Fiches de films - Répliques
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Will Hunting
[Dans le bar de Harvard, un étudiant essaie d'impressionner une fille en embarrassant Chuckie. Will vient prendre sa défense.]
L'étudiant : J'espérais que tu serais peut-être en mesure de me donner une idée de l’évolution de l’économie de marché dans les colonies du Sud. Moi, je soutiens que préalablement à la guerre révolutionnaire, les modalités économiques, en particulier dans les colonies du Sud, pouvaient être définies avec justesse par les termes de précapitaliste...
Will : Une minute, j'aimerais dire un truc : c'est normal que tu soutiennes ça, t'es un étudiant de première année et tu viens de finir le livre d’un petit historien de marxiste, Pitt Garrison probablement et tu resteras convaincu jusqu'à ce que dans un mois tu lises James lemon et là, tu soutiendras que l’économie en Virginie et en Pennsylvanie était animée d'un esprit entreprise tout à fait capitaliste, déjà en 1740 et ça durera jusqu'à c'que l'an prochain, tu régurgites Gordon Wood et ses opinions sur la pré-révolution et son utopie et les effets bénéfiques au capital de toute mobilisation.
L'étudiant : Je n'pense pas que j'le ferais parce que Wood a tendance à sous-estimer l’impact...
Will : Wood a tendance à sous-estimer l’impact des distinctions sociales fondées sur la fortune, en particulier la fortune héritée. Tu as lu ça dans Vickers ? "Travail dans le comté des sexes", page 98.
Ouais, j'l'ai lu aussi, t'allais nous régurgiter tous les bouquins. Tu n'as pas une idée personnelle sur le sujet ? ... Alors c’est ça ton truc, tu arrives dans ce bar, tu débites d’obscurs passages de quelques bouquins et tu prétends que ce sont tes idées à toi ? Et tu fais tout ça juste pour impressionner une fille et embarrasser mon ami ?! Ce qui est triste pour un type comme toi, c’est qu’à 50 ans tu vas commencer à penser par toi-même et tu vas découvrir le fait qu’il y a deux certitudes dans ta vie : primo, t’es pas fait pour penser ! Et deuxio, tu as paumé 150 000 dollars pour un enseignement que tu aurais trouver pour 1 dollar 50 d’amende de retard à la bibliothèque municipale...
Will : Vous avez peint ça ?
Sean : Oui. Tu peins ?
Will : Non.
Sean : Tu sculptes ?
Will : Non.
Sean : Tu aimes l'art ?
Will : Non.
Sean : Tu aimes la musique ?
Will : C'est une merde, votre truc.
Sean : Ah ? Et si tu me disais vraiment ce que tu en penses ?
Will : Le cocktail du linéaire et de l'impressionnisme, et ben, ça fait une composition assez fouillie. C'est un plagiat de Winslow Homer, en plus. Sauf que vous avez un blanc qui rame dans votre bateau.
Sean : Tu sais, même Monet n'était pas toujours en forme.
Will : C'est pas vraiment ce qui m'intéresse.
Sean : Qu'est-ce qui t'intéresse ?
Will : C'est les coloris.
Sean : Tu veux que je te fasse vraiment chier ? C'est de la peinture au numéro.
Will : C'est des couleurs au numéro parce que c'est des couleurs fascinantes, justement.
Sean : Ah ? Tu trouves ? Explique-moi ça.
Will : Je pense que vous allez pas tarder à vous couper votre putain d'oreille, vous.
Sean : C'est vrai ?
Will : Ah ! Oui.
Sean : Bon, je vais peut-être aller vivre dans le sud de la France et me rebaptiser Vincent.
Will : Vous connaissez le dicton "Nécessité n'a pas de loi" ?
Sean : Oui.
Will : Ça s'applique peut-être à vous.
Sean : Comment ça ?
Will : Ben, mettons que vous êtes surpris en pleine mer par une grosse tempête.
Sean : Oui. Pourquoi pas. 
Will : Le ciel vous tombe sur la tête, les vagues s'écrasent sur votre petit bateau, les rames vont bientôt se rompre et vous pissez dans votre froc, vous chialez, vous avez peur et vous êtes prêt à tout pour vous en sortir. Peut-être à devenir psy.
Sean : Bravo ! C'est ça ! A moi de faire mon boulot et arrête de m'en empêcher.
Will : Peut-être que vous aviez pas la femme qu'il vous fallait.
Sean : Peut-être que tu devrais fermer ta gueule. Attention à ce que tu dis, chef. D'accord ?
Will : Mouais... Alors, c'est ça, hein ? C'était pas la femme qu'il vous fallait ! Qu'est-ce qui s'est passé ? Elle vous a largué ou quoi ? Elle se [sifflement] taper un autre mec ?
Will : Alors qu'est ce qu'on fait là ? On se paye un instant privilégié entre mecs ?...
C'est sympa cet endroit ! C'est votre truc les cygnes ou quoi ? C'est un genre de fétichisme je sais pas... Ca vaut peut être qu'on passe un moment là dessus.
Sean : J'ai réfléchi à ce que tu m'avais dit l'autre jour, à propos de ma peinture, j'ai passé la moitié de la nuit à y réfléchir !... Et puis j'ai eu un flash, après je me suis paisiblement endormi et depuis je n'ai plus pensé à toi. Tu sais ce que j'ai compris ?
Will : Non.
Sean : Tu n'es qu'un gosse ! Tu parles sans avoir la moindre idée de ce dont tu parles.
Will : Merci beaucoup
Sean : Pas d'quoi... Tu n'es jamais sorti de Boston ?!
Will : Non
Sean : Si j'te dis de me parler d'art, tu vas me balancer un condensé de tous les livres sur le sujet. Michel Ange, tu sais plein de trucs sur lui, sur son oeuvre, sur ses choix politiques, sur lui, sur le pape, ses tendances sexuelles, tout le bazar quoi. Mais j'parie que ce qu'on respire dans la chapelle Sixtine tu connais pas ! Tu peux pas savoir ce que c'est que de lever les yeux vers le magnifique plafond, tu sais pas !
Si j'te dis de me parler des femmes que tu as le plus aimé, il t'es peut-être même arrivé de baiser quelques fois. Mais tu ne sauras pas me décrire ce que c'est que de te réveiller près d'une femme et de te sentir vraiment heureux. Tu es un coriace. Si je te faisais parler de la guerre, c'est probablement tout Shakespeare que tu me citerais « Une fois de plus sur la brèche mes amis... » Mais tu n'as pas vécu la guerre. Tu n'as jamais tenu contre toi ton meilleur ami, tu ne l'as pas vu haleter jusqu'au dernier souffle avec un regard qui implore. Si je te fais parler de l'Amour, tu vas probablement me dire un sonnet.
Mais tu n'as pas connu de femmes devant qui tu t'es senti vulnérable. Une femme qui t'aies étalé d'un simple regard. Comme si Dieu avait envoyé un ange sur Terre pour toi, pour t'arracher une profondeur d'enfer. Mais tu ne sais pas ce que c'est que d'être son ange à elle ! Et de savoir que l'amour que tu as pour elle est éternel et survivra à tout. Même au cancer.... Et aux nuits passées assis dans une chambre d'hôpital pendant des mois, en lui tenant la main, parce que les médecins ont lu dans tes yeux que tu n'as pas l'intention de te plier aux heures de visite. Tu ignores ce que c'est que de perdre quelqu'un ; parce que l'on ne connaît ça que quand on sait aimer plus que l'on ne s'aime soi-même. Je doute que tu aies jamais osé aimer à ce point. Quand j'te regarde, ce n'est pas un homme intelligent et solide que je vois ; ce que je vois c'est un gosse culotté, qui meurt de trouille. Mais tu es un génie Will, ça personne ne le nie. Personne ne pourrait comprendre ce qui est au fond de toi. Mais toi tu présumes q
ue tu sais tout de moi parce que tu as vu une toile que j'ai peinte, et ça, ça te permet de disséquer ma vie. Tu es orphelin n'est ce pas ! [Will acquiesce.] Tu crois que je sais quelque chose des difficultés que tu as rencontré dans la vie, de ce que tu ressens, de ce que tu es, sous prétexte que j'ai lu Oliver Twist ? Est-ce que ça suffit à te résumer ? Personnellement, j'en ai vraiment rien à foutre de tout ça, parce que je vais t'dire, je n'ai rien à apprendre de toi que je ne lirais pas dans n'importe quel bouquin. A moins que tu ne veuilles me parler de toi, de qui tu es. Là ça m'intéresse, là je suis à toi. Mais c'est pas ce que tu veux faire hein vieux ! Tu as trop peur de ce que tu pourrais dire... La balle est dans ton camp.
Chuckie : Je vais te dire ce que je sais, tous les jours je passe te chercher et on repart ensemble, et puis on sort, on boit quelques verres et on rigole… Et c’est très bien, mais le meilleur moment de ma journée sont les dix secondes qu’il y a entre l’instant où je me gare et celui où j’arrive devant ta porte, parce que j’espère toujours que je vais aller frapper à la porte et que tu ne seras plus là, pas d’au revoir ni d’explications, rien du tout, tu seras parti, je ne sais peut être pas grand chose mais ça je le sais.
Will : Vous savez, j'ai pris l'avion un jour. Et j'suis assis là et le capitaine fait son annonce du genre « nous volerons à une altitude de 30 000 pieds... » Puis là il pose le micro seulement il oublie de le couper. Il se tourne vers le copilote et il lui dit : « Tout ce qui me ferait plaisir à moi, c'est une bonne pipe et un bon café... » Alors l'hôtesse fonce comme une bombe vers l'avant de l'avion pour avertir que le micro est branché. Et y a un mec au fond qui dit : « Eh chérie t'oublies le café! » [sourires]
Sean : Tu as déjà pris l'avion ?
Will : Non mais c'est mieux de raconter cette blague à la première personne.
Sean : Oui c'est vrai.
Will : J'ai déjà baisé vous savez.
Sean : Ah oui !
Will : Hum...
Sean : Tant mieux pour toi.
Will : Le méga pied.
Sean : Méga pied oui...
Will : Ouais. J'ai eu un rencard cette semaine !
Sean : Résultat ?
Will : Bon !
Sean : Tu vas la revoir ?
Will : J'en sais rien.
Sean : Pourquoi ?
Will : J'l'ai pas appelé.
Sean : Tu te conduis en amateur !
Will : Je sais c'que jfais.
Sean : Ah oui ?
Will : Oui, faut pas vous en faire je sais ce que j'fais, ouais, mais cette fille elle est super belle, elle est marrante, elle est futée ; elle est différente de toutes les autres filles que j'avais vu !
Sean : Alors appelle la !
Will : Pourquoi ? Pour me rendre compte qu'elle est pas si futée, qu'elle fait chier l'monde ! Ouais j'vais vous dire cette fille est vraiment parfaite pour l'instant et j'veux pas foutre ça en l'air !
Sean : Peut être que TU es parfait pour l'instant et que tu veux pas foutre ça en l'air ! Je trouve que c'est super comme philosophie de vie Will ! Ca te permettra de vivre toute ta vie sans jamais avoir vraiment à connaître personne... Ma femme elle pétait quand elle était nerveuse... Elle avait toutes sortes de petites manies. Tu sais elle... Elle pétait en dormant. [rires] Excuse moi de te faire partager ça hein. Une nuit elle a pété si fort que le chien s'est réveillé. Ça l'a réveillé aussi alors elle m'a dit : « C'était toi !!? » Alors j'ai dit oui... J'avais pas le cœur à lui révéler ! Oh mon Dieu.
Will : Ca l'avait réveillé... ?
Sean : Ouiii... [fou rire] Seigneur, Will, elle est morte depuis deux ans et voilà les conneries que j'me rappelle. C'est formidable tu sais, c'est des ptites choses comme ça... C'est... Ce sont les ptites choses qui me manquent le plus ! Les petits travers que je suis le seul à connaître. Ce qui en faisait ma femme ! Oh elle en savait long sur moi elle aussi ! Elle connaissait la moindre de mes manies. Des gens appellent ça des imperfections... Mais c'est pas vrai, c'est c'qu'il y a d'agréable. Et on a le droit de choisir qui on laisse entrer dans notre petit monde. Tu n'es pas parfait vieux ! Et laisse moi t'épargner le suspens, la fille que tu as rencontré, elle n'est pas parfaite non plus ! Mais la question est de savoir si vous êtes parfaits l'un pour l'autre. Tout l'truc est là... C'est le véritable sens de l'intimité. Peut-être que tu crois tout savoir sur tout vieux mais ça, la seule façon de l'savoir c'est de tenter l'coup. Tu l'apprendras sûrement pas d'un vieux con comme moi... Et même si je le savais j'le dirais pas à un ptit merdeux comme toi.
Will : Et pourquoi pas ? Vous m'avez dit un tas de trucs.... J'vous jure vous pa
rlez plus que tous les psy que j'avais rencontré avant.
Sean : J'enseigne ce que je sais. Je ne dis pas que je sais le faire.
Will : Vous avez déjà pensez à vous remarier ?
Sean : Ma femme est morte.
Will : D'où l'expression « remarier »...
Sean : Elle est morte.
Will : Ouais... Ben je trouve ça super comme philosophie Sean, c'est vrai ça vous permettra de vivre le reste de votre vie sans jamais avoir à vraiment connaître personne...
Sean : Fin de la séance.
Will : A votre avis, pourquoi je travaillerais pour l’Agence de Sécurité Nationale ?
Recruteur de la NSA : Eh bien vous seriez à la pointe de la recherche. Vous auriez accès à toute une technologie que vous ne verriez nulle part ailleurs parce qu’elle est classé secrète. La théorie des super-chaînes, la theorie du chaos, les algorithmes supérieurs...
Will : Déchiffrage des codes.
Recruteur de la NSA : Ce n’est qu’un aspect de notre travail
Will : Allons je dirais que c'en est l'essentiel, vous traitez 80% de tout le travail d'espionnage. Vous êtes 7 fois plus important que la ClA.
Recruteur de la NSA : Nous n'aimons pas nous en vanter, Will. Mais vous avez tout à fait raison.
Alors en ce qui nous concerne, la question n'est pas : "Pourquoi travailler pour la NSA ?". La question est "Pourquoi pas ?".
Will : Pourquoi j'travaillerais pas pour la NSA ? Ça, c’est une colle. J’vais essayer d’y repondre. Disons que je travaille à la NSA, et qu'on dépose un code sur mon bureau, un code réputé inviolable. Mettons que je tente ma chance et mettons que je le déchiffre. Là, je suis très content de moi parce que j'ai bien fait mon boulot. Mais c'était peut-être le code de l'emplacement d'une armée rebelle au Moyen-Orient ou en Afrique du Nord, et une fois qu’on a repéré le lieu, on bombarde le village où les rebelles se cachent et 1500 personnes que j'ai jamais vu, qui ne m'ont jamais rien fait, sont tués. Et les politiciens, ils disent "Envoyez les marines assurer la sécurité" parce qu'ils en ont rien à foutre, c'est pas leur gosses qu'ils envoient se faire descendre. Comme eux ils sont jamais allés au feu parce qu'ils étaient tous planqués dans la Garde Nationale. C'est un pauvre môme de Boston Sud qui se prend un shrapnel dans les fesses. Et il revient pour apprendre que l'usine où il travaillait s'est exportée dans le pays d'où il vient d'arriver. Et le mec qui lui a filé le shrapnel dans le cul c'est lui qui a son job, parce qu'il bosse pour 15 cents par jour, sans pause pipi. Maintenant il comprend que la seule raison qu'il y avait de l'envoyer là-bas, c'était de mettre en place un gouvernement qui nous vendrait le pétrole pour pas cher. Et bien sûr, les compagnies pétrolières exploitent le conflit qu'il y a eu pour faire monter leur prix et se faire du même coup un beau p'tit bénèf.
Mais ça aide pas mon pote qui travail pour des clous. Il traîne un max à livrer le pétrole bien sûr. Peut-être même qu'ils vont employer un alcoolique comme capitaine, un buveur de Martini, qui s'amuse à faire du slalom entre les icebergs. Jusqu'au jour où il en frappe un. Le pétrole se déverse, et ça tue toute vie dans l'Atlantique Nord. Alors là mon pote est chômeur, il peux pas s’payer de voiture, et c'est à pieds qu'il se cherche des jobs. Ce qui est pas marrant parce que le shrapnel qu'il a eu dans le cul lui a filé des hémorroïdes. Et puis en plus il crève de faim parce qu'à la soupe populaire on lui propose comme plat du jour de la morue de l'Atlantique Nord, avec de l'huile de moteur... Alors qu’est ce que j’en pense ? J’vais attendre une offre meilleure.
J'me dis : Putain, je ferais peut-être aussi bien de descendre mon pote, prendre son job, le filer à son pire ennemi, faire monter les prix, bombarder, tuer des bébés phoques, fumer de l'herbe, m'engager dans la Garde Nationale. Et puis, j'serai peut-être élu Président.


