ce matin chez le boucher on me disait que les Allemands allaient tout faire sauter avant de partir.
Albert : Mais c'est leur droit! Moi je dis qu'un soldat en fuite à droit à certaines compensations récréatives.
Suzanne : Si tu buvais moins tu aurais peur comme tout le monde.
Albert : Oui, ben si je buvais moins, je serais un autre homme et j'y tiens pas.
Albert : Ecoute-moi bien ma Suzanne, ce que je vais te dire, c'est sérieux et pi c'est même grave : si on s'en sort hein, si la maison tient debout et pi si un jour je peux rallumer l'enseigne qu'est au dessus de la porte eh ben je te jure de ne plus toucher à un verre. Jamais. Tiens, regarde : c'est p'tet le dernier.
Albert : Vous avez besoin de quelque chose ?
Gabriel : Qu'est-ce qu'on peut boire à cette heure-ci ?
Albert : Oh ben Vittel, Evian, Perrier.
Gabriel : Oh tout comptes faits j'ai pas soif.
Suzanne : Qui est-ce?
Albert : Un client.
Suzanne : J'm'en doute. Il t'a rien dit?
Albert : Ben qu'est-ce que tu voulais qu'il me dise ? Il m'a demandé une chambre. Je lui ai donné le 8.
Suzanne : Avoue que c'est quand même une drôle d'heure pour arriver, surtout de ce temps-là.
Albert : Les voyageurs c'est fait pour voyager. Et le temps n'a rien à voir là-dedans.
Suzanne : Ecoutes !
Albert : Quoi ?
Suzanne : On entend quelqu'un marcher dans le couloir. Tu vas tout de même pas me dire que tu trouves ça naturel ?
Albert : Qu'est-ce qu'y a de surnaturel à chercher les waters ?
Lucien : Avec lui si vous avez pas soif, vous serez tout de suite servi.
Lucien : J'dis pas qu'il a pas toujours été fou mais avant il communiquait. C'est d'puis qu'il a arrêté de boire qu'il a muté sournois.
Suzanne : Qu'est-ce qu'il peut bien faire là-bas ?
Albert : Chercher ce qu'on ne trouve plus chez nous.
Gabriel : Qu'est-ce qui vous intéresse ? Le matador, le taureau ou l'Espagne ?
Albert : Le voyage. Vot' façon de voyager.
Gabriel : Ah ! Ca, c'est un secret.
Albert : Ohlala ! Le véhicule j'le connais, j'l'ai d'jà pris. Et c'était pas un train de banlieue vous pouvez me croire.
Albert : Monsieur Fouquet quand on a les rêves que vous avez dans la tête on ne se tourmente pas pour un train raté.
Lucien : Toi aussi j'te retiens, j'te remercie pour la soirée d'hier.
Albert : Quelle soirée ?
Lucien : Oh ! Fait pas celui qui comprend pas. Ton client, là, ton Espagnol ! Douze verres cassés, ça te dit rien ?
Albert : Dis donc toi, primo : toi ça fait 15 ans que je t'interdis de me parler, deuxio : si tu voulais pas qu'il boive, t'avais qu'à pas le servir.
Lucien : Excuse-moi, mais nous autres on est encore de capables de tenir le litre sans se prendre pour Dieu le Père.
Albert : Mais c'est bien c'que j'vous reproche. Vous avez le vin p'tit et la cuite mesquine. Dans le fond, vous méritez pas d'boire. Tu t'demandes pourquoi il picole l'Espagnol ? C'est pour essayer d'oublier les pignoufs comme vous.
Lucien : Décidemment on peut plus causer de rien avec toi.
Albert : T'es trôp con.
Gabriel : Qu'est-ce qu'on raconte dans la maison ?
Serveuse : A propos de quoi ?
Gabriel : D'hier soir.
Serveuse : Oh ! M'sieur Quentin il parle jamais de ces choses là. Pour lui hier c'est hier…
Gabriel : Et aujourd'hui c'est aujourd'hui. Votre patron personnifie le bon sens.
Gabriel : Le principal c'est que j'vous ai pas contrarié.
Albert : Oh ! Rassurez-vous. Pour me contrarier, faut s'lever de bonne heure ou se coucher beaucoup plus tard.
Albert : Une habitude c'est une façon de mourir sur place.
Albert : Pourquoi buvez-vous ?
Gabriel : La question m'a déjà été posée monsieur le proviseur.
Albert : Probablement par des gens qui vous aiment bien.
Gabriel : Probablement. Claire me la posait trois fois par semaine, elle devait m'adorer.
Albert : Ecoute ma bonne Suzanne, tu es une épouse modèle.
Suzanne : Oh...
Albert : Mais si t'as que des qualités, et physiquement t'es restée comme je pouvais l'espérer. C'est le bonheur rangé dans une armoire. Et tu vois, même si c'était à refaire, ben, j'crois que j't'épouserais de nouveau. Mais tu m'emmerdes.
Suzanne : Albert...
Albert : Tu m'emmerdes gentiment, affectueusement, avec amour... mais tu m'emmerdes !
Albert : Dis-toi bien que si quelque chose devait me manquer, ce serait plus le vin, ce serait l'ivresse.
Albert : Tiens Suzanne, débarrasse-moi ça.
Suzanne : Mais c'est le p'tit déjeuner de Monsieur Fouquet.
Albert : Oui ben à c't'heure là une aspirine lui suffira.
Gabriel : Dites donc...
Albert : Quoi ?
Gabriel : Qu'est-ce que c'est que votre endroit ?
Albert : Eh ben les gourmets disent que c'est une maison de passe et les vicelards un restaurant chinois.
Gabriel : A votre avis, pour c'qu'on veut en faire, vaudrait mieux que ce soit canaille ou chinois ?
Albert : Qu'ça soit fermé.
Gabriel : Madame, j'ai été charmé. Positivement charmé.
Gabriel : Monsieur Esnault, si la connerie n'est pas remboursée par les assurances sociales, vous finirez sur la paille.







